
Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 26 · Wave 2
La plupart des parents en séparation essaient de faire le travail de récupération sans psy. Certains y arrivent. Beaucoup découvrent, quelque part autour du quatrième ou du sixième mois, qu’ils atteignent les limites de ce qu’un travail mené seul peut accomplir. La pensée arrive : peut-être que je devrais en parler à quelqu’un.
Cet article explique pourquoi l’étape 2 est le moment le plus fréquent pour la décision de consulter, les trois catégories de travail pour lesquelles un ou une psy fait vraiment mieux que les amis ou les articles, comment penser la réalité concrète et financière, ce qu’on peut attendre des premières séances, et quoi faire quand ça ne marche pas.
Pourquoi cette pensée arrive maintenant
Dans les 90 premiers jours, tu n’avais pas la bande passante pour une thérapie. La phase aiguë, c’était la survie. Ajouter un rendez-vous hebdomadaire avec de la matière nouvelle à digérer, ç’aurait été plus que le système ne pouvait gérer.
Entre le quatrième et le sixième mois, plusieurs choses ont changé :
- La survie aiguë s’est apaisée. Tu as un peu de bande passante pour réfléchir.
- Le chagrin, la colère et le doute se sont précisés en formes plus nettes. Tu peux nommer ce sur quoi tu travailles.
- Les amis qui t’ont porté les trois premiers mois commencent à avoir besoin que tu te portes aussi toi-même. Le schéma de l’ami-psychothérapeute a ses limites.
- Les schémas du couple sont plus clairs avec le recul. Tu commences à voir des choses que tu ne pouvais pas voir quand tu étais à l’intérieur.
- Des décisions arrivent (sur la dynamique avec ton co-parent, sur l’avenir, sur ton enfant) qui gagnent à être prises avec la tête plus claire que celle que tu as eue jusqu’ici.
C’est la fenêtre naturelle de thérapie de l’étape 2. La plupart des parents qui finissent par tirer profit d’une thérapie commencent quelque part entre le quatrième et le neuvième mois.
À quoi sert vraiment une thérapie
Une confusion courante : beaucoup de parents pensent que la thérapie sert à digérer la séparation. C’est vrai. Mais ce n’est qu’une des choses pour lesquelles elle est utile. Voici trois catégories de travail où la thérapie apporte une vraie valeur, au-delà de ce que les amis, les articles ou le temps peuvent offrir.
Catégorie 1 : les schémas que tu ne peux pas voir seul
Tu as des schémas, hérités de ta famille d’origine, de tes relations passées, du couple, qui façonnent ta manière de fonctionner. La plupart te sont invisibles parce que tu es à l’intérieur.
Un ou une psy voit les schémas. Pas parce qu’il est plus malin que tes amis, mais parce qu’il est à l’extérieur du schéma et formé pour le repérer. Il peut nommer une chose que tu fais depuis trente ans sans t’en rendre compte. Une fois nommée, elle peut changer.
C’est là que la thérapie produit les bénéfices les plus durables. L’ami peut t’écouter avec compassion pendant que tu racontes une semaine difficile. Le ou la psy peut nommer pourquoi ce type précis de semaine te tombe dessus, encore et encore, sous cette forme précise.
Catégorie 2 : la matière qui a besoin d’un témoin
Certains contenus sont trop lourds pour que des amis les tiennent sans danger, pour eux comme pour toi. Des choses précises qui se sont passées dans le couple. Des choses précises dont tu as honte. Des peurs précises sur ton enfant, sur ton co-parent, sur l’avenir.
Le ou la psy peut être témoin de cette matière d’une façon que les amis ne peuvent pas. La relation est contenue. Il est payé pour la recevoir. Il n’a pas à vivre avec ensuite. Il n’a pas sa propre opinion sur ton couple. Cet espace contenu, c’est ce qui rend la matière la plus lourde possible à faire remonter sans danger.
Catégorie 3 : les décisions qui gagnent à être structurées
Certaines décisions, à l’étape 2, sont d’une portée inhabituelle et d’une difficulté inhabituelle à prendre seul. Des mouvements financiers importants. Reprendre ou non le travail. Se remettre ou non à des rencontres. Aller ou non parler à un membre de la famille qui n’a pas répondu présent. Déménager ou non.
Ces décisions gagnent à passer par un espace structuré où on les examine en détail, avec quelqu’un capable de t’aider à faire la différence entre ce que ton état émotionnel du moment veut et ce dont ton « toi » de demain te remerciera.
