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Module 14 · La vie émotionnelle de ton enfant

Quand ton enfant rencontre un copain dont les parents ne sont pas séparés

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

4–78–127 min de lecture
Quand ton enfant rencontre un copain dont les parents ne sont pas séparés

Quand ton enfant rencontre un copain dont les parents ne sont pas séparés

Module 14 · La vie émotionnelle de ton enfant · Article 10 · Wave 3 · 4 à 12 ans


Ton enfant rentre de chez un copain plus silencieux que d’habitude. Plus tard, ça ressort. Chez le copain, le papa et la maman habitent tous les deux là. Ils ont dîné tous ensemble, à la même table, dans la même maison, et personne n’est reparti après. Et ton enfant, qui allait bien, te regarde soudain avec une question qui n’est pas tout à fait une question. Pourquoi chez nous ce n’est pas comme ça.

Quelque part dans les années d’école primaire, les enfants commencent à remarquer que leur famille a une forme différente de celle de certains de leurs copains. Le goûter chez une famille avec deux parents sous le même toit, le copain qui n’a jamais eu à préparer de sac, la mention banale de ce qu’on a fait en famille ce week-end, tout cela atterrit comme des données que ton enfant compare en silence à sa propre vie. C’est l’année des comparaisons, et elle peut rouvrir une tendresse que tu croyais apaisée.

Le principe. Ton enfant qui remarque que sa famille est différente, ce n’est pas la même chose que ton enfant abîmé par le fait que sa famille soit différente. La comparaison est une étape de son développement, pas une blessure, et ta façon d’y répondre décide si ton enfant range sa famille du côté de différente ou du côté de inférieure.

La comparaison fait partie du développement

Vers six à dix ans, les enfants deviennent beaucoup plus attentifs à la façon dont ils se situent par rapport à leurs pairs. Ils comparent tout : qui a quoi, qui a la plus grande maison, qui a eu les chaussures neuves, ce que font les familles des uns et des autres. La forme de la famille devient une chose de plus qu’ils remarquent et qu’ils mesurent. Un enfant qui repère qu’un copain a ses deux parents sous le même toit fait exactement le même travail de comparaison qu’il fait à propos de tout le reste à cet âge. C’est un développement cognitif normal, pas un signe de détresse.

La comparaison peut piquer, pour lui comme pour toi. Pour l’enfant, elle peut faire remonter un souhait, un éclair de l’ancien chagrin, le sentiment d’être à l’écart de quelque chose. Pour toi, elle peut remuer de la culpabilité, la pensée douloureuse que ton enfant manque de quelque chose que ses copains, eux, ont. Ces deux ressentis sont réels et aucun ne veut dire que quelque chose a mal tourné. Le fait de remarquer n’est que ça : remarquer. Ce qui compte, c’est ce qu’on construit par-dessus.

Différente ne veut pas dire inférieure

La chose la plus importante que tu puisses faire avec la comparaison, c’est refuser de la traiter comme la preuve que la famille de ton enfant serait moins bien. Les enfants se font leur idée là-dessus presque entièrement à partir des adultes. Si tu réponds à la comparaison par de la culpabilité, de la défensive ou de la tristesse, l’enfant apprend que sa famille est bel et bien quelque chose qui doit le mettre mal. Si tu réponds avec une chaleur stable, posée, qui va de soi, l’enfant apprend que sa famille est simplement l’une des nombreuses formes qu’une famille peut prendre.

Les familles prennent des formes très diverses. Certains enfants ont deux parents dans un seul foyer. D’autres ont deux foyers. D’autres ont un seul parent. D’autres sont élevés par leurs grands-parents. D’autres ont des beaux-parents, des demi-frères et des demi-sœurs, et tout un réseau de gens. Aucune de ces familles n’est la bonne, celle à l’aune de laquelle les autres seraient en deçà. La famille à deux foyers est une vraie famille, entière, légitime, pas une version cassée de la famille à un seul foyer.

C’est le cadre à tenir et à transmettre à ton enfant. Pas une insistance défensive sur le fait que tout va très bien, qu’un enfant voit venir de loin, mais un sentiment calme et sincère que sa famille est différente et que différente, c’est juste différente. Certaines familles vivent dans une seule maison. La nôtre a deux foyers. Plein de familles sont différentes les unes des autres. La nôtre est l’une des formes qu’une famille peut prendre. Dit sans anxiété, cela donne à l’enfant un endroit solide où se tenir quand la comparaison revient, et elle reviendra, encore et encore, au fil de ces années.

