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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

L’enfant qui se replie

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–127 min de lecture
L’enfant qui se replie

L’enfant qui se replie

L’enfant en colère est impossible à manquer. L’enfant qui se replie, c’est l’inverse, et c’est précisément là le problème. Ton enfant s’est tu. Moins bavard, moins joueur, plus de temps passé seul dans sa chambre, des réponses d’un seul mot, plus loin qu’avant, on ne sait comment. Il n’y a pas de tempête à laquelle répondre, rien qui réclame ton attention, juste un lent affaiblissement de l’enfant que tu connaissais. Et parce que c’est silencieux, c’est facile de laisser filer, de se dire qu’il est juste fatigué, qu’il grandit, que c’est une phase.

Le repli après une séparation est tout autant une réponse de régulation que la colère, en plus discret. Là où l’enfant en colère pousse vers l’extérieur le sentiment qui le submerge, l’enfant qui se replie tire vers l’intérieur, se fait immobile et petit pour gérer ce qu’il n’arrive pas à digérer. Ça appelle la même lecture que la colère, le comportement comme information sur un état intérieur, et ça appelle une sorte particulière de présence patiente, sans pression.

Le repli est aussi une stratégie pour faire face

Quand un sentiment est trop grand à tenir, les enfants le gèrent avec les moyens que leur tempérament met à leur portée. Certains l’externalisent, en colère et en débordements. D’autres l’internalisent, en se taisant, en rétrécissant leur monde, en se retirant vers l’intérieur. Les deux sont des tentatives de faire face à quelque chose qui submerge. L’enfant qui se replie ne ressent pas moins que l’enfant en colère. Il gère le même genre de trop-plein dans la direction opposée.

Après une séparation, le repli peut porter du chagrin, de la tristesse, de l’angoisse, ou un trop-plein que l’enfant gère en réduisant ce qui entre. Se retirer du monde, c’est une façon de gérer quand le monde est devenu trop. L’enfant se tait parce que le silence est plus sûr que le flot qu’il sentirait s’il restait tout à fait ouvert. Aller dans sa chambre, se figer, rentrer en lui-même, ce sont des façons de contenir quelque chose qu’il ne peut pas encore tenir autrement.

Alors le silence est une information, au même titre que la colère. Il te dit que l’enfant porte quelque chose. Le fait que ce soit sans drame ne le rend pas moins important. À certains égards, ça le rend plus important, parce que c’est tellement plus facile à laisser passer.

Le risque de l’enfant facile à manquer

Voici le vrai danger du repli. Il arrange. Un enfant calme, qui ne demande rien, ne perturbe pas le foyer, ne réclame pas une gestion constante, ne tire pas sur un parent déjà à bout. Dans l’épuisement qui suit une séparation, un enfant qui prend soin de lui en silence et ne demande rien peut, à un certain niveau, ressembler à un soulagement. Et c’est ainsi que son repli peut passer inaperçu et sans réponse, d’une manière que le comportement d’un enfant en colère ne permettrait jamais.

Ça vaut la peine de le dire honnêtement, parce que l’enfant qui se replie peut passer entre les mailles précisément quand un parent est le plus à plat. C’est la roue qui grince qui reçoit l’attention ; celle qui est silencieuse, on la laisse tranquille, ce qui est l’inverse de ce dont elle a besoin. Un enfant qui se replie n’est pas un enfant peu exigeant qui va bien. C’est un enfant qui gère sa détresse d’une manière qui, par hasard, ne dérange personne, et il a besoin que tu le remarques quand même, peut-être plus que l’enfant qui se rend impossible à ignorer.

Alors la première tâche, c’est simplement de le voir. D’enregistrer que le silence est une chose, et non une non-chose. De résister à l’envie, aussi compréhensible soit-elle, d’être reconnaissant d’avoir un enfant facile et de le laisser à lui-même. L’enfant qui se replie a besoin que tu ailles vers lui, même s’il ne te le demande pas.

La présence sans la pression

L’instinct, une fois qu’on a remarqué, c’est souvent de faire sortir l’enfant de sa coquille, de demander ce qui ne va pas, de le faire parler. Mais pousser un enfant replié à s’ouvrir se retourne en général contre toi. Le repli est une retraite protectrice, et un parent qui pousse à la porte tend à faire que l’enfant se replie davantage. Qu’est-ce qui ne va pas ? Parle-moi. Pourquoi tu es si silencieux ? arrive comme une pression, et la pression est l’inverse de ce qui donne à un enfant retiré le sentiment d’être assez en sécurité pour sortir.

