
Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 36 · Wave 2
Avant d’envoyer n’importe quel message au co-parent, il y a une question qui sépare les messages qui marchent de ceux qui ne marchent pas : qu’est-ce que je veux vraiment de ce message ? La plupart des parents, à l’étape 2, envoient des messages sans avoir répondu à cette question. Le prix à payer est lourd.
Cet article explique la différence entre le but de surface et le but réel, les six vrais buts que la plupart des messages au co-parent cherchent secrètement à atteindre, comment repérer lequel mène le tien, la pratique de réglage qui produit des messages plus propres, et quoi faire quand le but réel n’a pas sa place dans ce canal.
But de surface et but réel
La plupart des messages au co-parent ont deux buts. Le but de surface, c’est la chose d’organisation que tu décrirais si on te le demandait (confirmer la récupération de mardi). Le but réel, c’est ce que ton système nerveux cherche à accomplir à travers le message.
Parfois, les deux coïncident : tu veux vraiment confirmer la récupération de mardi, et la version en quatre mots fait le travail.
Souvent, non. Le but de surface, c’est de confirmer la récupération de mardi. Le but réel, c’est d’établir que ce n’est pas toi qu’on dérange ; ou de t’assurer qu’il sait que tu gères tout ; ou de garder le contact parce que tu n’arrives pas tout à fait à couper le lien ; ou de prendre la température sur la façon dont il se comporte cette semaine.
Quand le but de surface et le but réel ne coïncident pas, le message a tendance à être plus long, plus chargé et plus réactif que ce que l’organisation demandait. Le co-parent lit la charge. Il répond à la charge. L’échange monte d’un cran.
Nommer le but réel, pour toi-même, avant d’envoyer, c’est la pratique de communication la plus utile de l’étape 2.
Les six vrais buts que la plupart des messages poursuivent en secret
Six buts réels courants. Reconnais lequel mène le message que tu t’apprêtes à envoyer.
But 1 : constituer le dossier
Le message vise en partie à créer une trace écrite. Je veux m’assurer que ce soit clair par écrit que j’ai essayé de coordonner ça.
Quand c’est ça, le but : le message a tendance à inclure des formules de cadrage qui ne seraient pas là dans un message d’organisation pur. Je veux juste confirmer que tu as dit que ou comme on en a parlé la semaine dernière.
Quand c’est justifié : quand il y a un vrai schéma de désaccords sur ce qui a été convenu, et qu’une trace écrite compte pour la clarté juridique ou de co-parentalité.
Quand ça ne l’est pas : quand il n’y a pas de réel schéma de désaccords et que tu documentes contre un futur hypothétique. La plupart des messages destinés à constituer le dossier produisent des frictions sans apporter de protection.
But 2 : marquer un point
Le message contient une petite pique, une observation ou un sous-entendu conçu pour marquer un point contre le co-parent. Parfois ouvert, souvent subtil. Merci d’avoir fini par me répondre. Juste pour être clair, vu que ça a été un peu confus pour toi.
Quand c’est ça, le but : le message a une phrase qui n’ajoute rien à l’organisation mais qui fait du bien à taper.
Le prix : marquer des points produit des échanges où vous marquez des points tous les deux. Ces échanges sont fatigants, ils montent en tension, et ils n’apportent jamais la satisfaction que le point semblait promettre.
Quoi faire : supprime la phrase qui marque le point avant d’envoyer. S’il ne reste rien du message sans elle, ce n’était pas un message d’organisation ; c’était un message pour marquer un point.
But 3 : provoquer une réaction
Le message vise en partie à provoquer une réponse qui te donne une information sur le co-parent. Est-il encore en colère ? Va-t-il bien sans toi ? Remarque-t-il tes changements ?
Quand c’est ça, le but : tu envoies un message dont tu n’as pas strictement besoin, souvent avec un contenu qui a un poids émotionnel.
Le prix : c’est l’un des schémas de communication les plus contre-productifs. La réaction du co-parent, quand elle arrive, est souvent mal lue, puis produit d’autres messages, et le cycle continue.
Quoi faire : demande-toi si tu enverrais ce message sans aucune curiosité sur sa façon de répondre. Si non, ne l’envoie pas.
But 4 : entretenir le lien
Le message vise en partie à garder le canal tiède, à rester en contact d’une façon ou d’une autre même quand aucun contact n’est strictement nécessaire.
Quand c’est ça, le but : tu envoies des messages d’organisation plus souvent que l’organisation ne le justifie.