Un ami peut réfléchir à une décision avec toi. Un ou une psy peut structurer la conversation d’une façon qui produit, en moyenne, de meilleures décisions.
Ce que la thérapie n’est pas
Quelques idées reçues qui valent la peine d’être levées.
1. La thérapie n’est pas réservée aux gens gravement atteints. Beaucoup de parents évitent la thérapie parce qu’ils pensent ne pas aller « assez mal » pour en avoir besoin. C’est un malentendu sur ce que fait la thérapie. La plupart des gens qui en tirent profit fonctionnent et travaillent une matière complexe qu’il vaut mieux faire bien que d’improviser.
2. La thérapie n’est pas un aveu que le couple était de ta faute. Certains parents évitent la thérapie parce qu’y aller revient, pour eux, à reconnaître qu’ils étaient le problème. Ce n’est pas ça, la thérapie. Les deux parents d’une séparation pourraient en tirer profit ; le fait que ton co-parent n’y aille pas ne change rien à la question de savoir si toi, tu devrais.
3. La thérapie n’est pas pour toujours. La plupart des travaux thérapeutiques de cette période sont bornés, de six mois à deux ans. Certains parents restent plus longtemps ; beaucoup non. L’engagement n’est pas sans fin.
4. La thérapie n’est pas une expérience unique. Des psys différents font des travaux très différents. Le premier que tu essaies n’est peut-être pas le bon. Le cadre qu’il utilise n’est peut-être pas celui qu’il te faut. La thérapie n’a pas marché veut souvent dire ce psy-là n’a pas marché. (Voir l’article 29.)
5. La thérapie, ce n’est pas parler de ton enfance pendant une heure. Certains psys font ce travail-là ; beaucoup non. La thérapie moderne comprend des techniques précises (TCC, EMDR, travail somatique, ACT, IFS, et d’autres) qui ne ressemblent pas du tout au cliché de la cure par la parole.
La réalité concrète et financière
L’argent est l’une des raisons les plus fréquentes qui poussent les parents en séparation à repousser la thérapie. La version honnête du rapport coût-bénéfice.
1. La thérapie coûte cher. Une séance hebdomadaire revient à plus qu’un abonnement mensuel de streaming pour la plupart des gens, souvent bien plus. Le coût est réel.
2. C’est aussi l’un des investissements les plus rentables de cette période. Une thérapie qui marche peut réduire de plusieurs mois la durée de la détresse aiguë, éviter des décisions qu’on regrette, et produire des améliorations de fond dans la façon dont tu gères le reste de ta vie. Le retour sur l’investissement, quand ça marche, est conséquent.
3. Il existe des options à plusieurs niveaux. Tous les parents n’ont pas besoin d’une thérapie individuelle hebdomadaire avec un praticien chevronné. Des options qui coûtent moins :
- Une séance tous les quinze jours plutôt qu’hebdomadaire.
- Des praticiens en début de parcours (tout aussi qualifiés, tarifs plus bas).
- La thérapie de groupe (coût par séance plus bas, dynamique de groupe précieuse).
- Les plateformes de thérapie en ligne (souvent moins chères qu’en présentiel).
- Des praticiens qui pratiquent un tarif adapté aux revenus.
- Certains dispositifs publics (le médecin traitant, un CMP) ou des aides liées à ta mutuelle peuvent ouvrir des séances à coût réduit.
4. La prise en charge varie selon ta situation. Une partie des séances peut être prise en charge selon le cadre (le dispositif Mon soutien psy, ta mutuelle, certains suivis en CMP). Cela vaut la peine de vérifier ta situation précise.
5. La fréquence compte moins que la continuité. Une séance par mois pendant un an produit de meilleurs résultats que des séances hebdomadaires pendant deux mois. Si tu peux te permettre une séance tous les quinze jours, ou une par mois, c’est mieux qu’une cadence hebdomadaire que tu ne peux pas tenir.
Le calcul coût-bénéfice, pour la plupart des parents à l’étape 2 : si tu peux te le permettre, le retour est assez élevé pour justifier le coût. Si vraiment tu ne peux pas, fais avec ce à quoi tu as accès (groupe, en ligne, moins fréquent) plutôt que de t’en passer complètement.
Ce qu’on peut attendre des premières séances
Les trois premières séances ont tendance à suivre un déroulé prévisible.
