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Months 3 To 12

La solitude qui arrive au quatrième mois

By the dip team · 6 min de lecture

La solitude qui arrive au quatrième mois

Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 118 · Wave 2 · Tendre


Les deux premiers mois, les gens étaient là. Il y avait des messages. Quelqu’un déposait à manger. Un ami appelait tous les deux ou trois jours pour vérifier que tu mangeais. Le chaos pratique faisait assez de bruit pour que tu n’aies pas vraiment la place de sentir ce qu’il y avait dessous. Tu étais occupé à survivre, et les gens autour de toi étaient occupés à t’aider à survivre.

Puis, quelque part autour du quatrième mois, deux choses se produisent en même temps. L’aide reflue, parce que les gens autour de toi ont décidé, raisonnablement, que tu avais passé le pire. Et le chaos se pose, parce que tu as réglé la logistique. Dans ce nouveau silence, les plats arrêtés et la crise déclarée terminée, arrive une solitude que tu n’attendais pas, parce que tu croyais le plus dur derrière toi.

Cet article parle de cette solitude-là. Celle qui arrive en différé. Pourquoi elle débarque précisément au moment où tout le monde, toi compris, te croyait remis.

Pourquoi elle tombe maintenant et pas au premier mois

Les premières semaines, tu ne te sentais pas tant seul que submergé. Il se passait trop de choses. La solitude a besoin d’un certain silence pour se faire sentir, et la période du début ne l’a pas.

Au quatrième mois, trois choses ont changé. La logistique est réglée, donc le silence est arrivé. Le chagrin aigu s’est apaisé, donc tu as la bande passante pour remarquer autre chose. Et le soutien s’est aminci, parce que l’attention humaine est faite pour les urgences, pas pour le long milieu. Rien de tout ça n’est un échec, ni le tien ni le leur. C’est juste la forme que prend la réaction des gens face à une crise, et cette forme a un creux, et le creux se situe autour du quatrième mois.

Alors cette solitude n’est pas le signe que tu recules. C’est le signe que l’urgence est passée et que l’ordinaire a commencé, et c’est dans l’ordinaire que vit la vraie solitude.

C’est une autre solitude que celle du début

La solitude du début, c’était l’absence des enfants et le choc de la maison vide. Celle-ci est plus discrète et plus précise. C’est la solitude de ne plus avoir quelqu’un qui connaît la petite texture de ta journée. Celui à qui tu aurais raconté ce que ton patron a dit, le moment drôle avec les enfants, le rendez-vous que tu redoutais. Pas les grandes conversations. Le petit commentaire continu d’une vie partagée.

C’est cette part-là qui s’en va sans prévenir et qui est la plus dure à remplacer. Les amis peuvent porter les grandes choses. Presque personne ne porte les petites. Le commentaire continu avait un seul public, et ce public n’est plus là, et le silence où il allait, c’est le silence si particulier du quatrième mois.

Le nommer précisément aide, parce que la version vague (je me sens juste seul) n’a pas de réponse, alors que la version précise (ce qui me manque, c’est quelqu’un qui connaissait les petites choses) montre une direction.

Ce qui n’aide pas

Quelques réflexes compréhensibles qui ont tendance à creuser le creux.

Croire que tout le monde est passé à autre chose et que toi, tu es en retard. Vu de l’extérieur, la vie des autres a l’air réglée. Elle ne l’est pas. Le creux du quatrième mois est quasi universel chez les parents séparés, et la plupart de ceux qui ont l’air d’aller bien l’ont eu eux aussi, en silence, sans en parler. Tu n’es pas lent. Tu es à l’heure.

Te retourner vers l’autre parent pour le commentaire continu. La personne qui entendait les petites choses est juste là, et c’est tentant de lui envoyer la chose drôle qu’ont faite les enfants, déguisée en co-parentalité. Une partie de ça est très bien et même bonne. Mais te servir du co-parent pour combler le manque de compagnie te maintient attaché à la relation que tu quittes, et ça a tendance à vous embrouiller tous les deux. Le public des petites choses doit se reconstruire ailleurs, lentement.

Attendre que la solitude se lève toute seule. La solitude du début s’est levée toute seule parce qu’elle tenait au choc, et le choc s’estompe. Celle-ci tient à un manque structurel dans ta vie, et les manques structurels ne se comblent pas tout seuls. Celle-ci, il faut en sortir en construisant.

Ce qui aide

Dis à une personne qu’elle est là. La solitude du quatrième mois est invisible, et c’est là l’essentiel de sa force. Dite à voix haute à un ami de confiance (le pratique est réglé, mais c’est là que c’est solitaire, franchement), elle perd un peu de son poids, et l’ami, qui en a sans doute eu sa propre version, se rapproche souvent au lieu de s’éloigner.

Reconstruis le public des petites choses, délibérément. Pas une personne pour remplacer le couple. Plusieurs personnes, chacune en portant un peu. L’ami à qui tu envoies la chose du boulot. Le frère ou la sœur qui a des nouvelles des enfants. Le collègue avec qui tu prends un café. La compagnie qui était concentrée sur une seule personne se répartit sur quelques-unes, et une compagnie répartie est de toute façon plus solide. Elle ne s’en va pas quand une relation s’arrête.

Installe un point de contact régulier dans la semaine. Un rendez-vous fixe. L’appel du mardi avec ta sœur. La course du jeudi avec un ami. Le truc qui est dans l’agenda pour que tu n’aies pas à trouver l’énergie de l’organiser à chaque fois. Le régulier l’emporte sur le spontané dans cette période, parce que le spontané demande une initiative que la solitude, elle-même, vient épuiser.

Laisse le temps en solo commencer à devenir le tien. Une partie du silence du quatrième mois n’est pas un creux à combler. C’est un espace que tu n’as pas encore appris à habiter. Les mêmes heures qui te paraissent solitaires aujourd’hui sont les heures qui, plus tard, deviennent la lecture, le projet, la marche, la version de toi pour laquelle le couple n’avait pas de place. Ce basculement arrive. On ne peut pas le presser, mais il arrive.

Ce qui change

La solitude du quatrième mois est un passage, pas une destination. Vers le sixième ou le septième mois, la plupart des parents ont reconstruit assez d’un réseau des petites choses pour que la version aiguë s’adoucisse. Le commentaire continu se trouve de nouveaux foyers. Les contacts réguliers deviennent le nouveau rythme. Et le silence en solo, lentement, cesse de n’être qu’absence pour devenir en partie espace.

Elle ne disparaît pas complètement, et un article plus loin dans cette étape parle de la solitude qui reste, sous une forme plus petite, et de quoi en faire. Mais le creux vif et surprenant du quatrième mois, celui qui arrive juste au moment où tout le monde te dit comme tu t’en sors bien, finit bien par passer. C’est la part la plus dure du milieu, et c’est une part, pas le tout.

En bref

  • Le creux du quatrième mois est quasi universel et à l’heure, pas le signe que tu recules.
  • C’est une solitude précise : il te manque la personne qui connaissait la petite texture de ta journée.
  • Ne te retourne pas vers l’autre parent pour la combler, et n’attends pas qu’elle se lève toute seule.
  • Dis à une personne qu’elle est là. Reconstruis le public des petites choses sur plusieurs personnes. Mets un contact régulier dans la semaine.
  • Laisse une partie du silence commencer à devenir espace plutôt que seulement absence.

Pour finir

L’aide s’en va à peu près au moment où le silence arrive, et c’est dans le silence que commence le vrai travail, et finalement la vraie vie.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.