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Le message que tu n’as pas envoyé

By the dip team · 9 min de lecture

Le message que tu n’as pas envoyé

Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 35 · Wave 1 · Bucket B / pierre angulaire du sujet 9


La compétence la plus utile de toute la communication avec le co-parent, c’est d’écrire un message, puis de ne pas l’envoyer.

Cet article explique pourquoi le message non envoyé est le socle de toutes les autres compétences de communication, les cinq catégories de message qu’il faut presque toujours supprimer, le test que tu peux faire passer avant d’envoyer quoi que ce soit, et quoi faire de l’envie d’envoyer quand elle ne veut pas passer.

Pourquoi c’est le socle

Chaque tactique de communication qui suit dans cette bibliothèque, le réglage du ton, la conception du message, la règle des 24 heures, la pierre grise, les gestes de réparation, repose sur une compétence de base : la capacité de composer un message et de choisir de ne pas l’envoyer.

Sans cette compétence, toutes les autres tactiques échouent. La règle des 24 heures ne marche pas si tu n’arrives pas à garder un brouillon. Le réglage du ton ne sert à rien si l’impulsion de riposter l’emporte avant que le réglage ait lieu. Les gestes de réparation sont inutiles si tu n’as jamais envoyé la chose qu’il aurait fallu réparer.

La compétence est binaire. Soit tu sais écrire un brouillon sans l’envoyer, soit tu ne sais pas. La plupart des parents n’y arrivent pas au deuxième mois. La plupart des parents y arrivent au neuvième, s’ils s’entraînent.

Les cinq catégories qu’il faut presque toujours supprimer

Ces cinq types de message sont ceux qui produisent le plus de dégâts et le moins de résultats utiles. Si ton brouillon entre dans l’une de ces catégories, supprime-le.

1. Le message qui tient les comptes. Pour être clair, mardi dernier tu as dit que tu t’occupais du rendez-vous chez le dentiste, et là tu me dis que tu ne peux pas, c’est la troisième fois que ça arrive.

Ce message a un seul but : établir que tu as raison et que l’autre a tort. Il ne produit pas un résultat différent. Il produit une réponse sur la défensive, qui produit un autre message qui tient les comptes, qui produit une escalade. Garde les comptes dans un document privé si tu en as besoin pour des raisons juridiques. Ne les envoie pas.

2. Le déversoir. Je n’arrive pas à croire que tu puisses ne serait-ce que proposer ça après tout ce qu’on a traversé cette année, tu n’as aucune idée de ce que ça m’a coûté de tout tenir à bout de bras.

Le déversoir est pour ton propre système nerveux, pas pour le co-parent. Le co-parent ne peut pas recevoir un déversoir de façon utile. Envoie le déversoir à un ami, à un psy, à une appli de notes, à un mémo vocal que tu effaces. À n’importe qui sauf au co-parent.

3. Le message qui veut clarifier la relation. Je veux juste que tu comprennes d’où je parle. Si j’ai réagi comme ça, c’est parce que pendant des années tu avais l’habitude de…

Ces messages cherchent à renégocier le sens de la relation en direct, le plus souvent en réponse à une petite question d’organisation. Le co-parent n’a pas demandé cette renégociation. Elle ne passera pas. Garde-la pour ton propre cheminement.

4. La défense préventive. Avant que tu dises quoi que ce soit, je tiens à être clair : j’avais une bonne raison de faire ce que j’ai fait, et je n’apprécie pas le sous-entendu selon lequel…

Le co-parent n’avait en fait pas dit la chose contre laquelle tu te défends. Tu réponds à un message que tu as prédit qu’il enverrait, pas à celui qu’il a envoyé. La défense préventive fait monter des conversations que le co-parent n’allait pas lancer.

5. Le message qui réagit au ton. Je remarque que ton dernier message était plutôt froid et je tiens à signaler que ce n’est pas une façon acceptable de communiquer avec moi à l’avenir.

Parfois le ton du co-parent est vraiment limite. Parfois tu lis un ton qui n’existe pas. Dans un cas comme dans l’autre, relever le ton par écrit produit rarement le résultat que tu veux. Ça produit une dispute plus longue sur le ton, dont ni l’un ni l’autre n’avez besoin.

Le test des 90 secondes

Avant d’envoyer n’importe quel message au co-parent, attends 90 secondes. Relis le brouillon une fois de plus.

Pendant que tu lis, fais passer trois questions :

1. Qu’est-ce que ce message doit accomplir ? Si la réponse est « lui faire comprendre ce que je ressens », supprime-le. Il ne comprendra pas. Si la réponse est « établir que j’ai raison », supprime-le. Il ne sera pas d’accord. Si la réponse est « faire avancer une question d’organisation », envoie la partie qui fait ça, supprime le reste.

2. Quelle est la plus petite version de ce message qui fait le travail ? Un message de quatre phrases peut presque toujours devenir un message de deux phrases. La version en deux phrases est en général meilleure : moins de prises pour réagir, moins de contexte que le co-parent doit absorber, moins à défendre pour toi plus tard.

3. Est-ce que je serais content que ce message exact se retrouve un jour sous les yeux d’un juge, d’un avocat, ou de mon enfant dans dix ans ? Chaque message que tu envoies au co-parent est potentiellement permanent. On peut en faire une capture, le transférer, le verser à un dossier, ou il peut être lu par ton enfant à seize ans quand il tombera sur la vieille boîte mail. Écris en conséquence.

Si un message échoue à l’une de ces trois questions, réécris-le. S’il échoue aux trois, supprime et recommence.