Séance 1 : le repérage. Tu décris ce qui se passe. Le ou la psy pose des questions. Il t’explique comment il travaille. Tu décides si tu reviens. Cette séance est surtout un échange d’informations. Ne t’attends pas à te sentir transformé.
Séance 2 : la première vraie matière. Tu vas plus en profondeur sur un point précis, en général celui qui est ressorti le plus fort à la séance 1. Le ou la psy commence à faire de petites interventions. Tu repars peut-être un peu à vif, ou un peu plus clair ; les deux sont normaux.
Séance 3 : la première séance difficile. Vers la séance 3 ou 4, quelque chose de difficile remonte souvent. Soit tu entres dans une matière plus dure, soit un schéma que le ou la psy a nommé atterrit de façon inconfortable. C’est parfois là que des parents arrêtent, se sentant plus mal, et non mieux, après quelques séances.
N’arrête pas à la séance 3. L’inconfort, c’est en général le travail qui commence à se faire. Tiens jusqu’à la séance 5 ou 6 avant de décider si ce psy est le bon pour toi.
Vers la séance 6 à 8, tu sauras :
- Si ce ou cette psy te convient.
- Si son approche produit un vrai mouvement.
- Si tu lui fais confiance avec la matière la plus lourde.
Si, à la séance 8, tu n’as pas de mouvement, envisage de changer. L’ajustement compte plus qu’on ne le croit.
Quand la thérapie est le mauvais choix
Une petite réserve. La thérapie n’est pas toujours le bon mouvement.
1. Si tu es en crise immédiate. La thérapie est faite pour un travail dans la durée, pas pour l’intervention de crise. Si tu es en crise aiguë, avec des idées suicidaires, dans une situation de violence avec ton co-parent, ou avec des symptômes psychiatriques sévères, il te faut d’abord des soins en urgence (ton médecin traitant, les urgences). La thérapie peut venir après la stabilisation.
2. Si le reste de tes bases n’est pas en place. Si tu ne dors pas, ne manges pas, ne prends pas la lumière du jour, ne bouges pas du tout, la thérapie n’est peut-être pas l’intervention au plus fort effet de levier. Parfois, les bases produisent plus de récupération que la thérapie. (Voir l’article 06.)
3. Si tu te sers de la thérapie pour éviter d’agir. Certains parents parlent d’une dynamique avec leur co-parent pendant des mois en thérapie sans rien changer aux échanges réels. La thérapie peut devenir une façon de digérer au lieu d’agir. Remarque si c’est ce qui se passe ; un bon psy le nommera.
4. Si le ou la psy n’est pas formé au psychotraumatisme et que tu as vécu un traumatisme. Un psy de parole classique n’a peut-être pas les compétences pour gérer sans danger une matière traumatique. Faire remonter un traumatisme dans un cadre non formé à cela peut produire une déstabilisation. Si ta situation comporte un traumatisme, trouve quelqu’un avec une formation explicite (EMDR, somatic experiencing, IFS, TCC centrée sur le trauma).
En bref
Quand la pensée de la thérapie arrive (en général entre le 4e et le 9e mois), elle vaut la peine d’être prise au sérieux.
Trois catégories de travail où la thérapie apporte une vraie valeur :
- Les schémas que tu ne peux pas voir seul.
- La matière qui a besoin d’un témoin.
- Les décisions qui gagnent à être structurées.
Cinq idées reçues :
- Pas seulement pour les gens gravement atteints.
- Pas un aveu que le couple était de ta faute.
- Pas pour toujours.
- Tous les psys ne se valent pas.
- Pas seulement parler de ton enfance.
La réalité concrète :
- Coût réel, retour élevé quand ça marche.
- Des options à plusieurs niveaux existent (tous les quinze jours, praticiens débutants, groupe, en ligne, tarif adapté).
- La continuité compte plus que la fréquence.
Ce qu’on peut attendre :
- Séance 1 : repérage.
- Séance 2 : première vraie matière.
- Séance 3 à 4 : souvent la plus dure. N’arrête pas.
- Séance 6 à 8 : tu sauras si l’ajustement est bon.
Quand la thérapie est le mauvais choix :
- En crise immédiate (soins d’urgence d’abord).
- Bases non en place (les bases produisent souvent plus de récupération).
- Se servir de la thérapie pour éviter d’agir.
- Pas formé au psychotraumatisme alors qu’un traumatisme est présent.
Pour finir
Le ou la psy dont tu ne pensais pas avoir besoin est en général celui qui voit les schémas que toi, tu ne vois pas.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.