L’enfant « parfait »
By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

L’enfant « parfait »
Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle · Article 09 · Wave 3 · 4 à 12 ans
Pendant que tu te préparais aux problèmes, l’un de tes enfants est devenu presque suspectement sage. Celui qui ne fait jamais d’histoires. Qui range sans qu’on lui demande, qui a de bonnes notes, qui gère ses émotions de façon impeccable, qui n’ajoute jamais rien à la pile de choses que tu jongles déjà. L’enfant modèle, exactement au moment où tu en avais besoin. Et quelque part sous ta gratitude, une petite question que tu repousses sans cesse. Est-ce que c’est réel, ou est-ce qu’il se passe quelque chose que cette belle conduite vient recouvrir ?
C’est le cousin comportemental d’un schéma qui traverse aussi le module sur la vie émotionnelle, et il mérite sa place ici parce que la bonne conduite est si facile à prendre au premier degré. Un enfant qui répond à la séparation de sa famille en devenant extra-sage, extra-conciliant, extra-parfait peut tout à fait être en train de bien traverser les choses. Ou bien il peut être en train de gérer son anxiété par le contrôle et l’effort, en se tenant si serré que l’effort lui-même devient le problème. Faire la différence, et répondre à ce qui est réel, c’est ça, le travail.
Quand la perfection, c’est l’anxiété qui a mis un beau costume
Tous les enfants sages ne sont pas secrètement en difficulté, et c’est important de ne pas traiter la sagesse comme suspecte en soi. Certains enfants ont simplement un tempérament posé et traversent bien les choses, et un enfant calme et coopérant après une séparation peut être exactement l’enfant solide qu’il paraît être. Faire de la bonne conduite une pathologie fait son propre mal.
Mais parfois, cette sagesse exacerbée est une stratégie pour tenir, et une stratégie bien précise. Un enfant dont le monde est devenu effrayant d’incertitude peut chercher à gérer cette anxiété par le contrôle, et la chose la plus disponible qu’un enfant puisse contrôler, c’est lui-même. En étant parfait, il essaie d’empêcher que ça empire, de ne rien ajouter aux ennuis, de tenir une partie du monde stable, lui-même, quand tout le reste semble vaciller. Le perfectionnisme est une façon de gérer la peur. Si je suis assez bien, peut-être que rien d’autre de grave n’arrivera. Si je ne pose pas de problèmes, peut-être que la stabilité qui reste va tenir.
Il y a souvent, en dessous, un fil de pensée magique, surtout chez les plus petits. Un enfant peut porter, à demi conscient, le sentiment que sa conduite a quelque chose à voir avec le sort de la famille, qu’être sage pourrait garder la famille en sécurité ou empêcher d’autres pertes. C’est la même logique centrée sur soi qui amène certains enfants à se reprocher la séparation, tournée cette fois vers la prévention. Sois sage, et peut-être que tu protégeras ce qu’il reste.
Portée ainsi, la bonne conduite n’est plus vraiment de la bonne conduite. C’est de l’anxiété, gérée par un effort et un contrôle de soi sans relâche, dans le costume d’un enfant modèle. Et le prix à payer, c’est un enfant qui ne se détend jamais, qui ne peut jamais être un enfant ordinaire, en désordre et imparfait, parce que la sagesse fait un travail qui lui paraît trop important pour qu’il le pose.
L’enfant qui tient la famille debout
Une version bien particulière de tout ça, c’est l’enfant qui prend sur lui le rôle de tenir la famille debout. Il devient le petit aidant, celui qui ne pose pas de problème, le pacificateur, celui qui gère l’humeur de tout le monde et n’a jamais besoin qu’on gère la sienne. Il lit l’ambiance émotionnelle de la pièce avec une justesse douloureuse et s’ajuste pour que tout reste lisse.
Cet enfant ressemble à un cadeau, surtout pour un parent épuisé, et il porte souvent la charge la plus lourde de la famille. Il a pris sur lui une tâche qui n’est pas celle d’un enfant, la stabilisation émotionnelle de toute la maisonnée, et il la paie en mettant de côté ses propres sentiments, qui n’ont nulle part où aller parce que l’enfant a décidé qu’il n’y avait pas de place pour eux. Le signal n’est pas la détresse, c’est l’absence de cet égoïsme et de ce désordre ordinaires de l’enfance, remplacés par une maturité aux aguets, pleine d’effort.
Cet enfant a besoin, plus que tout, d’être déchargé de cette tâche. Qu’on lui dise et qu’on lui montre que tenir la famille debout n’est pas sa responsabilité, que les adultes s’en occupent, qu’il a le droit d’être un enfant dont les besoins sont comblés plutôt que celui qui comble ceux de tout le monde.
