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Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle

L’enfant qui joue ses parents l’un contre l’autre

By the dip team · Clinical consultant: Pauline Sam, MD ·

8–127 min de lecture
L’enfant qui joue ses parents l’un contre l’autre

L’enfant qui joue ses parents l’un contre l’autre

Module 13 · Comportement et régulation émotionnelle · Article 11 · Wave 3 · 8 à 12 ans


Tu découvres que ton enfant de dix ans t’a dit qu’il avait besoin des nouvelles chaussures parce que ton co-parent avait refusé, et qu’il a raconté la même chose à ton co-parent à ton sujet. Ou que la soirée pyjama que tu avais refusée a été validée dans l’autre foyer sans que tu connaisses toute l’histoire. Quelque part, récemment, ton enfant a développé une nouvelle compétence : celle d’exploiter l’écart entre ses deux foyers, en racontant à chaque parent une version qui lui obtient ce qu’il veut. Ça peut donner l’impression d’être manipulé par son propre enfant, et ça soulève une question inquiète sur ce qu’il est en train de devenir.

L’enfant qui joue ses parents l’un contre l’autre fait quelque chose qui émerge, presque à l’heure dite, vers la fin de l’élémentaire, et ça alarme les parents plus que de raison. Ce n’est, dans la plupart des cas, pas le signe d’un caractère manipulateur. C’est une capacité qui se développe et qui trouve la chose évidente à faire avec elle-même. Comprendre ça change la réponse : on passe de l’inquiétude et de la punition à une solution plus calme, plus structurelle.

Une nouvelle aptitude, pas un nouveau caractère

Vers huit à douze ans, les enfants développent la capacité cognitive de tenir deux points de vue à la fois et de comprendre que différentes personnes ont différentes informations. C’est un vrai bond dans le développement. Le plus jeune enfant ne pouvait pas vraiment le faire ; le plus grand le peut. Et l’un des premiers endroits où cette nouvelle aptitude se teste, c’est la situation des deux foyers, où il y a, fort commodément, deux adultes séparés avec deux ensembles d’informations séparés et un écart entre eux.

Alors l’enfant expérimente avec l’écart. Il se rend compte que Maman ne sait pas toujours ce que Papa a dit, que Papa ne vérifie pas toujours auprès de Maman, qu’une demande formulée de la bonne manière au bon parent peut réussir là où la vérité échouerait. Et il essaie. Non pas parce que c’est un petit manipulateur qui complote. Mais parce qu’il vient de développer la capacité de se représenter deux esprits et l’écart d’information entre eux, et que la configuration des deux foyers est un laboratoire tout trouvé pour ça. Un enfant dans un foyer unique fait une version de la même chose, en rapportant à un parent ce que l’autre a dit, mais l’écart entre les deux foyers la rend plus facile et plus disponible.

Voir ça comme une capacité de développement plutôt que comme un défaut de caractère, ça compte, parce que ça change ta réaction. Tu n’élèves pas un manipulateur. Tu regardes une étape cognitive normale trouver une occasion. Le comportement doit être traité, mais avec le calme de quelqu’un qui referme une faille, pas avec l’alarme de quelqu’un qui découvre une tare morale.

Pourquoi la vraie question, c’est la jointure

L’enfant ne peut jouer ses deux foyers l’un contre l’autre que parce qu’il y a une jointure à exploiter, un écart d’information entre les deux parents. Le comportement dépend entièrement du fait que les foyers ne comparent pas leurs notes. Là où les deux parents communiquent, même au minimum, sur les choses dont l’enfant se sert comme levier, l’écart se referme et la stratégie cesse de fonctionner, parce que l’enfant ne peut plus compter sur le fait que chaque parent ignore ce que l’autre a dit.

C’est une vraie bonne nouvelle, parce que ça veut dire que la solution est surtout structurelle, pas disciplinaire. Tu ne règles pas ça d’abord en prenant l’enfant en faute et en le punissant à chaque fois. Tu le règles en refermant la jointure, pour que la stratégie cesse simplement de payer. Un enfant qui apprend que ses parents comparent bel et bien leurs notes sur les choses importantes arrête vite de se donner la peine d’essayer, parce que l’effort ne marche plus.

Ça veut dire aussi qu’une jointure grande ouverte est, en un sens, une invitation. Deux foyers qui ne communiquent jamais, et dont l’enfant sait qu’ils ne communiquent jamais, lui tendent une occasion permanente de triangulation. Le comportement n’est pas seulement l’affaire de l’enfant ; il est en partie le produit d’un écart de communication que les adultes ont laissé ouvert. Le refermer est autant le travail des adultes que celui de l’enfant.

