La maladie psychique chez ton co-parent
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

La maladie psychique chez ton co-parent
L’autre parent de ton enfant vit avec une maladie psychique, et ça déteint sur sa façon d’être parent. Peut-être que ça le rend imprévisible, tantôt replié et injoignable, tantôt à fleur de peau. Peut-être que ça le rend peu fiable, ou difficile à comprendre pour l’enfant, ou effrayant dans certains états. Tu essaies de trouver quoi dire à ton enfant, comment l’aider à composer avec un parent dont les humeurs et les comportements peuvent être déroutants, et comment tenir ensemble la compassion pour une personne malade et la protection de ton enfant.
Cet article est le pendant de celui sur l’addiction, et les deux se recoupent largement, mais la maladie psychique a sa texture propre. Elle est souvent plus chronique et moins cyclique que l’addiction, moins une affaire de présence ou d’absence qu’un parent présent, mais malade, d’une manière que l’enfant doit apprendre à traverser. Et la maladie psychique porte sa propre charge de jugement, ce qui rend le volet compassion d’autant plus important. Comme dans le reste de ce module, le texte tient à la fois que la maladie psychique est une maladie qui mérite de la compassion, et que ses effets sur un enfant doivent être pris au sérieux.
Si tu n’es pas en sécurité dans ta relation, ou si tu crains pour la sécurité d’un enfant, cet article n’est pas le bon point de départ. De l’aide existe, et elle est facile à joindre. Le reste de cette bibliothèque sera là quand tu seras prêt.
La ligne de sécurité, encore
Comme pour l’addiction, il y a une ligne au-delà de laquelle cet article ne cherchera pas à te guider. Si la maladie psychique de ton co-parent met un jour ton enfant en danger sous sa garde, par négligence, par des comportements effrayants ou dangereux, par un risque réel quel qu’il soit pour l’enfant, c’est une affaire de professionnels : ton médecin, un avocat spécialisé en droit de la famille pour la protection juridique de l’enfant, les services de protection de l’enfance quand un enfant est en danger, et les dispositifs d’urgence quand une personne est en danger.
Il faut être clair, et sans jugement, sur ce point. La plupart des personnes vivant avec une maladie psychique ne sont pas dangereuses, et avoir une maladie psychique ne fait pas de quelqu’un un parent dangereux. La très grande majorité des parents qui vivent avec une maladie psychique aiment leurs enfants et s’en occupent, et la maladie pèse sur la façon d’être parent d’une manière qui est difficile, mais pas dangereuse. La ligne de sécurité ne porte pas sur la maladie psychique en général ; elle porte sur les situations précises, quelle qu’en soit la cause, où un enfant est réellement en danger, et celles-là vont aux professionnels. Cette ligne étant posée, le reste de cet article porte sur la situation bien plus courante : un enfant avec un parent dont la maladie psychique rend le fait d’être parent plus difficile et la relation plus déroutante, où la question est d’aider l’enfant à composer avec ça.
Ce que l’enfant a besoin de comprendre
Un enfant avec un parent qui vit une maladie psychique essaie souvent de donner du sens à un parent dont les comportements, les humeurs et la disponibilité sont déroutants et changeants d’une manière qu’il ne sait pas s’expliquer. Un parent aimant un jour et injoignable le lendemain, qui parfois n’est pas lui-même, qui se comporte d’une façon qui intrigue ou effraie l’enfant. Sans aide, les enfants ont tendance à ramener ça à eux : ils en concluent qu’ils ont causé l’état du parent, ou qu’ils peuvent le réparer, ou que le repli du parent veut dire qu’ils ne sont pas aimés.
Une honnêteté adaptée à son âge, posée autour de l’idée de maladie, aide de la même façon que pour l’addiction. On peut dire à l’enfant que le parent a une maladie, une maladie qui touche ses émotions, ses humeurs et parfois sa façon d’agir, que ce n’est pas la faute de l’enfant, qu’il ne peut ni la causer ni la guérir, et que le parent l’aime même quand la maladie rend ça difficile à montrer. « Ta maman a une maladie qui change, parfois, comment elle se sent et comment elle agit. Ce n’est pas ta faute, tu n’y es pour rien, et tu ne peux pas la réparer. Elle t’aime, même les jours où la maladie l’empêche de le montrer comme elle le voudrait. » Ça donne à l’enfant un cadre qui retire le blâme, retire le poids de devoir réparer, et protège son sentiment d’être aimé.
Deux messages comptent particulièrement pour l’enfant d’un parent qui vit une maladie psychique. D’abord, ce n’est pas ton rôle de prendre soin de ton parent. Les enfants de parents malades glissent souvent dans un rôle d’aidant : ils essaient de gérer les humeurs du parent, ils deviennent le petit infirmier, ils sacrifient leur propre enfance à veiller sur l’adulte qui ne va pas bien. Ils ont besoin d’une permission explicite et répétée de ne pas porter ça, que la maladie du parent est une affaire de grands, et que le travail de l’enfant, c’est juste d’être un enfant. Ensuite, tu ne peux pas la réparer, et tu n’as pas à le faire. Un enfant qui croit qu’il devrait réussir à rendre son parent meilleur porte un poids impossible ; le lui ôter des épaules est un cadeau.