Donner la permission d’être imparfait
La réponse à l’enfant anxieux-parfait, c’est en grande partie de lui donner activement la permission d’être imparfait, et de le penser vraiment.
Ça veut dire ne pas trop récompenser la perfection d’une manière qui la renforce. Un enfant qu’on félicite sans cesse d’être si sage, si facile, si mûr, apprend que c’est cette sagesse qui gagne ton approbation, ce qui resserre le piège. À la place, tu lui fais comprendre qu’il est aimé indépendamment de ses performances, qu’il n’a pas à mériter sa place en étant parfait, que se planter, avoir des besoins et être un enfant ordinaire et imparfait, c’est tout à fait bien. Tu n’as pas besoin d’être parfait pour moi. Je t’aime exactement pareil quand tu passes une mauvaise journée ou que tu mets du désordre que quand tout est rangé. Tu as le droit de ne pas aller bien, parfois.
Tu fais aussi activement de la place aux sentiments que la perfection étouffe. Nommer que c’est normal d’avoir des sentiments difficiles à propos de la séparation, qu’il en a le droit, que tu es capable de les entendre. Pour l’enfant qui tient la famille debout, le décharger explicitement de ce rôle. Prendre soin de tout le monde, ce n’est pas ton travail. C’est le mien. Ton travail à toi, c’est juste d’être un enfant. Et ensuite le vivre, en étant l’adulte stable de façon si fiable que l’enfant se sente assez en sécurité pour poser la stabilité qu’il avait prise sur lui.
Tu le laisses être en désordre, autrement dit. Tu rends l’imperfection sûre, et même bienvenue. Un enfant qui apprend qu’il n’a pas besoin d’être parfait pour que son monde reste en sécurité peut enfin relâcher l’effort, et l’enfant véritable, ordinaire et imparfait qui se tenait en dessous peut revenir.
Ce à quoi rester attentif
Derrière la bonne conduite, quelques signaux suggèrent que la perfection est de l’anxiété plutôt que du tempérament. Une rigidité à ce sujet, de la détresse quand il ne peut pas être parfait, des crises pour de petites erreurs, une peur de se tromper qui n’a aucune mesure avec l’enjeu. Des signes physiques de stress, des difficultés à dormir, des maux de ventre, malgré la façade calme. Une incapacité à se détendre ou à jouer librement. Une vigilance permanente vis-à-vis de l’humeur des adultes. L’absence totale de tout débordement normal, ce qui, chez un enfant qui traverse un grand bouleversement, vaut déjà la peine d’être remarqué.
Là où ces signaux sont présents et durables, le perfectionnisme peut être une anxiété assez importante pour qu’un soutien aide, et les articles sur l’anxiété et sur la thérapie indiquent le chemin. Là où ils sont absents et où l’enfant semble vraiment détendu et heureux, la bonne conduite, c’est peut-être simplement qui il est, et le bon geste, c’est d’en profiter sans fabriquer un problème. Comme avec l’enfant qui a « l’air d’aller trop bien », tu tiens les deux possibilités ouvertes et tu réponds à ce qui est réellement là, en observant la trajectoire plutôt qu’en forçant une conclusion.
Pour finir
Un enfant qui devient extra-sage, extra-parfait après une séparation est peut-être vraiment en train de bien traverser les choses, ou peut-être en train de gérer son anxiété par le contrôle, en se tenant rigidement serré pour que rien d’autre n’empire, parfois en prenant sur lui de tenir la famille entière debout. La bonne conduite peut être de l’anxiété dans un beau costume, et son prix, c’est un enfant qui ne peut jamais se laisser aller à n’être qu’un enfant ordinaire et imparfait. La réponse, c’est de donner une vraie permission d’être imparfait, d’arrêter de trop récompenser la perfection, de faire de la place aux sentiments étouffés, et de décharger l’enfant qui tient tout le monde debout. Reste attentif aux signaux de rigidité et de stress caché, et cherche du soutien là où ils persistent.
L’enfant parfait est peut-être celui qui, le plus silencieusement, a le plus besoin de toi. Fais-lui savoir, en paroles et en actes, qu’il n’a pas besoin d’être parfait pour garder sa place ni pour garder son monde en sécurité.
L’enfant facile peut être celui qui porte le plus. Dis-le-lui, et montre-le-lui : être un enfant ordinaire, en désordre, ça suffit, et regarde-le poser le poids.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.