L’enfant qui devient agressif
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

L’enfant qui devient agressif
Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle · Article 08 · Wave 2 · 4-7, 8-12
Cette fois, une ligne a été franchie. Pas seulement un débordement, mais des coups. Une morsure au petit dernier. Une bousculade assez forte pour faire mal à un copain. Des coups portés sur toi. La colère que tu pouvais peut-être comprendre est devenue physique, et maintenant il y a une vraie inquiétude sous l’inquiétude. Qu’est-ce que ça veut dire, que mon enfant fasse mal aux autres, et qu’est-ce que je fais ?
L’agressivité chez un jeune enfant après une séparation fait peur à un parent, en partie à cause du mal causé, et en partie à cause de ce qu’elle semble dire de l’enfant. Il vaut la peine de tenir deux choses à la fois ici. L’agressivité est, comme les autres comportements de ce module, le plus souvent la surface d’un problème de régulation : un sentiment trop grand, géré de la façon la plus physique dont un enfant dispose. Et l’agressivité, contrairement à la tristesse ou au repli, fait du mal aux autres, ce qui veut dire qu’elle a besoin d’une limite claire autant que de compréhension. La réponse tient les deux.
L’agressivité, c’est de la dysrégulation avec un corps
Un jeune enfant qui frappe, qui mord ou qui bouscule est, dans la plupart des cas, un enfant dont le sentiment a débordé sa mince capacité à se réguler, et dont le corps a agi avant qu’aucune pensée n’ait pu s’interposer. L’agressivité n’est en général pas une cruauté calculée. C’est un système nerveux submergé qui se décharge par le canal le plus immédiat à disposition, qui, à cet âge, est le corps. Le sentiment, souvent le même chagrin, la même peur, le même sentiment d’impuissance qui poussent l’enfant en colère, devient si grand qu’il jaillit par le corps.
C’est important, parce que ça te dit que l’agressivité est, à la racine, un problème de régulation, pas un problème de caractère. Ton enfant n’est pas un mauvais enfant ni une personne violente en devenir. C’est un enfant qui n’a pas encore assez de capacité de régulation, soumis à une charge émotionnelle qui dépasse ce qu’il peut gérer, et qui la décharge physiquement parce que c’est ce que fait le système d’un jeune enfant submergé. La compréhension clinique de l’agressivité de l’enfant est largement une compréhension de la régulation, pas de la malveillance.
Mais, et c’est la différence cruciale avec les autres comportements de ce module, l’agressivité fait mal aux gens. La tristesse d’un enfant ne blesse pas un frère ou une sœur. Ses poings, oui. Alors, même si la compréhension est la même, la réponse a une couche supplémentaire, non négociable, dont les comportements plus doux n’ont pas besoin. Tu peux être infiniment patient avec le chagrin. Tu ne peux pas être permissif avec le fait de faire mal.
La réponse en deux temps
La réponse à l’agressivité a deux temps, et les deux comptent. Arrêter le mal, et s’occuper du sentiment. Dans cet ordre, et ensuite les deux.
Arrête le mal d’abord, clairement et sans négociation. Quand un enfant fait mal à quelqu’un, la priorité immédiate est la sécurité. Tu interviens physiquement et calmement, en séparant, en tenant, en retirant l’enfant de la situation, ce qui arrête le mal. Et tu poses la limite simplement. « Je ne te laisse pas faire mal à ton frère. Frapper, ce n’est pas permis. » C’est ferme, c’est clair, et ce n’est pas matière à discussion. La limite sur le fait de faire mal aux autres est l’une des rares lignes vraiment non négociables, et un enfant a besoin de la sentir tenue avec une stabilité absolue. Des limites molles sur l’agressivité laissent un enfant en insécurité, parce qu’un enfant qui peut faire mal aux autres sans que personne ne l’arrête de façon fiable est un enfant dont le monde n’a pas de murs.
Ensuite, occupe-toi du sentiment, une fois le moment apaisé et l’enfant plus calme. C’est là que la compréhension de la régulation revient. La limite arrête le comportement ; elle ne résout pas ce qui l’a poussé. Plus tard, au calme, tu aides l’enfant avec le sentiment qui se tient en dessous. « Tu étais tellement en colère que tu as frappé. Ce grand sentiment, tu as le droit de l’avoir. Faire mal aux gens, ce n’est jamais permis. On va trouver quoi faire de ce grand sentiment autrement. » Tu sépares le sentiment, qui est toujours autorisé, de l’acte, qui ne l’est pas. L’enfant apprend que la colère est permise et que frapper est interdit, et qu’il y a d’autres choses à faire de la colère.
