Réduire les contacts en toute sécurité
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Réduire les contacts en toute sécurité
Parfois, la conclusion à laquelle tu arrives, après tout le reste, c’est que ton enfant a besoin de moins de contact avec le co-parent, ou d’un contact d’une autre nature, plus sûre. C’est une conclusion lourde, et y arriver ne fait pas de toi quelqu’un de vindicatif ni un mauvais co-parent. Il existe de vraies situations, quand un parent est dangereux, quand le contact fait du mal à l’enfant, où réduire ou réaménager le contact est la chose protectrice et juste à faire. La question que pose cet article, c’est comment le faire avec précaution, pour que ça protège vraiment l’enfant et que ça ne se retourne pas contre lui.
C’est un article à haute vigilance, parce que réduire les contacts est exactement le genre de geste qui peut très mal tourner s’il est fait sur un coup de tête ou de façon unilatérale. Bien fait, par les bonnes voies, avec le vrai bien-être de l’enfant au centre, il protège l’enfant. Mal fait, comme une rupture unilatérale dictée par la colère plutôt que par la sécurité, il peut faire du mal à l’enfant, abîmer ta position, et même prendre l’allure de cette aliénation contre laquelle un article précédent met en garde. Le comment compte autant que le faut-il.
Si tu n’es pas en sécurité dans ta relation, ou si tu crains pour la sécurité d’un enfant, cet article n’est pas le bon endroit pour commencer. Une aide existe, joignable tout de suite, et tu y as droit. Le reste de cette bibliothèque sera là quand tu seras prêt.
Guidé par la sécurité, pas par la colère
La première distinction, et la plus importante, c’est la raison qui pousse à réduire les contacts. Il y a un monde d’écart entre réduire le contact parce que l’enfant subit vraiment un mal ou un danger, et le réduire parce que tu en veux au co-parent, que tu veux le punir, ou que tu veux l’enfant davantage pour toi. La première raison protège et est légitime. La seconde, c’est un filtrage qui fait du mal à l’enfant en le coupant d’un parent pour les raisons de l’adulte plutôt que pour la sécurité de l’enfant.
Cette distinction doit être honnête, et ce n’est pas toujours facile, parce que la colère et l’inquiétude sincère peuvent se ressentir de l’intérieur exactement de la même façon, et un parent furieux contre son co-parent peut croire sincèrement que l’enfant a besoin d’être protégé alors que ce qui agit vraiment, c’est sa propre blessure. Donc, avant d’aller vers une réduction des contacts, la question honnête est la suivante : est-ce que c’est vraiment pour la sécurité et le bien-être de l’enfant, ou est-ce que c’est, même en partie, à cause de ce que je ressens envers le co-parent ? Un enfant gagne en général à avoir une relation avec ses deux parents, même imparfaits, donc le seuil pour limiter cette relation devrait être le bien-être réel de l’enfant, pas le grief du parent. Le travail d’examen de soi que demande l’article sur l’aliénation vaut ici aussi.
Quand la réponse honnête, c’est que la sécurité ou le bien-être réel de l’enfant l’exige, réduire les contacts est légitime et juste, et la suite de cet article parle de bien le faire. Quand la réponse, c’est que ça tient pour une bonne part à ta propre colère, le travail porte sur cette colère, à travers ton propre soutien, pas sur le fait de couper l’enfant de son parent.
Passe par les bonnes voies
Le point pratique le plus important : réduire les contacts, surtout de façon importante, n’est en général pas une chose à faire de manière unilatérale et impulsive. C’est une chose à faire par les bonnes voies, avec l’appui professionnel et, là où c’est nécessaire, juridique qui convient.
Il y a de solides raisons à cela. Couper de façon unilatérale, ou réduire drastiquement, le contact d’un enfant avec son autre parent peut avoir de lourdes conséquences juridiques pour toi, selon ton organisation et le cadre légal, et peut être interprété exactement comme ce filtrage abusif ou cette aliénation qui abîment ta position et les intérêts de l’enfant. Ça peut aussi faire du mal à l’enfant si c’est fait brutalement et sans le bon accompagnement. Et ça peut envenimer les tensions d’une manière qui blesse l’enfant davantage. Le faire correctement, par les bonnes voies, protège l’enfant, te protège, et donne au changement une légitimité et un cadre.
Les bonnes voies dépendent de la situation et de ton cadre légal, c’est pourquoi cet article n’est pas un conseil juridique et pourquoi l’article sur le soutien professionnel compte. Dans une urgence où un enfant est en danger immédiat, tu agis pour le protéger et tu contactes les autorités compétentes, protection de l’enfance, police, comme l’exige le socle de sécurité. En dehors d’une urgence, les changements de contact se décident au mieux avec un accompagnement professionnel et juridique : un avocat spécialisé en droit de la famille qui peut te conseiller pour le faire dans les règles et protéger l’enfant, une médiation là où les parents peuvent négocier le changement, et les procédures de droit de la famille qui existent pour modifier l’organisation quand le bien-être d’un enfant l’exige. Le but, c’est un changement légitime, cadré et protecteur, plutôt qu’un geste impulsif et unilatéral qui risque de rejaillir sur l’enfant et sur toi.
Ça peut sembler désespérément lent quand on est inquiet, et cette lenteur fait partie du fait de bien faire, dans les situations qui ne relèvent pas de l’urgence. L’exception, c’est le danger immédiat et réel, qui se traite en urgence par les voies de la sécurité. Pour tout ce qui reste en deçà, la voie prudente, celle des bonnes procédures, protège mieux l’enfant que la voie impulsive.