Le prix : entretenir un canal de fond avec le co-parent garde la dynamique de la relation active plus longtemps qu’il ne le faut. Ça déroute aussi le co-parent, qui ne sait pas trop à quoi servent ces messages.
Quoi faire : envoie moins de messages. Fixe-toi une limite de fréquence. Trois échanges d’organisation par semaine, c’est largement assez dans la plupart des cas. Si tu dépasses ça, c’est sans doute le but d’entretenir le lien qui mène l’excès.
But 5 : faire passer une émotion
Le message vise en partie à transmettre ce que tu ressens à propos de quelque chose. Je veux juste que tu saches à quel point ça a été décevant que tu annules à la dernière minute.
Quand c’est ça, le but : il y a un contenu émotionnel qui n’est pas strictement nécessaire à l’organisation.
Le prix : le co-parent n’est pas le bon destinataire de ton contenu émotionnel. Il ne peut pas le recevoir de façon utile. Cette communication produit des échanges compliqués qui vous épuisent tous les deux et qui changent rarement les comportements.
Quoi faire : envoie le contenu émotionnel à un ami, à un psy, ou à ton appli de notes. Envoie l’organisation au co-parent. Je ne pourrai pas faire l’échange du 14. Rien de plus.
But 6 : se défendre d’avance contre une critique
Le message vise en partie à devancer quelque chose que tu anticipes de la part du co-parent. Avant que tu demandes, je tiens à être clair : si je n’ai pas pu faire ça, c’est parce que…
Quand c’est ça, le but : tu expliques ou tu justifies quelque chose que le co-parent n’a, en fait, pas contesté.
Le prix : se défendre d’avance attire une critique qui n’allait pas venir. Ça signale aussi que tu fonctionnes sur la défensive, ce que le co-parent lit souvent comme la preuve que tu caches quelque chose.
Quoi faire : ne te défends pas d’avance. Expose les faits. Laisse-le réagir. S’il critique, tu traiteras ça à ce moment-là. Sinon, la défense était inutile.
Comment repérer le but qui mène
Un contrôle en quatre questions, à faire passer avant d’envoyer tout message qui n’est pas anodin.
Contrôle 1 : ce message pourrait-il faire moitié moins long ?
Si oui, c’est que la longueur en trop fait un travail. Ce travail, c’est en général l’un des six buts secrets. Coupe la longueur en trop et relis.
Contrôle 2 : y a-t-il là-dedans une phrase que je veux qu’il lise ?
Si la réponse est plus précise que l’organisation, je veux qu’il voie que je suis raisonnable ou je veux qu’il culpabilise d’avoir annulé, c’est que cette phrase poursuit un but autre que l’organisation.
Contrôle 3 : qu’est-ce que je ressentirais s’il m’envoyait exactement ce message ?
Si la réaction imaginée est défensive, agacée ou activée, c’est sans doute aussi comme ça qu’il réagira. Le message transmet autre chose que de l’organisation.
Contrôle 4 : est-ce que j’enverrais ce message si je savais qu’il ne produirait aucune réaction ?
Si tu l’enverrais quand même, le but est vraiment d’organisation. Si tu ne l’enverrais pas, c’est que le but inclut l’envie d’une réaction précise. Soit tu revois le message, soit tu ne l’envoies pas.
La pratique de réglage
La pratique qui produit des messages plus propres de façon constante.
Étape 1 : écris le brouillon
Écris ce que tu écrirais naturellement. Ne corrige pas encore.
Étape 2 : nomme le but de surface
En une phrase, quelle chose d’organisation ce message doit-il accomplir ? Confirmer l’heure de récupération de mardi.
Étape 3 : nomme le but réel
En une phrase, qu’est-ce que ce message cherche à faire d’autre ? Établir que je ne suis pas déraisonnable sur le planning.
Si le but réel est le même que le but de surface, tout va bien. Envoie.
S’ils sont différents, continue.
Étape 4 : décide si le but réel a sa place dans ce canal
Le canal du co-parent, c’est pour l’organisation. La plupart des buts réels n’y ont pas leur place. Ce qui n’a rien à y faire :
- Établir que tu es raisonnable.
- Faire passer tes sentiments.
- Provoquer des réactions.
- Entretenir le contact.
- Marquer des points.
- Te défendre d’avance.
Ce qui y a sa place :
- Coordonner l’organisation.
- Partager une information sur les enfants dont l’autre parent a besoin.
- Confirmer des accords.
- Demander des changements.
- Accuser réception.
