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Module 14 · La vie émotionnelle de ton enfant

Les réactions de date anniversaire

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges7 min de lecture
Les réactions de date anniversaire

Les réactions de date anniversaire

C’est un mardi, dans la même semaine que l’an dernier, quand tout est arrivé, et soudain ton enfant n’est plus tout à fait lui-même. Plus larmoyant, ou plus irritable, ou plus collant, ou plus silencieux, sans rien d’évident pour l’expliquer. Il ne s’est rien passé aujourd’hui. L’école s’est bien passée. Et pourtant, voilà un enfant qui semble porter quelque chose qu’il ne sait pas nommer, un jour qui paraît ordinaire vu de l’extérieur.

Toi aussi, tu le portes peut-être, et c’est en partie comme ça que tu vas le reconnaître. Une part de toi enregistre quelle semaine c’est, quelle saison, quelle était la lumière la dernière fois que tout a changé. Le corps se souvient des dates que la tête a mises de côté. Le corps des enfants fait pareil, souvent plus encore, et souvent sans que l’enfant ait la moindre idée de pourquoi il se sent comme il se sent.

Cet article parle des réactions de date anniversaire, la façon dont le chagrin remonte autour des dates et des saisons liées à une perte. C’en est un doux. Si tu le lis toi-même un de ces jours-là, tu as le droit de le poser et d’y revenir. Le jour passera, et l’article restera.

Ce qu’est une réaction de date anniversaire

Le chagrin n’est pas linéaire et il ne se termine pas selon un calendrier. Même un enfant qui s’est en grande partie installé dans la nouvelle forme de sa famille peut être visité par une vague du chagrin du début autour des moments de l’année qui s’y rattachent. La semaine où un parent est parti du foyer. La saison de la séparation. Un anniversaire qui avait l’habitude de ressembler à une chose et qui en ressemble maintenant à une autre. Le jour de la rentrée, si c’est le moment où tout a basculé.

La réaction arrive souvent sans que l’enfant la relie à la date. Il ne se dit pas ça fait un an que papa est parti, alors je suis triste. Il se sent juste triste, ou en colère, ou perturbé, et il ne sait pas pourquoi. Chez les plus jeunes surtout, le corps retient la mémoire d’une saison, la texture sensorielle d’un moment de l’année, en dessous du niveau de la pensée consciente. Le sentiment remonte ; la raison reste enfouie.

C’est normal. Ce n’est pas un retour en arrière, pas un signe que l’enfant ne tient pas le coup, pas la preuve que quelque chose ne va pas. C’est ainsi que fonctionne le chagrin, chez les enfants comme chez les adultes. Ce qu’on comprend du deuil est rassurant ici. Ces vagues qui remontent font partie d’un travail sain, elles n’en sont pas l’échec. Un enfant qui a une réaction de date anniversaire est un enfant dont le système fait exactement ce que font les systèmes qui traversent un deuil.

La reconnaître

Comme l’enfant ne sait en général pas la nommer, c’est souvent à toi de la reconnaître. Quelques signaux penchent vers une réaction de date anniversaire plutôt que vers un mauvais jour ordinaire.

Le moment se relie à quelque chose, même si l’enfant ne fait pas le lien. La saison, la date, le moment de l’année qui se superpose à la perte ou à un changement important. Quand une vague de détresse arrive autour d’un de ces moments sans déclencheur clair dans le présent, le calendrier mérite un coup d’œil discret.

Le sentiment paraît plus grand que sa cause apparente. Une petite déception produit un grand effondrement. Une contrariété mineure bascule en vraie détresse. L’intensité est sans commune mesure avec la raison visible, parce que la raison visible n’est pas la vraie. La vraie est en dessous, accrochée à la date.

Cela rappelle souvent la façon dont l’enfant a vécu son chagrin la première fois. Les enfants ont tendance à avoir une forme caractéristique de chagrin, et une réaction de date anniversaire la revisite souvent. L’enfant qui s’était fait silencieux et s’était replié la première fois se refait silencieux. L’enfant qui s’était mis en colère et débordé refait ça. Reconnaître l’écho de son chagrin du début peut t’aider à situer ce que tu vois.

Tu ne seras pas toujours sûr, et tu n’as pas besoin de l’être. La réponse est en grande partie la même qu’il s’agisse ou non, à proprement parler, d’une réaction de date anniversaire, parce que la réponse, c’est simplement de faire de la place à un enfant qui traverse un moment difficile.

