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Months 3 To 12

Ton co-parent aussi fait son deuil, à son propre rythme

By the dip team · 11 min de lecture

Ton co-parent aussi fait son deuil, à son propre rythme

Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 34 · Wave 2


Au quatrième ou cinquième mois, tu as sans doute eu cette pensée : il a l’air d’aller bien. Ou son contraire : il ne va pas bien. Dans un cas comme dans l’autre, tu pars du principe que tu peux lire de l’extérieur où il en est dans son deuil. Le plus souvent, tu ne le peux pas.

Cet article explique pourquoi le deuil du co-parent t’est en grande partie invisible, les quatre rythmes les plus courants (très différents du tien), ce que les signes visibles de son deuil veulent vraiment dire, quoi faire de cette information, et la limite entre reconnaître son deuil et le prendre en charge.

Pourquoi son deuil t’est en grande partie invisible

Trois raisons qui font que tu ne peux pas lire de façon fiable où en est le co-parent.

1. Le canal de communication filtre l’essentiel de ce qui se passe. Tu le vois à travers des messages d’organisation, de brefs passages de relais et quelques photos de loin en loin sur les réseaux. Ces canaux sont faits pour transmettre des informations sur les horaires de récupération et les événements de l’école, pas des états intérieurs. L’essentiel de son deuil, s’il a lieu, n’apparaît pas dans ces canaux.

2. Il a des raisons de te le cacher, à toi en particulier. Quelle que soit la dynamique entre vous, le co-parent ne veut sans doute pas que tu le voies au plus bas. Ce n’est pas du calcul ; c’est un comportement de protection tout à fait normal. On montre rarement ses pires moments à la personne dont on s’est séparé.

3. Les façons de faire son deuil varient beaucoup d’une personne à l’autre. Tu évalues son deuil à l’aune du tien. Le tien passe peut-être par les larmes, la parole, un cheminement lent. Le sien passe peut-être par le repli, un surcroît de travail, une activité soudaine, ou une apparence de normalité. Différent ne veut pas dire absent.

Le deuil du co-parent est en train de se faire. Tu n’en vois pas la plus grande partie. Les signes visibles que tu perçois sont en général de petits fragments d’un cheminement bien plus vaste.

Les quatre rythmes les plus courants

La plupart des co-parents entrent dans l’un de ces quatre grands rythmes. Connaître le schéma aide à lire ce que tu observes.

Rythme 1 : le deuil chargé sur le début

Le co-parent traverse l’essentiel de son deuil dans les trois à six premiers mois. Il pleure ouvertement, il en parle, peut-être avec ses amis ou un psy, peut-être même à toi. Vers le septième ou le huitième mois, il a l’air d’en être sorti.

À quoi ça ressemble : une détresse visible tôt, un fonctionnement observable dès le sixième mois, une apparence de normalité vers le neuvième.

Le contresens courant : croire qu’il a fini son deuil et qu’il a « de l’avance » sur toi. Plus juste : il a traité une couche accessible de deuil très tôt. Des couches plus profondes peuvent ressortir plus tard.

Rythme 2 : le deuil différé

Le co-parent a l’air d’aller bien pendant les trois à six premiers mois. Il fonctionne. Il avance. Il semble même peut-être aller mieux que toi. Puis, quelque part autour du sixième ou du huitième mois, le deuil atterrit. Il se met à manifestement lutter, souvent d’une manière qui te surprend.

À quoi ça ressemble : un calme apparent au début, une détresse soudaine au milieu de l’étape 2, un cheminement plus lent jusque dans l’étape 3.

Le contresens courant : croire que le couple ne comptait pas pour lui. Plus juste : son système nerveux a différé le travail jusqu’à ce qu’il en ait la capacité.

Rythme 3 : le deuil étalé

Le co-parent vit de petits épisodes de deuil tout au long de la période d’après-séparation, aucun assez fort pour être évident, aucun concentré sur une phase particulière. Il ne paraît jamais en détresse aiguë et ne paraît jamais tout à fait remis. Le cheminement se fait par petites touches, sur des années.

À quoi ça ressemble : un fonctionnement modéré et constant du début à la fin, des moments de deuil visibles de loin en loin, aucune courbe nette.

Le contresens courant : croire qu’il est superficiel, ou qu’il est passé à autre chose très vite. Plus juste : son schéma à lui, c’est de cheminer lentement et en continu plutôt que par vagues concentrées.

Rythme 4 : le deuil étouffé

Le co-parent ne traverse pas son deuil, sous aucune forme reconnaissable. Il se jette dans le travail, dans de nouvelles relations, dans une activité débordante. Il se comporte comme si la fin du couple était une broutille. Sous la surface, l’étouffement fait des dégâts importants, mais ils te sont invisibles, et peut-être à lui aussi.

