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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

Quand tu perds ton sang-froid

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges7 min de lecture
Quand tu perds ton sang-froid

Quand tu perds ton sang-froid

C’est encore arrivé. Tu étais à bout, la journée avait été de trop, ton enfant a appuyé sur le seul bouton qu’il te restait, et tu as craqué. Tu as crié plus fort que tu ne le voulais. Tu as dit quelque chose de cassant. Tu as vu le visage de ton enfant changer, et tu as senti la culpabilité immédiate, ce gouffre, d’avoir été, toi, la chose qui lui a fait peur. Maintenant tu portes la honte de ce moment, tu te demandes si tu as fait des dégâts, si tu es le parent que tu n’arrives jamais à être.

Presque tous les parents perdent leur sang-froid de temps en temps, et après une séparation, quand tu es plus tiré que tu ne l’as jamais été, ça arrive plus souvent. Cet article parle de ce qui vient après, parce que l’après compte plus que le moment lui-même. C’est aussi un sujet délicat, et il trace une ligne claire, parce que perdre son sang-froid et faire du mal à son enfant ne sont pas la même chose, et ce texte parle de la première.

Si ta colère a impliqué de faire du mal à ton enfant, ou si tu as peur de ce que tu pourrais faire, cela dépasse ce que cet article peut porter, et cela mérite un vrai soutien. Un médecin, un professionnel qui accompagne les parents, peuvent aider, et tendre la main est une chose forte et protectrice. Le reste de cet article parle des pertes de sang-froid ordinaires, les cris et les paroles cassantes que la plupart des parents ont, et dont ils se sentent affreusement coupables.

La rupture n’est pas toute l’histoire

Voici ce qui devrait alléger un peu le poids. Un moment de sang-froid perdu n’abîme pas, à lui seul, un enfant. Ce qui façonne un enfant dans la durée, ce n’est pas l’absence de rupture, qu’aucun parent n’atteint, mais la présence de la réparation. Les enfants ne sont pas abîmés par un parent qui craque de temps en temps puis renoue le lien. Ils sont abîmés par une rupture qui n’est jamais réparée, par un parent qui craque puis fait comme si de rien n’était, laissant l’enfant seul avec une expérience effrayante et sans résolution.

Ce que la recherche en dit est vraiment rassurant. Les relations parent-enfant les plus saines ne sont pas celles qui sont sans tensions ni colère ; ce sont celles où la rupture est suivie de réparation. Le craquage, suivi de la reconnexion, n’est pas un échec parental. Ça peut même en être un ressort puissant, parce que ça apprend à l’enfant quelque chose dont il a besoin : que les relations peuvent encaisser la colère, qu’un mauvais moment n’est pas la fin, que des gens qui s’aiment peuvent se blesser puis réparer. Un enfant qui ne voit qu’un parent parfaitement calme en apprend moins sur la réparation qu’un enfant qui voit un parent craquer puis arranger les choses.

Donc le sang-froid perdu, sans être un but à viser, n’est pas non plus la catastrophe que la culpabilité te fait ressentir. C’est une rupture, et une rupture, ça se répare. L’histoire entière, ce n’est pas le moment où tu as craqué. C’est le moment où tu as craqué, plus ce que tu fais ensuite.

Comment réparer

La réparation après une perte de sang-froid tient en quelques gestes simples, et les faire sincèrement compte plus que les faire à la perfection.

Reconnais ce qui s’est passé, simplement. Une fois que tu es calme, tu le nommes honnêtement à ton enfant, sans minimiser. Tout à l’heure, j’ai perdu mon sang-froid et j’ai crié. Ce n’était pas correct. Tu ne fais pas semblant que ça n’a pas eu lieu, ni que ce n’était pas grave. Le nommer dit à l’enfant que ce qu’il a vécu était réel, et que tu es capable d’être honnête sur tes propres ratés.

Prends ta part sans te chercher d’excuses. Tu assumes ce qui t’appartient. J’étais fatigué et à bout, mais ce n’est pas ta faute, et ce n’est pas à toi de gérer mon sang-froid. Les cris, c’était à propos de moi, pas de toi. C’est crucial, parce qu’un enfant croit souvent que la colère d’un parent veut dire qu’il est mauvais. Prendre clairement sa part, et séparer explicitement ta réaction de sa valeur à lui, défait cette croyance.

Excuse-toi vraiment. Des excuses sincères, pas des excuses sur la défensive. Je suis désolé. Tu ne méritais pas qu’on te crie dessus comme ça. Les enfants pardonnent remarquablement quand les excuses sont sincères, et voir un parent s’excuser leur apprend à le faire eux-mêmes.

