
Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 28 · Wave 2 · Tendre
Au septième ou huitième mois, une vague de chagrin va te surprendre. Pas parce qu’elle est intense, tu en as déjà connu d’intenses, mais parce que tu croyais en avoir fini avec ça. Tu sens un éclair de honte en même temps que le chagrin. Encore ? Vraiment ? Je ne l’ai pas déjà fait, ce travail ?
Cet article explique pourquoi cette honte est plus fréquente que ce qu’on en dit, pourquoi elle est souvent la mauvaise réponse à ce qui se passe vraiment, les cinq catégories de chagrin de fin d’étape 2 qui produisent le plus de honte, quoi faire de la honte elle-même, et comment parler d’un chagrin qui dure avec les gens de ta vie.
Pourquoi la honte fait surface
La honte de pleurer encore a plusieurs sources, la plupart venues de l’extérieur.
1. Le scénario culturel de la séparation a un délai court. On t’autorise à pleurer ouvertement pendant trois mois, peut-être six. Après, l’attente collective, c’est que tu sois passé à autre chose, ou en passe de l’être. Le chagrin au-delà du septième mois se met à sembler désaccordé de ce que les autres semblent attendre.
2. Tu t’es vu aller mieux par ailleurs. Au septième mois, tu dors mieux, tu manges mieux, tu fonctionnes au travail, tu t’occupes correctement de ton enfant. Ces progrès font ressembler le chagrin résiduel à une contradiction. Je vais bien dans tellement de domaines, pourquoi est-ce que ça continue ?
3. Tes amis ont arrêté de prendre de tes nouvelles. Les amis qui appelaient toutes les semaines les trois premiers mois appellent moins maintenant. Ils supposent que tu as passé le pire. L’absence de nouvelles renforce le sentiment que tu devrais avoir passé le pire, même quand ce n’est pas le cas.
4. Tu n’as pas de raison, cette semaine. Le chagrin du deuxième mois avait des déclencheurs évidents, chaque jour en était un. Au septième mois, le chagrin arrive parfois sans que rien de précis le produise, ce qui le fait paraître moins légitime. Je n’ai même pas de raison de me sentir comme ça aujourd’hui.
5. Ton co-parent semble avoir tourné la page. Si ton co-parent a l’air (vu de l’extérieur) d’aller bien, de faire des rencontres, d’être posé, content, ton chagrin qui dure te paraît un défaut. Pourquoi est-ce que lui va bien et pas toi ?
Aucune de ces lectures n’est juste. La honte est en aval d’attentes fausses sur ce à quoi le chagrin devrait ressembler au septième mois.
À quoi ressemble vraiment le chagrin au septième mois
Le chagrin de l’étape 2 n’est pas le même que celui de l’étape 1, mais il n’a pas disparu non plus. Il s’est réorganisé.
La plupart des parents, en fin d’étape 2, ont :
- Plusieurs vagues de chagrin par mois, souvent imprévisibles.
- Des déclencheurs précis qui produisent des vagues plus fortes (des chansons, des lieux, des dates, l’odeur de certains plats).
- La capacité de sentir la vague sans perdre pied (tu peux pleurer dans la voiture, puis préparer le dîner).
- Un autre genre de chagrin que celui des débuts, plus discret, plus réfléchi, parfois accompagné d’une forme de clarté.
Ce schéma est normal. Ce n’est pas une rechute. Ce n’est pas un échec. Ce n’est pas le signe que tu n’as pas digéré comme il fallait. C’est à ça que ressemble le chagrin d’une relation longue, à l’étape 2.
Le chagrin du septième mois fait un travail que celui du deuxième mois ne pouvait pas faire. Le chagrin aigu, c’était la survie ; le chagrin de l’étape 2, c’est l’intégration. On ne peut pas accélérer l’intégration. Elle prend le temps qu’elle prend.
Cinq catégories de chagrin de fin d’étape 2 qui produisent le plus de honte
Savoir lequel se présente atténue une partie de la honte.
Catégorie 1 : le chagrin de l’avenir que tu avais imaginé
Tu ne pleures pas une chose qui est arrivée, mais une chose qui n’est pas arrivée. La retraite que tu t’étais représentée. Les petits-enfants à venir que tu avais imaginés avec ce partenaire précis. Les voyages que tu avais prévus. La version de vie que le couple représentait.
Ce chagrin paraît honteux parce qu’il porte sur une chose qui n’a jamais existé. Tu te sens ridicule de pleurer un avenir imaginé.
