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Module 14 · La vie émotionnelle de ton enfant

Quand ton enfant a l’air d’aller trop bien

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges7 min de lecture
Quand ton enfant a l’air d’aller trop bien

Quand ton enfant a l’air d’aller trop bien

Module 14 · La vie émotionnelle de ton enfant · Article 13 · Wave 3 · tous les âges · article tendre


Tout le monde autour de toi n’arrête pas de souligner à quel point ton enfant gère bien la situation. Il est de bonne humeur. Il est serviable. Il n’a pas fait de crises, il ne s’est pas replié, il n’a pas eu l’air de lutter comme tu t’y étais préparé. Et au lieu d’être soulagé, tu sens un petit malaise que tu n’arrives pas tout à fait à situer. Est-ce qu’il va vraiment aussi bien ? Ou est-ce qu’il va bien d’une façon un peu trop lisse, un peu trop posée pour un enfant qui vient de traverser une séparation familiale ?

Celui-ci est vraiment délicat, parce qu’il coupe dans les deux sens et que les deux erreurs font du mal. Lis ton enfant qui va bien comme secrètement brisé, et tu peux fabriquer un problème qui n’existait pas, en lui apprenant qu’il doit être abîmé. Passe à côté d’un enfant qui lutte en silence derrière une façade posée, et tu laisses une détresse réelle sans réponse. Tout l’art est de faire la différence, en douceur, sans forcer la question.

Deux choses qui se ressemblent vues de l’extérieur

Un enfant qui a l’air de bien s’en sortir s’en sort peut-être bien. Ou bien il gère une détresse hors de ta vue. De l’extérieur, au début, ces deux possibilités peuvent se ressembler de façon frappante, et la seule voie qui passe, c’est une attention soigneuse et sans hâte, plutôt qu’une conclusion expédiée dans un sens ou dans l’autre.

La résilience véritable est réelle et fréquente. Les enfants sont souvent plus adaptables que les adultes ne l’imaginent, et un enfant bien soutenu, qui a deux parents qui restent stables, qui se sent en sécurité dans ses deux foyers, peut vraiment traverser une séparation sans détresse spectaculaire. Le fait qu’il aille bien est réel. Tous les enfants de séparation ne sont pas secrètement blessés, et traiter la résilience comme suspecte est sa propre forme de mal. Un enfant qui va vraiment bien, à qui l’on répète qu’il doit cacher une douleur, peut apprendre à fabriquer une détresse qu’il n’avait pas, ou à se méfier de sa propre stabilité.

La détresse cachée est réelle, elle aussi. Certains enfants, surtout selon leur tempérament, gèrent leur douleur en la gardant hors de vue. Ils restent de bonne humeur parce qu’ils sentent que les adultes ont besoin qu’ils aillent bien. Ils deviennent particulièrement serviables, particulièrement faciles, parce qu’ils lisent l’ambiance et essaient de ne pas alourdir la charge. La composure est une stratégie pour faire face, pas une absence de sentiment, et le sentiment se gère en privé, parfois à un certain prix.

Le but n’est pas de présumer que c’est l’un ou l’autre. C’est de rester assez attentif, dans la durée, pour discerner ce que tu as vraiment sous les yeux, et de répondre à ce qui est réel plutôt qu’à ta peur ou à ton espoir.

L’enfant qui prend soin

Un schéma précis mérite d’être nommé, parce qu’il est fréquent et facile à confondre avec une façon saine de faire face. L’enfant qui fait face en prenant soin des adultes.

Cet enfant devient l’aidant, l’artisan de paix, celui qui vérifie si tu vas bien, celui qui n’ajoute jamais de problème parce qu’il est occupé à résoudre ceux de tout le monde. Il peut sembler mûr pour son âge, et on l’en félicite. Mais en dessous, il a pris en charge un travail qui n’est pas le sien, gérer la météo émotionnelle de la famille, souvent au prix de ses propres sentiments, qui se trouvent mis de côté faute de place pour eux.

L’enfant qui prend soin a l’air de l’enfant le plus facile, et c’est souvent celui qui porte le plus en silence. Le signal n’est pas la détresse, c’est l’absence de l’égocentrisme normal de l’enfance, remplacé par une attention vigilante aux états des adultes. Si ton enfant semble te materner, surveiller ton humeur, étouffer ses propres besoins pour s’occuper des tiens, cela mérite une attention douce. Pas parce que quelque chose va dramatiquement mal, mais parce qu’un enfant ne devrait pas porter ce travail, et qu’il a besoin de la permission de le poser et d’être simplement un enfant dont on prend soin des sentiments, plutôt que celui qui s’en charge.

Comment vérifier en douceur

La façon dont tu vérifies compte autant que le fait de vérifier, parce qu’une enquête maladroite peut créer l’impression même du problème que tu redoutes. Le but est de laisser des ouvertures, pas de mener un interrogatoire.

