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Module 12 · Distance et voyages

Quand les deux foyers ne sont pas dans la même ville

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

Tous les âges12 min de lecturePierre angulaire
Quand les deux foyers ne sont pas dans la même ville

Quand les deux foyers ne sont pas dans la même ville

Sur le tableau blanc de la cuisine, il y a deux vols, trois périodes de vacances scolaires et quatre week-ends répartis sur l’année. Mis bout à bout, ça fait à peu près huit semaines. C’est ce que tu as vraiment avec ton enfant. Le reste de l’année, la relation passe par les appels vidéo, les messages vocaux, et le travail patient de rester présent depuis un autre fuseau horaire.

C’est ça, la co-parentalité à distance. Un nombre non négligeable de familles séparées finissent là, par choix ou par les circonstances. Un parent déménage pour le travail. Un parent rentre vers sa propre famille. Le visa expire. Le poste disparaît. La décision avait été prise avant la séparation et la géographie ne s’est jamais vraiment réglée. Quel que soit le chemin qui y mène, la structure est la même. Deux foyers qui ne sont pas à un passage de relais en voiture l’un de l’autre. Ils sont à un vol l’un de l’autre, ou à un long trajet en train, ou à un continent.

Le principe de ce module est direct. La co-parentalité à distance n’est pas une version au rabais de la co-parentalité ordinaire. C’est un travail d’une autre nature. La recherche clinique sur l’attachement est rassurante là-dessus. Un enfant peut garder un parent en tête malgré la distance, du moment que ce parent se montre présent, de façon fiable, dans les espaces où il peut l’être. La question n’est pas de savoir si la parentalité à distance peut fonctionner. C’est de savoir comment construire les structures qui le permettent.

Ce qui change quand la distance est le fait structurel

Pour un enfant dont les deux foyers sont à dix minutes l’un de l’autre, le relais a lieu deux fois par semaine et chacun des parents reste joignable dans la journée. Pour un enfant dont le co-parent vit à quatre heures de route, à deux pays de là, ou à huit fuseaux horaires, le relais est un vol réservé des semaines à l’avance. Le co-parent n’est pas joignable dans la journée. Il est joignable au prochain appel prévu.

Trois choses se déplacent.

Les Joy Windows, ces fenêtres de joie partagée, prennent une autre forme. Un dîner du mercredi soir n’est pas possible. Une histoire au coucher par appel vidéo ne remplace pas le fait d’y être. Les Joy Windows de la parentalité à distance sont concentrées. Les vacances scolaires, les longs week-ends, l’entre-deux des périodes de classe. Quand elles arrivent, elles sont longues. Elles sont aussi rares.

Le canal de communication fait plus de travail. Quand le parent à distance n’est pas physiquement là, l’appel vidéo, le message vocal, la photo, la carte postale, les petits textos du quotidien deviennent la relation. Le canal n’est pas un complément à la présence physique. Il est l’essentiel de la relation pendant la plus grande partie de l’année.

Le planning s’organise bien plus à l’avance. Les vols se réservent. Les semaines de vacances se conviennent. Il faut prévenir l’école. La communication avec le co-parent passe d’une logistique hebdomadaire à une planification trimestrielle. Les deux parents gèrent davantage à l’avance, et moins dans l’instant.

Ces trois déplacements sont ce que le reste de cet article aborde. Ce ne sont pas des problèmes à résoudre. C’est l’architecture de la parentalité à distance telle qu’elle fonctionne vraiment.

Dans la plupart des situations à distance, un foyer devient le foyer principal, le point d’ancrage. L’école de l’enfant est là, ses copains sont là, sa vie quotidienne est là. Le foyer du parent à distance est le second, celui vers lequel l’enfant voyage. Les deux restent ses foyers. Désigner un foyer principal, c’est une question de structure, pas un jugement sur qui compte le plus.

Par âge, ce que la distance demande à l’enfant

Le repère clinique change selon l’âge. La distance touche les différents stades du développement différemment, et les structures qui marchent pour un enfant de quatre ans ne sont pas celles qui marchent pour un ado de quatorze ans.

Avant deux ans. La base de sécurité, ce sentiment au niveau du système nerveux de qui est là, de façon fiable, se construit par un contact physique fréquent dans les deux premières années. Le cerveau d’un bébé ne retient pas l’idée que Maman vit à Singapour maintenant et vient tous les six semaines. Le bébé vit l’absence comme une absence pleine et entière. La parentalité à distance à ce stade en est la version la plus difficile. Le conseil structurel est honnête. Si un parent a déménagé, ou s’apprête à le faire, alors que l’enfant a moins de deux ans, les Joy Windows doivent être aussi fréquentes et aussi longues que la géographie et les moyens le permettent. Les appels vidéo quotidiens ne remplacent pas la présence à cet âge. Ils font autre chose. Ils maintiennent le visage et la voix du parent à distance dans l’environnement sensoriel du bébé. Ça compte, même quand le bébé ne peut pas accrocher à l’écran.