Répondre honnêtement à la comparaison

Quand ton enfant t’amène la comparaison, directement ou de biais, quelques repères aident.

Accueille le sentiment qui se tient en dessous. Souvent, la comparaison porte un souhait ou une tristesse. On dirait que tu aurais aimé que notre famille soit comme la leur. Nommer le souhait, sans te précipiter pour le balayer par des arguments, permet à l’enfant de se sentir compris. Le sentiment a le droit d’être là. Ton enfant a le droit de souhaiter, parfois, que les choses soient différentes, et rencontrer ce souhait honnêtement vaut mieux que d’insister sur le fait qu’il ne devrait pas l’éprouver.

Ne survends pas ta famille en réponse. La tentation, quand un enfant compare, c’est de lancer une campagne sur tout ce que la vie à deux foyers a de formidable. Deux anniversaires, deux chambres, deux fois plus de vacances. Un peu de cela peut être sincère et très bien, mais à trop forte dose, ça sonne comme une justification de trop, et ça balaie le vrai sentiment qui se tient en dessous. Ton enfant n’a pas besoin d’un argumentaire. Il a besoin que son souhait soit accueilli et sa famille tenue pour légitime.

Dis honnêtement qu’il n’a pas choisi cela. Une part de ce qui pique dans la comparaison, c’est l’absence de choix. La famille de son copain est restée ensemble ; la sienne non, et il n’a pas eu son mot à dire. Tu n’as pas à faire comme si ce n’était pas réel. Tu as raison, c’est différent, et tu n’as pas pu choisir. Cette partie-là n’est pas juste, et c’est normal d’avoir de la peine à cause de ça. L’honnêteté sur le fait qu’il n’a pas choisi respecte davantage l’enfant qu’un enrobage obstinément positif.

Et puis, en dessous de tout cela, la réassurance stable, transmise davantage par ta manière d’être que par tes mots. Sa famille, quelle que soit sa forme, est pleine de gens qui l’aiment. C’est ça qui répond vraiment à la comparaison, et cette réponse se donne sur des années, par la présence fiable des gens de sa vie, bien plus que par une seule conversation.

Ce que la comparaison demande vraiment

Sous pourquoi chez nous ce n’est pas comme ça, il y a en général une question plus profonde et plus discrète. Est-ce que je vais bien. Est-ce que ma famille va bien. Est-ce qu’il me manque quelque chose dont j’ai besoin.

La vérité clinique rassurante, c’est que ce dont les enfants ont besoin, ce n’est pas une forme de famille précise. C’est une présence affective fiable, aimante, disponible, et cela peut se vivre dans n’importe laquelle des formes qu’une famille peut prendre. Un enfant qui a deux foyers, deux parents impliqués et un réseau plus large de gens qui l’aiment ne manque de rien d’essentiel. La forme est différente de celle de son copain. Ce qui compte vraiment, être aimé en sécurité, lui est pleinement accessible.

Alors quand ton enfant compare, la vraie réponse que tu lui donnes, le plus souvent sans mots, c’est oui, tu vas bien, ta famille va bien, tu as ce qu’il te faut. Cette réponse, tu la donnes en restant stable, en tenant sa famille pour légitime, en étant présent de façon fiable. La comparaison revient tout au long des années de primaire et s’adoucit à mesure que l’enfant s’installe dans le sentiment tranquille que sa famille est simplement la sienne. C’est ton calme à travers les comparaisons qui lui permet de s’apaiser.

Pour finir

Un enfant qui remarque que sa famille a une forme différente de celle d’un copain fait un travail de comparaison normal pour son développement, il ne montre pas une blessure. La comparaison peut piquer, et ta réponse décide si l’enfant range sa famille du côté de différente ou du côté de inférieure. Tiens sa famille pour l’une des vraies formes qu’une famille peut prendre, accueille honnêtement le souhait ou la tristesse qui se tient sous la comparaison, y compris le fait qu’il ne l’a pas choisi, et ne survends pas. Sous la comparaison, il y a la question est-ce que je vais bien, et la réponse, donnée surtout par ta stabilité au fil des années, est oui.

Sa famille est différente. Avec toi qui la tiens pour entière et légitime, ton enfant en vient à la tenir ainsi à son tour.

Sa famille est l’une des formes qu’une famille peut prendre. Dis-le sans broncher, et ton enfant apprend à le dire ainsi.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.