Ce n’est pas ridicule. L’avenir imaginé était une chose bien réelle dans ta tête. Le perdre produit un chagrin réel. Le fait qu’il n’ait jamais existé concrètement ne réduit en rien la perte.
Catégorie 2 : le chagrin de celui que tu étais
La version de toi qui existait à l’intérieur du couple n’est plus. Une partie était bonne ; une partie ne l’était pas. Tu pleures les parties qui étaient bonnes, ton « toi » précis de 2018, ton « toi » des matins de week-end, ton « toi » fatigué mais content.
Ce chagrin paraît honteux parce que la version « couple » de toi a disparu pour de bonnes raisons, en général. La pleurer peut donner l’impression de pleurer une version que tu as activement choisi de laisser derrière toi.
Ce n’est pas une contradiction. Tu peux être content de ne plus être la version « couple » de toi-même tout en pleurant des aspects précis de ce « toi »-là. Les deux à la fois.
Catégorie 3 : le chagrin qui te prend en embuscade dans les bons moments
Tu passes une bonne semaine. Une semaine vraiment bonne. Et au milieu d’un bon moment, un repas, une conversation, une promenade, le chagrin arrive. Tu as honte parce que le chagrin vient interrompre un moment réellement bon.
C’est l’un des schémas les plus fréquents de l’étape 2. Le chagrin arrive parfois pendant les bons moments parce que les bons moments produisent la bande passante dont le chagrin a besoin pour faire surface. On ne peut sentir certaines choses que lorsque d’autres sont en sécurité.
Le chagrin qui interrompt un bon moment n’est pas le signe que le bon moment était faux. C’est le signe que le bon moment était assez réel pour laisser le chagrin atterrir.
Catégorie 4 : le chagrin au nom de ton enfant
Tu ne pleures pas pour toi. Tu pleures pour ce que ton enfant a perdu, la configuration familiale qu’il avait, la version « parents ensemble » de son enfance, les choses qu’il faisait avant et qu’il ne fait plus.
Ce chagrin paraît honteux parce qu’il peut atterrir comme de l’auto-accusation : c’est moi qui lui ai fait ça. L’auto-accusation déforme le chagrin en culpabilité.
Le chagrin pour ton enfant est à sa place. Il est aussi distinct de la question de savoir si la séparation était le bon choix. Ton enfant a perdu quelque chose de réel. Toi aussi. Ton co-parent aussi. On peut reconnaître la perte sans revenir, rétroactivement, sur la décision.
Catégorie 5 : le chagrin qui arrive sans contenu précis
Tu ressens du chagrin et tu ne sais pas sur quoi il porte. C’est juste du chagrin, diffus, présent, sans foyer.
Ce chagrin, c’est le corps qui digère ce que l’esprit conscient a déjà dépassé. Une partie de ce qui était mis sous le boisseau dans le couple remonte encore. Une partie de ce qui était mis sous le boisseau à l’étape 1 remonte encore. Le corps ne demande pas la permission ; il fait remonter ce qui a besoin de remonter.
C’est le genre de chagrin le plus à même de produire de la honte, parce que tu ne peux pas l’expliquer. On dirait une météo émotionnelle sans cause. Le laisser arriver sans l’analyser est en général le bon mouvement.
Quoi faire de la honte elle-même
Cinq pratiques.
1. Nommer la honte quand elle se présente
Quand la vague de chagrin arrive et que la honte atterrit à côté, nomme-les comme deux choses séparées. Voici une vague de chagrin. Voici de la honte au sujet de la vague de chagrin. Ce sont deux choses, pas une.
Le fait de nommer les sépare. Une fois séparées, tu peux être avec le chagrin sans avoir aussi à gérer le sentiment qui le double.
2. Baisser l’attente culturelle
Le scénario culturel qui dit que tu devrais en avoir fini au sixième mois est faux pour la plupart des parents. Le chagrin d’une longue relation s’intègre sur des années, pas des mois. L’attente plus basse produit moins de honte et une auto-évaluation plus juste.
Un repère interne qui marche : je m’attends à avoir des vagues de chagrin là-dessus pendant plusieurs années encore. Elles deviendront plus petites et plus rares. Elles ne s’arrêteront pas.
3. Ne pas jouer la comédie d’aller bien
L’instinct, quand le chagrin arrive au mauvais moment, c’est de jouer la personne qui va bien pour les gens autour de toi. La comédie est épuisante et renforce la honte. Une brève reconnaissance (c’est dur pour moi aujourd’hui) suffit ; le spectacle n’est pas exigé.