De trois à cinq ans. La pensée magique est à son comble. Ton enfant de trois ans croit que ses pensées ont façonné les événements, y compris la géographie. La parentalité à distance à ce stade demande des explications répétées, simples et vraies. Papa vit à Penang. Il vient te voir tous les six semaines. Toi, tu vas le voir aux vacances scolaires. Il t’aime pareil quand il est ici et quand il est là-bas. L’information atterrit petit à petit, sur des mois. Elle n’atterrit pas en une seule conversation. À cet âge, les appels vidéo marchent mieux quand le parent y fait quelque chose que l’enfant peut regarder. Lire un livre. Cuisiner. Faire le tour de la maison. L’enfant n’a pas besoin de beaucoup de conversation. Il a besoin de la présence visuelle.

De six à neuf ans. C’est le stade où la parentalité à distance devient la plus praticable, du point de vue de la structure. Ton enfant de sept ans peut garder le parent à distance en tête sur des intervalles plus longs. Il comprend le temps. Il peut poser des questions auxquelles on répond honnêtement. Il peut compter les jours jusqu’à la prochaine visite. Il peut préparer des choses à montrer au parent. Les appels vidéo deviennent plus conversationnels. La semaine d’école et les semaines de visite commencent à s’équilibrer.

De dix à treize ans. La vie du préado commence à se remplir de son propre monde social. Le groupe de copains de l’école du coin devient central. La parentalité à distance à ce stade doit se plier autour de la vie de l’enfant, plutôt que l’inverse. La visite qui oblige à manquer l’anniversaire d’un copain n’est peut-être pas la bonne visite. Les vacances scolaires qui tombent en même temps qu’un tournoi de sport demandent peut-être un peu de créativité dans l’organisation. Le rôle du parent à distance, ici, c’est de prendre au sérieux la vie de l’enfant, y compris les parties qui compliquent le planning.

L’adolescence. À quatorze ans, le planning n’appartient plus aux parents. Ton ado a son avis sur les visites, sur les semaines qui marchent, sur l’envie ou non d’emmener un copain. Certains ados veulent des séjours plus longs au foyer à distance. D’autres les veulent plus courts. Certains traversent une phase où ils résistent aux visites, puis une phase où ils y tiennent plus que les parents ne s’y attendaient. Le rôle du parent à distance, c’est de garder la porte ouverte sans faire peser sur l’ado la culpabilité de la fréquence à laquelle il la franchit.

L’appel vidéo bien mené

L’appel vidéo est le tissu conjonctif de la parentalité à distance. Bien mené, il fait un vrai travail. Mal mené, il devient une corvée que tout le monde redoute.

Quelques points de structure aident.

Installe un rythme. L’appel qui a lieu les mêmes jours, aux mêmes heures, sous la même forme, chaque semaine, c’est l’appel sur lequel ton enfant peut s’appuyer. Trois appels par semaine aux mêmes heures, sur une année, construisent une structure sur laquelle l’enfant peut compter. Les appels au hasard, quand le parent à distance a un moment de libre, construisent du ressentiment, même quand l’intention est de créer du lien.

Garde-les courts. Un long appel vidéo avec un enfant de cinq ans, c’est l’idée que le parent se fait du lien, pas celle de l’enfant. Dix ou quinze minutes sont souvent la bonne durée pour un plus petit. Le parent qui insiste pour un appel de quarante-cinq minutes joue la présence au lieu de la construire. L’enfant qui s’éloigne au bout de douze minutes n’a pas rejeté le parent. Il a atteint le bout de ce que sa capacité d’attention et son système nerveux peuvent tenir.

Faites quelque chose ensemble. L’appel où le parent regarde l’enfant manger son dîner crée plus de lien que l’appel où le parent demande à l’enfant de parler. L’appel où le parent et l’enfant lisent le même chapitre du même livre crée plus de lien que l’un ou l’autre tout seul. L’appel où le parent montre à l’enfant la nouvelle plante sur son balcon, ou la manière dont la pluie tombe à sa fenêtre, crée plus de lien que l’appel où le parent demande comment s’est passée l’école.

Ne punis pas un appel manqué. Parfois, ton enfant n’aura pas envie de l’appel. Il a eu une journée difficile. Il veut jouer avec un copain. Il est fatigué. Le parent à distance qui réagit avec de la peine apprend à ton enfant que les appels sont une charge émotionnelle. Le parent à distance qui sait lire le moment, qui dit on réessaie demain, et qui le pense vraiment, construit le canal pour des années. Cette souplesse fait partie de ce qui permet au lien de tenir.

La visite bien menée

Quand la visite a lieu, la façon dont elle est structurée compte plus que les activités qu’on y entasse.

Commence par une journée tranquille. Le voyage en lui-même épuise. Ton enfant qui arrive après un long vol a besoin d’un atterrissage tout en douceur. Le premier jour d’une visite de deux semaines, c’est pour que le corps se pose. La tentation de le remplir d’activités, c’est l’angoisse du parent face à la distance, pas le besoin de l’enfant.

Prévois de la vie ordinaire. La visite de deux semaines qui n’est que parcs d’attractions et sorties exceptionnelles apprend à l’enfant que la vie avec le parent à distance est des vacances. La visite de deux semaines qui inclut une lessive, des courses, une soirée de devoirs, une matinée tranquille devant les dessins animés, apprend à l’enfant que la vie avec le parent à distance est une vie. L’ordinaire fait partie du lien. C’est par lui que l’enfant sait que c’est réel.