Tenir les deux temps, c’est tout le savoir-faire. Une réponse qui n’est que limite et aucune compréhension, rien que de la punition, laisse le sentiment moteur sans réponse, et l’agressivité a tendance à continuer. Une réponse qui n’est que compréhension et aucune limite laisse l’enfant sans le mur dont il a besoin, et le mal continue. Ferme sur l’acte, chaleureux sur le sentiment, les deux à la fois, dans la durée.
Faire mal aux frères et sœurs, faire mal aux copains
L’agressivité se montre souvent le plus à la maison, dirigée vers les frères et sœurs, pour la même raison de cible sûre que la colère. L’enfant tient le coup à l’école et décharge sur les personnes auprès de qui il se sent le plus en sécurité. Un enfant qui fait mal à un frère ou une sœur a besoin de la même réponse en deux temps, avec le soin supplémentaire de protéger ce frère ou cette sœur, qui a besoin de se sentir en sécurité dans son propre foyer, et de ne pas laisser l’enfant agressif devenir le centre de toute l’attention de la famille pendant que le vécu de celui qui a été blessé reste sans réponse.
L’agressivité envers les copains et à l’école porte une couche en plus, parce qu’elle a des conséquences sociales pour l’enfant et qu’elle implique d’autres familles. Là, travailler avec l’école compte, à la fois pour garder les autres enfants en sécurité et pour soutenir le tien. Un enfant qui fait mal à ses pairs est peut-être en difficulté plus grande que celui qui ne décharge que sur des cibles familiales sûres, et une agressivité à l’école qui persiste mérite d’être prise au sérieux et accompagnée par de l’aide. Ça vaut aussi la peine de vérifier, avec douceur, si quelque chose de précis se passe, à l’école ou dans l’un des foyers, qui la nourrit.
Dans les deux cas, le principe est le même. Arrête le mal, tiens la limite, occupe-toi du sentiment, et lis l’agressivité comme le signal d’un enfant sous une charge qu’il ne peut pas réguler, qui a besoin à la fois d’un mur ferme et d’une vraie aide pour ce qu’il y a derrière.
Bâtir la compétence qui manque
Le travail de fond, au-delà de la gestion des incidents un par un, c’est d’aider ton enfant à bâtir la compétence de régulation dont l’absence pousse l’agressivité. C’est lent et développemental, et c’est le même travail qu’avec la colère. Aider l’enfant à repérer le sentiment qui monte avant qu’il n’explose. Lui donner d’autres choses à faire d’un grand sentiment : des mots, un endroit où aller, une décharge physique qui ne fait mal à personne. Co-réguler de façon fiable pour qu’il emprunte ton calme et l’intériorise peu à peu. Nommer les sentiments qui se tiennent en dessous pour qu’il ait un canal autre que le corps.
Cette capacité grandit avec le temps, avec un soutien stable, et l’agressivité diminue en général à mesure qu’elle grandit. Mais il vaut la peine d’être honnête : certains enfants ont besoin de plus d’aide pour la bâtir que ce qu’un parent seul peut donner. Une agressivité fréquente, intense, qui s’aggrave, qui fait vraiment mal, ou qui ne répond pas à une gestion cohérente, chaleureuse et ferme dans la durée, est une raison claire de chercher un soutien professionnel. Ce n’est pas un échec ni un jugement sur l’enfant. Les difficultés de régulation de certains enfants sont assez importantes pour avoir besoin d’une aide spécialisée, et l’obtenir tôt aide. Les pistes de la thérapie et des besoins particuliers sont les endroits où chercher.
Pour finir
L’agressivité chez un jeune enfant, c’est le plus souvent de la dysrégulation avec un corps : un sentiment trop grand déchargé physiquement, ce qui en fait un problème de régulation à la racine plutôt qu’un défaut de caractère. Mais parce qu’elle fait mal aux autres, elle a besoin d’une limite claire et non négociable autant que de compréhension. La réponse a deux temps, tous deux essentiels : arrêter le mal et tenir la limite fermement, puis s’occuper du sentiment en dessous une fois les choses calmes, en séparant le sentiment toujours autorisé de l’acte jamais autorisé. Protège les frères et sœurs, travaille avec l’école pour l’agressivité envers les pairs, bâtis dans le temps la compétence de régulation qui manque, et cherche une aide professionnelle pour l’agressivité fréquente, qui s’aggrave, ou qui ne répond pas.
Ton enfant qui fait mal aux autres, ça fait peur, et ce n’est pas un verdict sur qui il est. C’est un enfant submergé au-delà de sa capacité, qui a besoin à la fois d’un mur ferme et d’une vraie aide pour trouver une autre façon de porter ce qui est trop grand.
Tiens la limite sur le fait de faire mal, sans fléchir, et tiens le sentiment en dessous avec chaleur. Ton enfant a besoin des deux, le mur et la compréhension, pas de l’un sans l’autre.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.