À quoi ça ressemble : une normalité agressive, souvent accompagnée de changements de mode de vie préoccupants (l’alcool, le travail, un nouveau partenaire installé très vite au foyer, un bonheur de façade).

Le contresens courant : croire qu’il ne s’est jamais investi dans le couple. Plus juste : il n’a pas accès à son deuil sous une forme utilisable. Le prix de l’étouffement se paiera plus tard, souvent d’une manière qui touche les enfants.

La plupart des co-parents sont dans les rythmes 1, 2 ou 3. Le rythme 4 est plus rare, mais il vaut la peine de savoir le repérer, parce qu’il a des conséquences sur le bien-être des enfants.

Ce que les signes visibles veulent vraiment dire

Cinq schémas visibles courants et ce qu’ils indiquent le plus probablement.

Schéma A : il publie des photos heureuses et a l’air en pleine forme en ligne

Ce que ça ne veut pas dire : qu’il est réellement apaisé. Ce que ça veut plus probablement dire : soit il est dans le rythme 1 (il va vraiment bien), soit dans le rythme 4 (il joue le « tout va bien »), soit il fait ce que la plupart des gens font sur les réseaux (il met en scène).

Les photos ne sont pas une donnée fiable, dans un sens comme dans l’autre. C’est une présentation, pas un état.

Schéma B : ses messages sont plus secs qu’avant

Ce que ça ne veut pas dire : qu’il te déteste davantage maintenant. Ce que ça veut plus probablement dire : il chemine à travers la colère, qui est l’une des phases normales du deuil. La sécheresse va sans doute s’atténuer d’ici quelques mois.

Ça peut aussi vouloir dire : il est fatigué, surchargé, ou dans une phase difficile qui lui est propre. La sécheresse ne te vise pas toujours.

Schéma C : il s’intéresse soudain de très près à l’organisation autour des enfants

Ce que ça ne veut pas dire : qu’il cherche à marquer des points ou à constituer un dossier contre toi. Ce que ça veut plus probablement dire : les enfants sont devenus le principal lien qui reste avec le couple, et s’investir dans leur organisation fait en partie partie du travail de deuil.

Ça peut être bénéfique (il élève mieux son enfant) ou déstabilisant (il s’implique à l’excès d’une manière qui complique la co-parentalité). Dans un cas comme dans l’autre, c’est souvent voisin du deuil.

Schéma D : il s’est retiré de la communication

Ce que ça ne veut pas dire : qu’il avance plus vite que toi. Ce que ça veut plus probablement dire : il se protège des frictions des échanges, souvent parce que le deuil rend ces échanges plus douloureux pour lui qu’il ne le laisse paraître.

Le repli peut aussi vouloir dire une dépression, de l’évitement, ou un choix délibéré de réduire le contact. Plusieurs lectures possibles.

Schéma E : il s’est engagé très vite dans une nouvelle relation

Ce que ça ne veut pas dire : qu’il attendait de partir ou qu’il ne faisait pas son deuil. Ce que ça veut plus probablement dire : il se sert de la nouvelle relation pour gérer le deuil, souvent sans s’en rendre compte.

Une relation rapide après une séparation, c’est courant, ça produit souvent des complications plus tard (pour lui et pour les enfants), et c’est en général une stratégie de gestion du deuil qui ne marche pas complètement. Le deuil a tendance à refaire surface pendant ou après la relation de transition.

Quoi faire de cette information

Reconnaître le deuil du co-parent n’est pas une consigne pour le prendre en charge. La question, c’est quoi faire de cette reconnaissance.

Geste 1 : baisse ta réactivité à ses signes visibles

Quand ses messages sont secs, quand il publie une photo qui te fait mal, quand il se tait, le fait de reconnaître que tout ça est sans doute voisin du deuil fait baisser ta réactivité. Tu lis le message autrement. Tu fais défiler la photo sans partir en vrille. Tu ne remplis pas le silence avec l’interprétation la plus catastrophiste.

C’est le principal bénéfice concret. La baisse de réactivité protège ton système nerveux.

Geste 2 : ajuste tes attentes sur le moment où les choses se calmeront

Si le co-parent est dans le rythme 2 (deuil différé), espérer une communication apaisée au quatrième mois est irréaliste. Son système nerveux va atterrir dans le deuil quelque part dans les mois qui viennent. Le savoir change ce sur quoi tu peux t’organiser.

Certaines périodes difficiles avec le co-parent sont prévisibles, à partir de son rythme probable. Tu n’as pas à les prendre en charge ; tu peux t’y préparer.

Geste 3 : ne lui partage pas ta lecture

La tentation, une fois que tu as lu son deuil, c’est de le lui dire. Je vois bien que tu traverses quelque chose. Ça passe rarement bien. Le co-parent ne te demande pas de reconnaître son deuil. Cette reconnaissance est intérieure, et elle est pour toi.