Quand tu n’arrives pas à ne pas l’envoyer

Parfois, l’envie d’envoyer est irrésistible. Le corps est en mode combat. Les doigts veulent taper. Le bouton « envoyer » est juste là.

Trois gestes qui font gagner du temps :

1. Envoie le brouillon à toi-même. Ouvre un nouveau message, colle le brouillon, envoie-le sur ta propre adresse mail ou ton propre téléphone. Maintenant il existe en dehors de ta tête, ce qui est ce que ton système nerveux voulait vraiment. L’essentiel de l’urgence se dissout une fois que c’est sorti.

2. Envoie-le à un contact-tampon. Désigne un ami ou un psy comme ton gardien de brouillons. Quand tu écris un message que tu ne peux pas envoyer, envoie-le-lui à la place. Il n’a pas à répondre, ni même à le lire. Le simple fait d’envoyer vers une destination sûre soulage la pression d’envoyer vers la destination qui ne l’est pas.

3. Mémo vocal, sans transcription. Ouvre le dictaphone, dis tout le message à voix haute, à plein volume, enregistre-le, ne le transcris pas. Le temps que le mémo soit enregistré, l’envie est en général passée.

Ces gestes marchent parce que l’envie d’envoyer est surtout l’envie d’extérioriser. Une fois que l’extériorisation a eu lieu quelque part, l’envie s’effondre.

Le message que tu envoies, lui

Après le test des 90 secondes, les suppressions et les réécritures, ce qui reste est en général court, précis, sans fioritures.

Des exemples de messages au co-parent bien conçus :

  • 18 h mardi, ça marche. À mardi.
  • Confirmé pour l’échange du 14.
  • Petit point. Léa a une toux, ça a commencé ce matin, paracétamol donné à 9 h. Je te tiens au courant si ça empire.
  • Je ne peux pas faire le trajet de l’école jeudi. Solutions possibles : je peux récupérer vendredi, ou on peut demander au périscolaire.
  • Merci de t’être occupé du dentiste.

Ce qu’ils ont en commun : chacun est une seule unité d’organisation. Chacun est court. Chacun pourrait être lu par n’importe qui, un juge, ton enfant, le nouveau partenaire du co-parent, sans produire de dégât.

Ce qu’aucun ne contient : explication, justification, historique, sentiment, ou critique sous-entendue.

Ce n’est pas froid. C’est propre. La relation n’a pas besoin de chaleur dans chaque échange pour fonctionner. Elle a besoin d’un transfert d’information fiable et sans ambiguïté. La chaleur, quand elle est justifiée, peut s’ajouter à des moments précis (un petit merci ou c’est gentil). Elle ne devrait pas être l’état par défaut de chaque message.

L’effet cumulé

Sur une année à t’exercer au message non envoyé, deux choses se produisent.

1. Ton système nerveux cesse de se crisper à chaque réponse. Quand tes messages envoyés sont courts et propres, les réponses du co-parent ont tendance à suivre. Les cycles d’escalade ralentissent. Certains échanges qui prenaient dix messages en prennent maintenant deux. La fatigue de ton système nerveux diminue.

2. Le co-parent met à jour son image de toi. Il apprend que tu ne produis plus les longs messages chargés d’émotion et d’historique de la première année. Ça change la façon dont il se prépare à t’écrire. Certains co-parents s’ajustent vite. D’autres mettent plus de temps. Une minorité ne s’ajuste jamais. Mais la plupart le font, peu à peu, parce que les schémas de communication humaine reposent surtout sur le mimétisme.

Le style de communication du co-parent est en partie en aval du tien. Des messages plus propres de ta part, avec le temps, produisent des messages plus propres de la sienne.

Quoi faire quand il ne s’ajuste pas

Un petit pourcentage de co-parents continuent d’envoyer des messages longs, accusateurs ou qui font monter la tension, même quand les tiens sont propres. Si c’est ta situation, trois remarques.

1. Ne te cale pas sur leur registre. La tentation, quand ils envoient une accusation de 400 mots, c’est de répondre par une défense de 400 mots. Ne le fais pas. Réponds uniquement à l’organisation. Ignore le reste. Récupération à 18 h confirmée. C’est toute la réponse.

2. Documente, ne t’engage pas. Si les messages du co-parent dérivent vers un terrain qui peut compter juridiquement, des menaces, des accusations de te montrer incapable d’élever ton enfant, une contrainte financière, garde-les. Ne réponds pas à ces parties-là. Transfère-les à ton avocat si tu en as un. N’essaie pas de « rétablir la vérité » par écrit. La vérité se rétablit dans une salle d’audience, si elle doit l’être.

3. Passe à un outil de communication tiers. Si le schéma de communication est nocif de façon constante, envisage de déplacer les échanges avec le co-parent vers un outil de communication structuré qui enregistre et horodate tout (Our Family Wizard, TalkingParents, ou les fonctions de communication de dip). La présence de l’outil change la façon dont vous écrivez tous les deux.

En bref

Avant d’envoyer n’importe quel message au co-parent :

  1. Identifie le but d’organisation. S’il n’y en a pas, supprime.
  2. Écris la plus petite version qui atteint ce but.
  3. Attends 90 secondes.
  4. Relis avec le test des trois questions.
  5. N’envoie que s’il passe les trois.

Quand l’envie d’envoyer ne veut pas passer :

  1. Envoie d’abord le brouillon à toi-même.
  2. Ou à un contact-tampon désigné.
  3. Ou dis-le à voix haute dans un mémo vocal.

Pour finir

Le message que tu n’as pas envoyé est souvent le message qui a marché.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.