4. Ne pas te comparer à l’état apparent de ton co-parent
Ce à quoi ton co-parent ressemble vu de l’extérieur n’est pas une information fiable. Il ne va pas réellement bien le vendredi soir parce qu’il a posté une photo de dîner. L’état visible est une fraction soignée de l’état réel. Arrête de mesurer ton chagrin à la version imaginée du sien.
5. Trouver une personne capable de recevoir le chagrin tardif sans chercher à le gérer
Les amis des débuts n’arrivent souvent pas à rester avec un chagrin au-delà du sixième mois. Ils te veulent rétabli. Un bon témoin de chagrin tardif peut le recevoir sans avoir besoin qu’il se résolve. Cette personne peut être un ou une psy, un frère ou une sœur, un vieil ami, quelqu’un de ton entourage qui a une vraie aisance avec le chagrin.
Tu n’en as pas besoin de beaucoup. Tu en as besoin d’une.
Comment parler d’un chagrin qui dure
Quand le sujet vient avec les gens autour de toi, voici trois cadrages qui marchent mieux que le scénario culturel.
1. Parler d’intégration, pas de guérison. Je n’en suis pas exactement remis. Je l’ai intégré. Le chagrin vient encore, juste moins souvent et moins longtemps.
Ce cadrage ne demande pas à l’autre de te consoler. Il ne laisse pas non plus entendre que tu es coincé. Il décrit avec justesse là où tu en es.
2. Ne pas s’excuser du chagrin. Désolé, je sais que je devrais avoir passé ça depuis le temps invite l’autre soit à te rassurer, soit à te donner raison. Ni l’un ni l’autre n’est utile. Saute les excuses.
3. Donner à l’autre quelque chose de concret à faire ou à ne pas faire. Ne t’inquiète pas de trouver les bons mots, le simple fait que je puisse en parler suffit. Ça apaise l’anxiété de l’autre sur la façon d’aider, ce qui souvent le rend, justement, plus capable d’aider.
Quand le chagrin qui dure demande plus d’attention
La plupart du temps, un chagrin de fin d’étape 2 qui dure est normal et ne demande pas d’intervention au-delà de ce que décrit cet article. Quelques signaux qui justifient plus d’attention :
- Les vagues gagnent en intensité ou en fréquence au lieu de baisser.
- Le chagrin produit une gêne qui t’empêche de fonctionner (travail, présence à ton enfant, sommeil, appétit).
- Tu prends des substances pour le gérer.
- Le chagrin s’accompagne de pensées suicidaires ou de pensées persistantes de te faire du mal.
- Le contenu du chagrin a glissé du registre de la perte vers le désespoir, l’absence d’issue.
- Le chagrin est au même niveau qu’au deuxième mois.
Dans chacun de ces cas, cet article ne suffit pas. Le bon mouvement, c’est une conversation avec un ou une psy (article 26), ou une consultation chez ton médecin traitant si les symptômes sont sévères.
En bref
Cinq sources de honte autour du chagrin tardif :
- Le délai court du scénario culturel.
- Les progrès dans d’autres domaines.
- Les amis ont arrêté de prendre des nouvelles.
- Pas de déclencheur précis aujourd’hui.
- Ton co-parent semble avoir tourné la page.
Cinq catégories de chagrin de fin d’étape 2 :
- Le chagrin de l’avenir imaginé.
- Le chagrin de celui que tu étais.
- Le chagrin qui prend en embuscade dans les bons moments.
- Le chagrin au nom de ton enfant.
- Le chagrin sans contenu précis.
Cinq pratiques pour la honte :
- Nommer la honte et le chagrin comme deux choses séparées.
- Baisser l’attente culturelle.
- Ne pas jouer la comédie d’aller bien.
- Ne pas te comparer à l’état apparent de ton co-parent.
- Trouver une personne qui reçoit bien le chagrin tardif.
Quand alerter :
- Des vagues qui s’intensifient au lieu de baisser.
- Une gêne qui empêche de fonctionner.
- Une gestion par les substances.
- Des pensées suicidaires.
- Un contenu qui a glissé vers le désespoir, l’absence d’issue.
- Le même niveau qu’au deuxième mois.
Pour finir
Le chagrin du septième mois est encore en train de faire son travail. La honte ne l’accélère pas ; elle le rend juste plus solitaire.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.