Geste 4 : ne la partage pas non plus avec les enfants

Les enfants ne sont pas l’endroit où traiter tes observations sur le deuil du co-parent. Ils ont leurs propres observations et leur propre cheminement à faire. Ce que tu perçois du co-parent reste avec toi.

Geste 5 : prends conscience des conséquences pour les enfants

C’est le point pratique le plus important. Le deuil du co-parent touche les enfants, souvent plus que tu ne le crois. Si le co-parent est en plein deuil aigu, les enfants sont avec un parent dont la disponibilité est réduite. S’il étouffe son deuil, les enfants absorbent peut-être un contenu émotionnel qui n’a aucun autre exutoire.

Tu ne peux pas réparer ça. Tu peux avoir conscience qu’une partie de ce que les enfants ramènent du foyer du co-parent est en aval de l’état de deuil du co-parent. Ça change la manière dont tu les accueilles le dimanche soir.

La limite entre reconnaître et prendre en charge

Une ligne claire qui mérite d’être tenue.

Ce qui est à toi

  • Reconnaître que le deuil du co-parent existe.
  • Baisser ta réactivité à ses signes visibles.
  • Ajuster tes attentes sur les schémas de communication.
  • Avoir conscience de la façon dont ça touche les enfants.
  • Te protéger d’être aspiré dans son deuil.

Ce qui n’est pas à toi

  • Prendre en charge son deuil à sa place.
  • Lui demander en détail comment il va.
  • Lui prodiguer des conseils sur le deuil.
  • Devenir sa personne-ressource.
  • Endosser la responsabilité de son bien-être.
  • Modifier tes limites pour t’adapter à son état.

Cette ligne devient floue à cause de toutes ces années passées à être intime de la vie intérieure de l’autre. Tu prenais en charge son état émotionnel, avant. L’habitude persiste. Le travail de l’étape 2 consiste, en partie, à démonter consciemment cette habitude.

Le co-parent a son propre réseau de soutien : des amis, peut-être un psy, peut-être un nouveau partenaire, peut-être rien. Son soutien, c’est son affaire. Tu n’es plus dans ce rôle, même quand l’habitude te le fait croire.

Quand son deuil touche les enfants

Un cas précis qui demande d’agir, et pas seulement de reconnaître. Si le deuil du co-parent produit sur les enfants des effets observables, des besoins de base négligés, une exposition à un contenu émotionnel inadapté, les enfants qui reviennent inquiets pour le bien-être du co-parent, les enfants qui jouent un rôle de protecteurs, ce n’est plus une question de reconnaissance. C’est une question de co-parentalité.

Quoi faire :

  • Note ce que tu observes chez les enfants, sans dramatiser.
  • Aborde-le par les canaux de la co-parentalité, pas par une intervention sur le deuil.
  • J’ai remarqué que Léa se fait du souci pour toi. Elle a parlé de [chose précise]. On peut réfléchir à comment faire en sorte qu’elle ne porte pas ça.
  • Si l’effet sur les enfants est important, une thérapie familiale ou une médiation familiale peut être utile.
  • N’essaie pas de réparer le deuil du co-parent en pensant que c’est le chemin pour réparer le vécu des enfants. Répare le vécu des enfants directement, chez toi et en coordination avec le co-parent si c’est possible.

En bref

Quatre rythmes de deuil courants chez le co-parent :

  1. Chargé sur le début (lourd sur les 3 à 6 premiers mois, se calme vers le 7e-9e).
  2. Différé (calme au début, atterrit vers le 6e-8e mois, cheminement plus lent).
  3. Étalé (petits épisodes sur des années, aucune courbe nette).
  4. Étouffé (normalité agressive, le cheminement vient plus tard, si tant est qu’il vienne).

Cinq schémas visibles et ce qu’ils veulent plus probablement dire : A. Photos heureuses = mise en scène, pas un état. B. Messages plus secs = souvent la phase de colère du deuil. C. Intérêt soudain pour l’organisation = les enfants comme lien qui reste. D. Repli = souvent une protection contre les frictions des échanges. E. Nouvelle relation rapide = stratégie de gestion du deuil.

Cinq gestes avec cette information :

  1. Baisse ta réactivité à ses signes.
  2. Ajuste tes attentes sur le moment où les choses se calment.
  3. Ne lui partage pas ta lecture.
  4. Ne la partage pas avec les enfants.
  5. Prends conscience des conséquences pour les enfants.

La limite :

  • À toi : la reconnaissance, la baisse de réactivité, la conscience.
  • Pas à toi : prendre en charge son deuil, devenir son soutien, endosser la responsabilité.

Quand son deuil touche les enfants : aborde directement l’effet sur l’enfant, pas comme une intervention sur le deuil.

Pour finir

Son deuil est en train de se faire. Tu n’en vois pas la plus grande partie. Cette reconnaissance est pour toi, pas pour lui.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.