Préserve ce qui peut l’être en sécurité
Un principe clé pour bien réduire les contacts : tu réduis ou réaménages les parties dangereuses tout en préservant tout ce qui peut l’être de contact sûr et précieux, plutôt que de basculer par défaut vers une rupture totale, sauf si elle est vraiment nécessaire.
Réduire les contacts, ce n’est pas tout ou rien. Il existe un large éventail entre un contact libre et sans surveillance et une absence totale de contact, et le but protecteur est en général de trouver le niveau et la forme de contact qui soient sûrs pour l’enfant tout en préservant la relation autant que la sécurité le permet. Ça peut vouloir dire un contact en présence d’un tiers, où l’enfant voit le parent accompagné. Ça peut vouloir dire des temps plus courts ou plus cadrés. Ça peut vouloir dire un contact qui écarte l’élément précis qui est dangereux tout en gardant le reste. Le principe, c’est de limiter ce qui doit l’être pour la sécurité, pas davantage, en préservant la relation de l’enfant avec son parent dans toute la mesure où elle est vraiment sûre.
C’est important parce que, pour la plupart des enfants, une certaine relation avec un parent, même limitée ou accompagnée, a de la valeur, et une rupture totale est une perte grave qui devrait être réservée aux situations qui l’exigent vraiment. Un enfant entièrement coupé d’un parent fait le deuil de cette perte, et tant que le parent n’est pas vraiment trop dangereux pour tout contact, le but protecteur est en général un contact sûr plutôt qu’une absence de contact. Préserver ce qui peut l’être en sécurité répond au besoin de relation de l’enfant tout en le protégeant des aspects nocifs.
Il existe des situations où le contact doit vraiment cesser, où tout contact est dangereux, et elles sont réelles : la rupture protège alors. Mais c’est l’extrémité grave, atteinte par une évaluation et des voies appropriées, pas le réglage par défaut. Le réglage par défaut, c’est l’ajustement prudent : autant de relation sûre que possible, autant de limites que la sécurité l’exige.
Quoi dire à l’enfant
Quand le contact change, l’enfant a besoin d’une explication, et elle suit les principes constants de ce module : honnête, adaptée à son âge, sans condamnation, ancrée dans sa sécurité et dans ton amour.
Tu ne dénigres pas le parent et tu ne présentes pas le changement comme une punition. Tu le présentes, avec vérité et avec douceur, autour du bien-être de l’enfant et de l’idée qu’on organise les choses pour que tout le monde aille bien. Pour un plus jeune, quelque chose de simple et de rassurant : « la façon dont tu vois Papa change un peu, pour que ton temps avec lui se passe mieux et que tout le monde aille bien. Tu es en sécurité, tu es aimé, et rien de tout ça n’est à cause de quelque chose que tu aurais fait. » Pour un plus grand qui comprend davantage, un peu plus de franchise sur les raisons, toujours sans condamnation, toujours ancrée dans sa sécurité et dans le fait que ce changement, c’est une façon de prendre soin de lui.
Surtout, on rassure l’enfant : ce changement n’est pas sa faute et ce n’est pas un retrait d’amour, ni du tien ni, quand c’est vrai, de celui du co-parent. Un enfant dont le contact avec un parent est réduit peut facilement conclure qu’il a fait quelque chose de mal ou qu’il n’est pas aimé, et le démentir directement compte. Et les sentiments de l’enfant face au changement, chagrin, colère, confusion, soulagement, tous possibles, sont accueillis et validés plutôt qu’escamotés. Un enfant peut faire le deuil d’un contact réduit même avec un parent qui lui a fait du mal, et ce deuil est réel et permis.
Là où la situation et le changement sont importants, l’enfant gagne souvent à bénéficier d’un soutien professionnel pour le traverser, ce que couvre l’article sur le soutien professionnel. Réaménager la relation d’un enfant avec un parent est une chose importante pour l’enfant, et l’aider à la traverser, souvent avec un appui professionnel, fait partie du fait de bien faire.
Pour finir
Réduire le contact d’un enfant avec le co-parent est parfois vraiment protecteur et juste, et bien le faire compte autant que de décider de le faire. Sois honnête sur le fait que la raison est la sécurité et le bien-être de l’enfant, pas ta colère, puisque les deux peuvent se ressentir de l’intérieur de la même façon et que le seuil pour limiter une relation devrait être le besoin réel de l’enfant. Fais-le par les bonnes voies, avec un accompagnement professionnel et juridique, plutôt que de manière unilatérale et impulsive, sauf en cas d’urgence réelle où la sécurité immédiate d’un enfant impose d’agir et de contacter les autorités. Préserve tout ce qui peut l’être de contact sûr, en ajustant vers autant de relation que la sécurité le permet plutôt qu’en basculant par défaut vers une rupture totale. Et dis-le à l’enfant honnêtement, sans condamnation, ancré dans sa sécurité et dans ton amour : ce changement n’est pas sa faute, et tu l’accompagnes dans le deuil qu’il peut faire naître.
Réduire le contact de ton enfant avec son autre parent est un geste lourd et grave. Pris pour la sécurité réelle de l’enfant, par les bonnes voies, en préservant ce qui peut l’être en sécurité, et expliqué avec amour, il protège ton enfant au lieu de lui faire du mal.
Réduis les contacts pour la sécurité de ton enfant, pas pour ta colère, et fais-le par les bonnes voies plutôt que seul. Protège ce qui peut l’être en sécurité, et explique-le avec amour, pour que ce geste mette ton enfant à l’abri au lieu de le blesser.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.