Si le but réel n’a pas sa place dans le canal, réécris le message pour qu’il ne transmette que le but de surface. Le but réel va ailleurs (un ami, un psy, l’appli de notes, nulle part).
Étape 5 : relis et envoie
Le message réécrit fera en général 30 à 60 % de moins que l’original. Il transmettra l’organisation proprement. Le co-parent le lira comme un message d’organisation et répondra de même.
Quoi faire quand le but réel paraît trop important pour le taire
Parfois, le but réel est vraiment important. Tu veux vraiment qu’il comprenne quelque chose. Tu as vraiment besoin de faire passer un sentiment. Tu as vraiment quelque chose d’important à transmettre.
Quelques options pour ces cas-là.
Option 1 : choisis un autre canal
Un appel vocal, une conversation en face à face, une séance de médiation. Certains contenus passent mieux en direct, avec la possibilité de préciser et de nuancer. L’écrit est un mauvais support pour un contenu émotionnel important avec le co-parent.
Option 2 : attends que ce soit digéré
Si tu es dans une bouffée d’émotion qui produit un message important, attends 24 à 48 heures. La plupart des bouffées passent. Celles qui restent ont plus de fond et méritent de passer par un vrai canal.
Option 3 : envoie en deux temps
Un court message d’organisation maintenant. L’autre contenu, s’il est toujours important, envoyé séparément et travaillé avec soin. Ne mélange pas.
Option 4 : envoie-le d’abord à toi-même
Écris le message, envoie-le sur ta propre adresse mail. Relis-le dans quelques jours. Dans environ 80 % des cas, tu seras content de ne pas l’avoir envoyé au co-parent.
Un exemple concret
Un scénario courant. Le co-parent a annulé son week-end avec les enfants à la dernière minute, encore une fois, pour ce qui ressemble à une raison de travail mais que tu soupçonnes d’être un rendez-vous avec le nouveau partenaire.
Le brouillon d’origine (170 mots) :
Cette annulation de dernière minute me met vraiment hors de moi. C’est la troisième fois que tu fais ça, et ça me met dans une position impossible. Les enfants sont déçus parce qu’ils s’attendaient à te voir, et je dois réorganiser tout mon week-end parce que je ne peux pas faire garder à si court délai. Je veux que tu comprennes à quel point tu rends tout ça plus dur pour tout le monde. Si tes horaires de travail sont vraiment aussi imprévisibles, il faut qu’on parle de savoir si cette organisation est tenable. Je fais de gros efforts pour que ça marche et j’ai besoin que tu fasses pareil.
But de surface : confirmer que tu auras les enfants ce week-end. Buts réels : marquer des points, faire passer ta frustration, établir le schéma, te défendre d’avance contre l’idée qu’on te trouve difficile, provoquer une réaction.
La version réécrite (30 mots) :
D’accord, je les prends ce week-end alors. Petit point : je ne pourrai pas échanger un week-end à venir à si court délai.
La version réécrite transmet ce dont le canal a besoin. Elle inclut une seule phrase tournée vers l’avenir (sur les échanges futurs) qui relève de l’organisation, pas de l’émotion. Le reste, la frustration, l’observation du schéma, la défense préventive, va à un ami, à un psy, ou nulle part.
Le co-parent reçoit la version réécrite et répond à l’organisation. Pas d’escalade. La frustration que tu as ressentie est toujours réelle. Elle ne passe simplement pas par ce canal.
En bref
But de surface et but réel. La plupart des messages au co-parent ont les deux. On écrit des messages plus propres quand on les nomme.
Six vrais buts que la plupart des messages poursuivent en secret :
- Constituer le dossier.
- Marquer un point.
- Provoquer une réaction.
- Entretenir le lien.
- Faire passer une émotion.
- Se défendre d’avance contre une critique.
Contrôle en quatre questions avant d’envoyer :
- Ça pourrait faire moitié moins long ?
- Y a-t-il une phrase que je veux qu’il lise (au-delà de l’organisation) ?
- Qu’est-ce que je ressentirais s’il m’envoyait ça ?
- Est-ce que je l’enverrais si ça ne produisait aucune réaction ?
La pratique de réglage :
- Écris le brouillon.
- Nomme le but de surface.
- Nomme le but réel.
- Décide si le but réel a sa place dans ce canal.
- Relis et envoie.
Quand le but réel compte trop pour être tu :
- Un autre canal.
- Attendre 24 à 48 heures.
- Envoyer en deux temps.
- Te l’envoyer d’abord à toi-même.
Pour finir
Le canal du co-parent est pour l’organisation. Les autres buts vont ailleurs.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.