Ne lui demande pas de jouer le bonheur. L’enfant qui est silencieux au quatrième jour n’est pas déçu par la visite. Il est peut-être fatigué. Il a peut-être le foyer principal qui lui manque. Il digère peut-être quelque chose de l’école qu’il a emporté avec lui. Le parent à distance qui lit ce silence comme un rejet ajoute un poids que l’enfant ne peut pas porter. Le parent à distance qui laisse le silence être du silence, c’est celui auprès de qui l’enfant se détend.

Prévois une ou deux choses, pas sept. La visite qui a deux temps forts par semaine, c’est celle dont ton enfant garde un souvenir chaleureux. La visite qui en a quatorze, c’est celle dont ton enfant garde un souvenir flou. Moins, c’est mieux, même quand l’écart jusqu’à la prochaine visite est long.

Termine sur un plan clair. Le dernier soir, passez en revue ce qui vient ensuite. Quels appels. Quelles photos envoyer. La prochaine visite et quand elle tombe. Ton enfant a besoin de savoir que le lien continue. La structure de la période d’après-visite se construit dans la dernière heure.

Ce que la distance te demande, à toi

La vérité plus difficile de ce module, c’est que la parentalité à distance te demande quelque chose que la parentalité de proximité ne demande pas. Elle demande une présence soutenue dans des espaces où la récompense est différée. L’histoire du soir que tu lis par appel vidéo et que ton enfant semble à peine écouter fait son travail, même quand ce travail n’est pas visible. Le message vocal que tu envoies le jeudi après-midi et qui te revient avec un seul emoji est enregistré, même si la réponse ne le montre pas. Le cinquième appel vidéo d’affilée où ton enfant de huit ans s’éloigne au bout de huit minutes construit le canal, même quand chaque appel pris isolément donne l’impression de n’être rien.

C’est le travail que le parent à distance fait et que le parent de proximité n’a pas à faire de façon aussi délibérée. Le parent de proximité reçoit du renforcement en permanence. Le câlin au moment du relais. Le repas partagé. La conversation du matin dans la voiture, sur le trajet de l’école. Le parent à distance reçoit du renforcement par salves concentrées, puis soutient le travail à travers les longs écarts qui les séparent.

Le recadrage, ici, c’est que l’écart n’est pas l’absence de relation. L’écart fait partie de la relation. L’histoire du soir lue par appel vidéo un mercredi, la photo envoyée un samedi, l’appel du dimanche soir, ne sont pas des substituts au fait d’y être. Ils sont la forme que prend la relation quand la distance est le fait structurel. Ils comptent. Ils construisent quelque chose. Ils suffisent.

Quand le déménagement est encore la question

Certains lecteurs arrivent à cet article avant que le déménagement ait eu lieu. La décision est sur la table. Un parent s’est vu proposer un poste dans une autre ville. Un parent envisage de retourner près de sa famille. La conversation sur l’opportunité de déménager, c’est celle au sujet de laquelle cet article veut être prudent.

La réflexion clinique là-dessus est directe. Un déménagement à distance qui implique un jeune enfant est l’une des décisions structurelles aux conséquences les plus lourdes en co-parentalité. Cette décision mérite le temps, la conversation et l’aide professionnelle dont elle a besoin. Elle n’a pas non plus de réponse universellement juste. Un déménagement qui convient à une famille en dessert une autre. Un déménagement que tel enfant vit comme un agrandissement, tel autre le vit comme une perte.

La décision de déménager est traitée dans plusieurs articles. Le module 06 couvre les implications sur le planning. Le module 08 couvre la conversation avec le co-parent. Le module 09 couvre le moment d’y associer un médiateur. La conversation du déménagement longue distance a son propre article, plus loin dans ce module.

La position d’ici est plus étroite. Quelle que soit la décision prise, la parentalité à distance fonctionne quand les deux parents s’engagent à construire les structures que la distance exige. Les structures ne remplacent pas la présence. Elles rendent la présence possible à travers les écarts que la géographie crée.

Pour finir

Ton enfant, avec deux parents qui vivent loin l’un de l’autre, n’est pas un enfant avec une famille au rabais. C’est un enfant avec deux foyers qui demandent davantage aux structures qui les relient. Les Joy Windows sont concentrées. Les appels vidéo sont délibérés. Les visites sont planifiées. La communication est régulière.

Ce que ton enfant a besoin de savoir, au fil des années, c’est que le parent qui vit loin reste le parent qui vit loin avec lui en tête. Le vol est réel. Le fuseau horaire est réel. L’écart entre les visites est réel. Rien de tout cela ne veut dire que le lien, lui, ne l’est pas. Le lien se construit, délibérément, dans les structures que les deux parents mettent autour de la distance. Il survit à la géographie. Il est fait pour elle.

Un enfant peut garder deux foyers en tête, quelle que soit la distance, du moment que ses deux foyers le gardent, lui.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.