Comme pour l’addiction, l’enfant n’a pas besoin du détail clinique, du diagnostic, des spécificités de la maladie, des réalités d’adultes. Il a besoin du cadre « maladie » adapté à son âge, du retrait du blâme, de la protection de son sentiment d’être aimé, et de la permission de ne pas être l’aidant du parent. Le détail est une affaire de grands ; le cadre, c’est ce dont l’enfant a besoin.
Compassion et sécurité ensemble
Avec la maladie psychique, l’équilibre penche nettement du côté de la compassion, parce que le jugement social est si fort et la maladie si réellement pas la faute de la personne, tout en gardant le bien-être de l’enfant comme limite.
Le volet compassion compte parce que la maladie psychique est lourdement jugée, et qu’un enfant peut absorber des messages qui font du mal : que le parent est fou, dangereux, honteux, que l’enfant est entaché par ricochet, que la maladie est la faute du parent. Contrer ça par un cadre bienveillant et sans jugement protège à la fois la relation de l’enfant avec son parent et l’image qu’il a de lui-même. Le parent a une maladie, comme n’importe quelle autre maladie, qui n’est pas sa faute et qui ne fait de lui ni quelqu’un de mauvais ni l’enfant quelqu’un d’entaché. Ce cadre bienveillant est plus sain pour l’enfant qu’un cadre teinté de jugement.
En même temps, la compassion n’exige pas que l’enfant encaisse ce qui lui fait du mal, et son bien-être continue de poser des limites. Un enfant peut avoir une compassion profonde pour un parent malade et avoir aussi besoin d’être protégé des effets les plus durs de la maladie, besoin que ses propres émotions soient reconnues, besoin de limites là où la maladie rend le comportement du parent vraiment dur pour lui. La compassion pour le parent et la protection de l’enfant coexistent. Tu tiens le cadre bienveillant et sans jugement, et tu protèges le bien-être de l’enfant là où les effets de la maladie l’exigent.
Là où la maladie rend le comportement du parent envers l’enfant vraiment néfaste, même sans atteindre l’urgence de sécurité, les mêmes outils que propose le module s’appliquent : l’article sur l’enfant qui revient chamboulé, celui sur la façon de limiter le contact en toute sécurité, les repères sur le soutien professionnel. La compassion pour la maladie ne veut pas dire que l’enfant doit simplement endurer tout ce que la maladie produit ; elle veut dire que les pas qui protègent se font avec compréhension plutôt qu’avec condamnation.
Tenir la relation et le réalisme
La maladie psychique est souvent chronique, ce qui façonne le regard au long cours. Contrairement à une situation qui pourrait se résoudre, une maladie psychique chronique peut être une réalité durable au côté de laquelle l’enfant grandit. Ça appelle une posture tenable, sur la durée, plutôt qu’un état d’alerte permanent.
Là où le parent est sûr et où la relation a de la valeur pour l’enfant, la maintenir, avec le cadre et le soutien que la situation demande, est souvent juste, parce que le parent reste le parent de l’enfant et que beaucoup d’enfants de parents malades ont avec eux des relations qui comptent, pleines d’amour. La relation peut connaître des passages difficiles liés à la maladie, et peut avoir besoin de soutien et de cadre, mais elle n’est pas forcément amoindrie par la présence de la maladie.
Et tu tiens le réalisme à côté. La maladie peut être bien prise en charge, avec un traitement, et la façon d’être parent peut être largement stable, ce qui vaut la peine d’être espéré et soutenu. Ou la maladie peut être mal prise en charge, ou sévère, et les limites peuvent devoir être plus fermes, ce qui est une réalité à laquelle se préparer. Beaucoup de parents qui vivent une maladie psychique, surtout avec un traitement, sont des parents qui vont bien, et garder cet espoir est raisonnable. Garder aussi une préparation réaliste pour la version plus difficile est sage. Les deux, ensemble, tiennent mieux dans la durée que le déni ou le désespoir.
Pour finir
La maladie psychique chez un co-parent diffère de l’addiction en ce qu’elle est souvent plus chronique, un parent présent mais malade plutôt qu’absent, et elle porte une charge de jugement qui rend la compassion particulièrement importante. La ligne de sécurité, là où un enfant est réellement en danger, va aux professionnels, tout en étant clair que la maladie psychique en général ne fait pas de quelqu’un une personne dangereuse ni un parent dangereux. Un cadre « maladie » adapté à l’âge aide l’enfant à donner du sens à un parent déroutant sans se blâmer, avec deux messages qui comptent particulièrement : ce n’est pas le rôle de l’enfant de prendre soin du parent, et il ne peut pas, et n’a pas à, le réparer. La compassion pour le parent malade et la protection du bien-être de l’enfant coexistent, avec des pas qui protègent posés avec compréhension plutôt qu’avec condamnation. Et le regard au long cours tient à la fois l’espoir d’une maladie bien prise en charge et une préparation réaliste à la version plus difficile.
Tu aides ton enfant à aimer et à comprendre un parent dont la maladie rend le fait d’être parent difficile. Donne-lui un cadre bienveillant et sans blâme, protège-le de porter ce qui n’est pas à lui, et tiens à la fois l’espoir et le réalisme qu’une maladie chronique demande.
Le parent de ton enfant a une maladie, pas un défaut de caractère, et ton enfant n’en est ni la cause ni le remède. Donne-lui de la compassion sans blâme, une protection là où il en a besoin, et la liberté de quitter un rôle d’aidant qui n’a jamais été le sien.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.