Ce qui marche mieux, c’est la présence sans la pression. Être près de lui sans exiger qu’il joue l’ouverture. S’asseoir dans la même pièce. Faire une activité tranquille à côté de lui. Offrir une compagnie discrète qui ne lui demande pas de parler. L’enfant qui se replie réémerge souvent non pas quand on le lui demande, mais quand il sent une présence stable et discrète qui rend le fait de sortir plus sûr.

C’est ce qu’on appelle parfois être disponible plutôt qu’intrusif. Tu fais comprendre, par ta présence stable et proche, que tu es là, que tu ne vas nulle part, qu’il n’y a aucune pression mais que la porte est ouverte. Je vais juste rester là avec toi un moment. Sans intention cachée. Un enfant qui sent cette présence fiable et patiente se met souvent, à son rythme, à dériver de nouveau vers le lien, et parfois, à la longue, à parler, quand parler vient de lui et non de ta demande.

L’activité partagée aide plus que la conversation directe pour beaucoup d’enfants qui se replient. Cuisiner quelque chose ensemble, une promenade, un jeu, une tâche faite côte à côte. Le lien se fait par le faire, de biais, sans le projecteur d’une conversation « parlons-de-tes-sentiments » qu’un enfant replié trouve souvent insupportable. Beaucoup d’enfants en diront plus en écossant des petits pois ou en tapant dans un ballon qu’ils n’en diraient jamais en face, attablés, à qui on demande comment ils se sentent.

Une phase ou un schéma

Un certain repli après une séparation est normal et passe. L’enfant plonge un moment vers l’intérieur pendant qu’il digère, puis, avec une présence stable et patiente, revient peu à peu. C’est le cas le plus courant, et ça ne demande pas de s’alarmer, juste de l’attention.

Mais ça vaut la peine de surveiller la différence entre une phase et un schéma. Un repli qui se creuse au lieu de s’alléger, qui dure de nombreuses semaines ou de nombreux mois sans aucune réémergence, qui s’accompagne d’autres signaux, la perte d’intérêt pour ce qu’il aimait, des changements dans le sommeil ou l’appétit, une platitude qui ne se lève pas, mérite d’être pris plus au sérieux. Un repli persistant qui se creuse peut glisser vers quelque chose, comme une dépression de l’enfant ou une angoisse importante, qui gagne à être soutenu par un professionnel. Les articles sur l’angoisse et sur la thérapie traitent du moment où chercher cette aide.

Tu n’as pas besoin de poser un diagnostic. Tu as besoin de remarquer la trajectoire. Est-ce que le silence s’allège lentement à mesure que ta présence patiente fait son œuvre, ou est-ce qu’il se creuse lentement malgré elle ? Le premier cas est une phase à tenir avec douceur. Le second est un signal pour faire intervenir plus de soutien, non pas parce que tu as échoué, mais parce que certains enfants ont besoin de plus qu’une présence stable pour retrouver leur chemin, et leur procurer cette aide fait partie d’une bonne parentalité, ce n’en est pas l’absence.

Pour finir

L’enfant qui se replie gère un trop-plein en tirant vers l’intérieur, le pendant silencieux de l’enfant en colère qui pousse vers l’extérieur, et c’est tout autant une stratégie pour faire face que n’importe quel éclat. Le vrai risque, c’est qu’un enfant calme et peu exigeant soit facile à laisser passer précisément quand tu es le plus à plat, alors la première tâche est de le voir et d’aller vers lui quand même. Offre une présence sans pression, une proximité stable et discrète, un lien de biais par l’activité partagée, plutôt que de le pousser à s’ouvrir. Et surveille la trajectoire, en tenant avec douceur une phase qui passe, tout en cherchant plus de soutien pour un repli qui se creuse au lieu de s’alléger.

L’enfant silencieux porte quelque chose, lui aussi. La chose la plus tendre que tu puisses faire, c’est de remarquer le silence, et de t’asseoir à côté sans lui demander de s’expliquer.

L’enfant qui ne demande rien est souvent celui qui a le plus besoin que tu te rapproches. Remarque le silence, et ne le prends pas pour un « tout va bien ».

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.