La réponse de la jointure refermée

La réponse concrète, alors, tient surtout au fait que les deux foyers se coordonnent assez pour refermer l’écart sur les choses qui comptent.

Ça ne demande pas que les parents soient amis ni qu’ils communiquent sans arrêt. Ça demande un canal de base, simple et factuel, pour les décisions importantes, du genre de celui que décrit le module sur la communication. Quand un enfant fait une demande qui se sert de l’autre foyer comme levier, une vérification rapide, tu as déjà dit non à la soirée pyjama ?, referme la faille. Quand les foyers partagent l’information sur les grandes choses, l’argent, les autorisations, les décisions importantes, l’enfant ne peut pas obtenir une réponse différente en demandant à ton co-parent. Le canal d’information partagée existe en partie pour exactement ça.

À côté de la solution structurelle, il y a une réponse individuelle, légère. Quand tu prends l’enfant en train d’exploiter l’écart, tu l’abordes avec calme, sans grande mise en scène morale. J’ai vérifié auprès de ton papa, et il avait déjà dit non. On se parle, tous les deux, donc essayer d’obtenir une réponse différente de moi, ça ne va pas marcher. Si tu veux plaider pour les chaussures, plaide franchement. Ça fait deux choses. Ça referme le cas précis, et ça dit à l’enfant, comme un simple fait, que la jointure est refermée et que la stratégie est dépassée. Pas d’indignation, pas de sermon sur le caractère, juste un signal clair que la faille n’est plus là.

Tu laisses aussi de la place à la version légitime. Un enfant qui plaide sincèrement pour quelque chose, c’est très bien, et il faut l’entendre ; ce que tu refermes, c’est l’aiguillage trompeur par l’écart, pas le droit de l’enfant à demander des choses. Plaide franchement invite la version honnête tout en coupant court à celle qui triangule.

Ce que l’enfant gagne quand la jointure se referme

On pourrait croire que refermer la jointure ne fait que priver l’enfant d’un moyen d’obtenir ce qu’il veut, mais ça lui donne quelque chose de plus important. Un enfant qui vit entre deux foyers qui se coordonnent discrètement est un enfant dans un monde plus sûr, plus contenu. La jointure que l’enfant exploite est aussi une faille par laquelle il peut tomber, un jeu dans la structure qui, à un niveau plus profond, donne un sentiment d’insécurité. Les enfants testent les limites en partie pour découvrir si elles tiennent, et un enfant qui découvre que ses deux foyers communiquent bel et bien, que la structure est solide, qu’il ne peut pas vraiment se faufiler entre les mailles, est rassuré à un niveau qui se trouve sous la frustration du moment.

Autrement dit, refermer la jointure, ce n’est pas seulement arrêter la manipulation. C’est donner à l’enfant la structure contenue et coordonnée qui le fait se sentir tenu. L’enfant qui sait jouer ses parents l’un contre l’autre est, en partie, un enfant qui a découvert une faille inquiétante dans son monde. La refermer lui dit que les adultes s’en occupent, ce qui est ce dont il a réellement besoin, bien plus que des chaussures.

Pour finir

L’enfant qui joue ses parents l’un contre l’autre exerce en général une capacité de développement normale, la nouvelle aptitude à se représenter deux esprits et l’écart d’information entre eux, plutôt qu’il ne révèle un caractère manipulateur. Le comportement dépend d’une jointure entre les deux foyers, donc la vraie solution est structurelle : un canal de base, simple et factuel, qui permet aux parents de comparer leurs notes sur les choses importantes, ce qui referme l’écart et fait que la stratégie cesse de payer. Aborde les cas particuliers avec calme, sans mise en scène morale, en signalant que la faille est refermée tout en laissant de la place aux demandes honnêtes. Et reconnais que refermer la jointure donne à l’enfant le monde contenu et coordonné qui le fait se sentir tenu en sécurité.

Ton enfant a trouvé une faille et l’a testée, comme se testent les nouvelles aptitudes. Referme la faille avec calme, et tu mets fin à la stratégie tout en lui donnant la structure solide qu’il vérifiait sans le savoir.

L’enfant n’est pas un manipulateur ; il a trouvé une jointure et l’a essayée. Referme la jointure entre les foyers, et la stratégie disparaît tranquillement, laissant un enfant qui se sent plus tenu, pas moins.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.