Fais de la place sans exiger de contenu. Tu peux proposer des ouvertures discrètes, sans pression. Comment tu te sens par rapport à tout ça, en ce moment ?, demandé légèrement, dans un moment détendu, sans qu’aucun enjeu ne pèse sur la réponse. Si l’enfant dit que ça va et qu’il le pense, tu laisses être. Si l’enfant dit que ça va et qu’un éclair de quelque chose passe, tu as laissé une porte ouverte vers laquelle il pourra revenir. Tu n’extrais rien ; tu rends simplement facile de partager s’il y a quelque chose à partager.

Surveille les canaux indirects. Les enfants, surtout ceux qui gardent leur détresse hors de vue, la révèlent souvent de biais plutôt qu’en conversation directe. Dans leur jeu, leurs dessins, ce qu’ils écrivent, leur sommeil, leur corps, leur comportement dans les moments où ils ne sont pas sur leurs gardes. Un enfant posé en conversation mais qui s’est mis à avoir mal au ventre, ou du mal à dormir, ou chez qui des thèmes de perte apparaissent dans le jeu, te dit peut-être quelque chose que la conversation, elle, ne dit pas. Les articles précédents sur l’enfant qui ne veut pas en parler (article 06) et sur ce que son comportement te dit creusent davantage la question.

Donne la permission des sentiments plus difficiles. Parfois, un enfant qui va trop bien a besoin d’une permission explicite : il a le droit de ne pas aller bien. Tu as été tellement formidable dans tout ça, et je veux que tu saches que c’est tout à fait normal aussi si certaines parties te paraissent dures ou tristes. Tu n’as pas à aller bien pour moi. C’est particulièrement important pour l’enfant qui prend soin, qui tient peut-être bon précisément parce qu’il pense que tu en as besoin. Le libérer de ce travail peut laisser enfin remonter un sentiment retenu.

Ne force pas. Si, après des ouvertures douces et une observation attentive, ton enfant semble vraiment aller bien, le bon mouvement est de le croire. Résiste à l’envie de continuer à creuser pour trouver une blessure, d’interpréter chaque humeur ordinaire comme un chagrin refoulé, d’insister sur une détresse qu’il ne montre pas. Forcer la question apprend à un enfant qui va bien qu’on attend de lui qu’il soit brisé, ce qui est sa propre forme de mal. Laisse la porte ouverte et laisse-le aller bien s’il va bien.

Tenir les deux possibilités ouvertes

La posture honnête, la plupart du temps, c’est de tenir les deux possibilités ouvertes. Ton enfant va peut-être vraiment bien, auquel cas ton rôle est de le croire et de ne pas fabriquer de problème. Ou bien il gère une détresse en silence, auquel cas ton rôle est de rester attentif et de garder la porte ouverte. Tu n’as pas à trancher aujourd’hui dans quel cas tu es. Tu as à rester assez proche, dans la durée, pour répondre à celui des deux qui se révélera vrai.

C’est plus facile quand tu te rappelles que la réponse aux deux est en grande partie la même, et en grande partie douce. Reste disponible. Laisse des ouvertures. Surveille les canaux indirects. Donne la permission des sentiments difficiles sans les exiger. Crois ton enfant quand il te dit qu’il va bien, tout en restant assez attentif pour remarquer si cela change. Rien de tout cela ne force un problème, et tout cela en attrape un s’il est là.

Là où de vrais signaux persistants de détresse cachée finissent par émerger, derrière une façade posée, l’article sur la question de la thérapie (article 07) aborde le moment où un soutien extérieur devient utile. Mais la plupart du temps, le travail, c’est simplement cette attention stable, douce, qui garde les deux possibilités ouvertes, et qui honore à la fois l’enfant qui va vraiment bien et celui qui, en silence, ne va pas bien.

Pour finir

Un enfant qui a l’air d’aller trop bien est peut-être vraiment résilient ou gère peut-être une détresse hors de vue, et les deux erreurs, fabriquer un problème ou passer à côté d’un vrai, font du mal. Surveille en particulier l’enfant qui prend soin, qui fait face en s’occupant des adultes au prix de ses propres sentiments. Vérifie en douceur, avec des ouvertures sans pression et de l’attention aux canaux indirects, donne une permission explicite pour les sentiments plus difficiles, puis crois ton enfant s’il va vraiment bien plutôt que de forcer une blessure. Tiens les deux possibilités ouvertes, puisque la réponse douce convient à l’une comme à l’autre.

Ton enfant va peut-être bien, et peut-être pas. Reste assez proche pour honorer celui des deux qui est vrai, sans insister sur celui que tu redoutes.

Ne pars pas en quête d’une blessure qui n’existe pas, et ne passe pas à côté de celle qui se cache. Reste tout près, laisse la porte ouverte, et crois ce que ton enfant te montre au fil du temps.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.