Faire de la place sans la nommer à sa place

L’instinct, une fois qu’on a repéré ce qui se passe peut-être, c’est souvent de l’expliquer à l’enfant. Je crois que tu te sens comme ça parce qu’on est dans la période où papa est parti. Parfois, avec un enfant plus grand, une version douce de cette mise en mots peut aider. Souvent, avec les plus jeunes surtout, ça lui donne plus que ce qu’il peut en faire, ça lui tend un cadre qu’il n’a pas demandé et ça réveille peut-être un lien qu’il ne faisait pas consciemment.

La plupart du temps, le meilleur mouvement est plus discret. Tu n’as pas besoin de nommer la date anniversaire pour faire de la place au sentiment. Tu peux simplement être plus disponible, plus patient, plus doux, un jour où ton enfant porte quelque chose. Tu peux relâcher un peu les exigences. Tu peux offrir plus de proximité sans demander à l’enfant d’expliquer pourquoi il en a besoin.

Si l’enfant tend la main vers le sentiment, tu le rejoins. Tu as l’air triste aujourd’hui. C’est normal. Je suis là. Tu ne réclames pas une raison qu’il n’a probablement pas. Tu n’essaies pas de le détourner du sentiment ni de le réparer. Tu laisses le sentiment être présent, toi à côté, ce qui est tout ce que veut dire faire de la place. Le chagrin traverse plus facilement quand on le laisse se sentir avec un parent stable tout près, que quand on l’analyse, qu’on l’explique, ou qu’on le presse.

Pour un enfant plus grand, capable d’en tenir davantage, une mise en mots légère peut parfois ouvrir une porte. Cette période de l’année peut remuer des choses. Pour moi aussi, un peu. Dit avec douceur, sans pression de répondre, ça donne à l’enfant la permission de relier son sentiment à la saison si ça lui est utile, et de laisser ça de côté si ça ne l’est pas. Tu offres la porte, tu ne le pousses pas à travers.

Cela revient, et cela s’adoucit

Le plus dur, avec les réactions de date anniversaire, c’est qu’elles reviennent. Ce n’est pas un événement unique qu’on traverse une fois pour toutes. Les saisons reviennent chaque année, et pendant plusieurs années, les dates liées à la perte peuvent porter une charge. Un enfant peut avoir une réaction de date anniversaire à cinq ans, et de nouveau à six, et encore à sept, autour de la même période de l’année.

Mais elles s’adoucissent. Les réactions ont tendance à perdre en intensité au fil des années, à mesure que la perte s’intègre, que la nouvelle forme de la famille devient simplement la forme de la famille, que le chagrin du début fait son lent travail de dépôt. La vague qui mettait l’enfant à plat la première année devient une plus petite houle la troisième, et une faible traction la cinquième. La date ne perd jamais tout à fait son sens, comme les dates importantes ne le perdent jamais vraiment pour aucun d’entre nous, mais elle cesse de porter la charge aiguë.

Le savoir t’aide à tenir le retour sans t’alarmer. Quand la même saison revient et que ton enfant retombe, ce n’est pas un signe qu’il n’a pas guéri. C’est l’écho ordinaire, récurrent, qui s’adoucit, d’une perte réelle, et ta présence disponible et stable à travers ça, année après année, fait partie de ce qui lui permet de continuer à s’adoucir.

Pour finir

Les réactions de date anniversaire, c’est le chagrin qui remonte autour des dates et des saisons liées à une perte, souvent sans que l’enfant sache pourquoi il ressent ce qu’il ressent. Elles sont normales, ce n’est pas un retour en arrière, et le corps se souvient de ce que la tête a mis de côté. C’est en général à toi de reconnaître le schéma, et la réponse, c’est surtout de faire de la place en silence, plus disponible et plus doux, sans imposer un mot sur un sentiment que l’enfant ne peut pas encore expliquer. Les réactions reviennent au fil des années, et elles s’adoucissent, et ta présence stable à travers elles fait partie de cet adoucissement.

Le jour où ton enfant porte quelque chose qu’il ne sait pas nommer, tu n’as pas à le nommer à sa place. Tu as juste à être là pendant que ça passe.

Le corps se souvient de ce que le calendrier marque. Ces jours-là, ton enfant n’a pas besoin que tu lui expliques la météo. Il a besoin que tu t’assoies dedans avec lui.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.