Renoue le lien. Après les mots, la chaleur. Un câlin s’il en veut un, un retour à la proximité ordinaire, un signal que la relation est intacte et que la rupture est réparée. C’est la reconnexion qui résout vraiment l’expérience effrayante pour l’enfant, en restaurant la sécurité que le craquage a brièvement ébranlée.

Tu ne t’excuses pas à outrance, tu ne t’effondres pas dans la culpabilité, et tu ne fais pas en sorte que l’enfant te console, ce qui inverserait les rôles et le surchargerait. Une réparation nette et sincère, puis retour à la vie ordinaire. C’est tout, et c’est suffisant.

Ce que la réparation apprend

Au-delà de raccommoder le moment précis, la réparation offre à ton enfant quelque chose qu’il emportera toute sa vie. Il apprend que la colère ne met pas fin aux relations. Il apprend que les gens peuvent faire des erreurs et les assumer. Il apprend à quoi ressemblent de vraies excuses, montrées par quelqu’un qu’il aime. Il apprend qu’il mérite des excuses, que même un parent lui doit de l’honnêteté et de la réparation. Et, surtout, il apprend à réparer ses propres ruptures, avec toi, avec ses amis, un jour avec ses propres enfants, parce qu’il a vu comment on fait.

Un enfant qui traverse une séparation profite tout particulièrement de voir que les ruptures peuvent se réparer, parce que la séparation elle-même est, en partie, une immense rupture de son monde, qui donne le sentiment de ne pas pouvoir être réparée. Te regarder rompre puis réparer, à petite échelle, encore et encore, lui apprend à un niveau profond que la cassure n’est pas toujours définitive, que les relations peuvent plier puis se ressouder. C’est une chose immense à apprendre, et tu la lui apprends non pas en ne perdant jamais ton sang-froid, ce qui est impossible, mais en réparant de façon fiable quand ça arrive.

Quand ta colère est plus qu’ordinaire

Cet article parle des pertes de sang-froid ordinaires, celles que presque tous les parents connaissent. Il est important de dire clairement que certaines colères sont plus que cela, et demandent plus qu’une réparation.

Si ta colère te fait peur, si tu perds le contrôle d’une manière que tu n’arrives pas à enrayer, si elle est fréquente et intense plutôt qu’occasionnelle, si tu as fait mal physiquement à ton enfant ou crains de le faire, ou si tu sens que quelque chose de plus grand la nourrit, ce n’est pas une situation de réparation, c’est une situation où l’on va chercher du soutien. Ce n’est pas un jugement. Être parent sous la pression d’une séparation, souvent en portant son propre chagrin, son épuisement et une douleur jamais digérée, peut pousser n’importe qui vers une colère qui dépasse l’ordinaire. Le reconnaître et tendre la main, vers un médecin, un professionnel, un service de soutien à la parentalité, est l’une des choses les plus protectrices qu’un parent puisse faire, pour son enfant et pour lui-même.

La ligne est à peu près celle-ci. Des cris occasionnels dont tu te sens affreusement coupable et que tu répares, c’est ordinaire, et la réparation y suffit. Une colère fréquente, effrayante, qui s’aggrave ou qui bascule dans le mal fait, c’est plus qu’ordinaire, et ça demande un vrai soutien, pas seulement de meilleures excuses. Si tu n’es pas sûr de savoir de quel côté se trouve la tienne, cette incertitude est déjà une bonne raison d’en parler à quelqu’un. Le travail du côté « pour toi », et les ressources qui s’y trouvent, peuvent aider à alléger la charge de fond qui alimente la colère.

Pour finir

Presque tous les parents perdent leur sang-froid, surtout sous la pression d’une séparation, et un moment de sang-froid perdu n’abîme pas, à lui seul, un enfant. Ce qui façonne un enfant, c’est la réparation, pas l’absence de rupture. Les relations les plus saines ne sont pas sans tensions ; ce sont celles où la rupture est suivie, de façon fiable, d’une reconnexion. Répare en reconnaissant simplement ce qui s’est passé, en prenant ta part sans te chercher d’excuses, en t’excusant vraiment, et en renouant le lien, ce qui raccommode le moment et apprend à ton enfant que la colère ne met pas fin à l’amour et que les ruptures peuvent se réparer. Et distingue clairement la perte de sang-froid ordinaire, que la réparation gère, de la colère fréquente, effrayante, ou qui bascule dans le mal fait, qui demande un vrai soutien.

Il t’arrivera de perdre ton sang-froid. Ce n’est pas le craquage qui définit ta façon d’être parent. C’est de savoir si tu reviens, si tu l’assumes, et si tu répares, ce que tu peux faire, à chaque fois.

Le craquage n’est pas ce qui façonne ton enfant. Le retour, si. Répare ce que tu romps, et tu lui apprends que l’amour survit aux moments difficiles.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.