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Months 3 To 12

Voir l’autre comme une personne à part entière, pas comme un personnage de ton histoire

By the dip team · 10 min de lecture

Voir l’autre comme une personne à part entière, pas comme un personnage de ton histoire

Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 32 · Wave 2


À l’étape 2, tu as cessé de voir le co-parent tel qu’il est vraiment. Il est devenu un personnage de ton histoire : l’antagoniste, la déception, la-personne-qui-a-fait-X. La personne réelle qu’il est aujourd’hui, avec sa propre vie intérieure et sa propre version de l’année écoulée, s’est effacée.

Cet article explique pourquoi cet effondrement se produit, ce qu’il te coûte concrètement, la pratique en quatre étapes pour restaurer la séparation entre ton récit et la personne réelle, quoi faire de ce que tu découvres, et l’asymétrie dont il faut avoir conscience.

Pourquoi ça arrive

Dans le mariage, tu voyais le co-parent comme une personne à part, assez régulièrement. Tu n’étais pas d’accord avec lui, il t’exaspérait, tu ne le comprenais pas, mais le plus souvent tu savais qu’il avait sa propre pensée, ses propres raisons, sa propre vie intérieure, distincte de ton récit à son sujet.

Dans la période qui précède la séparation, ça commence à s’effondrer. Le co-parent se trouve de plus en plus représenté, dans ton esprit, par les choses précises qui ont justifié la fin : ses pires schémas, les moments de tension les plus nets, les comportements qui ont rendu le mariage intenable. La complexité de qui il était se comprime dans le récit qui explique pourquoi le mariage a pris fin.

À l’étape 2, cette compression est presque achevée. Le co-parent, dans ta tête, est un personnage. Le personnage a moins de dimensions que la personne réelle n’en a jamais eu. Tu interagis maintenant chaque jour avec ce personnage, par messages et par échanges, et c’est le personnage qui fait l’essentiel du travail dans la façon dont tu réagis.

Ce n’est pas malveillant. C’est protecteur. La compression a rendu le départ possible. Le récit a tenu la décision ensemble. Mais une fois la décision prise et la relation en train de se réorganiser en co-parentalité, le personnage comprimé se met à coûter plus qu’il ne protège.

Ce que ça coûte vraiment

Quatre coûts concrets à continuer de lire le co-parent comme un personnage plutôt que comme une personne à part entière.

Coût 1 : une mauvaise lecture des messages

Un message d’organisation neutre passe au filtre du personnage. Le personnage est hostile, donc le message est lu comme hostile. Tu réponds à l’hostilité imaginée. L’échange dégénère. (Voir les articles 31 et 38.)

Un message tout à fait raisonnable du co-parent au sujet des horaires de récupération se transforme en dispute de 200 mots, parce que ta lecture y a chargé les pires traits du personnage sur un texte de six phrases.

Coût 2 : une capacité de négociation réduite

Quand tu dois négocier quelque chose avec le co-parent, un changement de planning, une décision financière, un sujet concernant les enfants, le personnage rend la négociation plus difficile. Tu ne négocies pas avec la personne réelle ; tu négocies avec les réponses que tu prêtes au personnage.

Les réponses du personnage sont en général moins raisonnables que ne le seraient celles de la personne réelle. Tu finis, soit par surfortifier ta position (puisque le personnage va résister), soit par concéder d’avance (puisque le personnage va manipuler). Ni l’un ni l’autre ne produit de bons résultats.

Coût 3 : de l’énergie épuisée

Entretenir le personnage demande du travail. Il faut se le rappeler, le renforcer, le garder cohérent. Chaque interaction passe par son filtre. Chaque message est interprété à sa lumière. Au fil des mois, c’est réellement fatigant, d’une façon que le simple fait de voir une personne ne l’est pas.

L’énergie qui part dans l’entretien du personnage, c’est de l’énergie que tu n’as pas pour le reste de ta vie.

Coût 4 : l’expérience de tes enfants, déformée

L’expérience que tes enfants ont du co-parent est en partie façonnée par la tienne. Si tu traites le co-parent comme un personnage, les enfants le captent, même quand tu crois ne rien en montrer. Ils apprennent à traiter, eux aussi, le co-parent comme un personnage, ce qui abîme leur relation avec ce parent, et au bout du compte leur propre idée de la façon dont fonctionnent les relations.

C’est le coût que la plupart des parents sous-estiment. Le personnage n’est pas un modèle intérieur privé. Il déborde.

La pratique en quatre étapes

Le travail n’est pas d’aimer davantage le co-parent, de lui faire plus confiance, ou d’excuser ce qu’il a fait. C’est de restaurer la reconnaissance qu’il est une personne à part, avec son intérieur, sa version des faits, son état du moment, à côté de tout ce que tu sais d’autre à son sujet.

Étape 1 : repérer le personnage

Demande-toi : quelle est la version du co-parent qui tourne dans ma tête en ce moment ? Écris-la, brièvement. Deux ou trois phrases.

La plupart des parents produisent quelque chose comme : C’est la personne qui [comportement précis]. Il ne [manquement précis]. Il fait toujours [schéma précis]. Il ne fait jamais [absence précise].

Ça, c’est le personnage. Ce n’est pas forcément faux. C’est juste comprimé. La compression, c’est ça le problème.

Étape 2 : repérer ce qui manque

Demande-toi : qu’est-ce qui est vrai chez lui, en tant que personne, que le personnage ne contient pas ?

C’est l’étape la plus difficile. Quelques pistes :

  • À quoi tient-il, que le personnage ne reflète pas ?
  • Qu’est-ce qui est dur pour lui en ce moment, que le personnage ne reconnaît pas ?
  • De quoi a-t-il peur ?
  • Que veut-il pour sa vie, qui n’a rien à voir avec toi ni avec le mariage ?
  • En quoi est-il doué, que le personnage ignore ?
  • De quoi pourrait-il avoir honte dans la façon dont le mariage s’est terminé ?

Tu n’as pas à aimer les réponses. Tu n’as pas à ressentir de la compassion. Tu as seulement à reconnaître que les réponses existent, même si tu ne les connais pas précisément.

Étape 3 : tenir les deux à la fois

Le personnage n’est pas effacé. Les comportements que tu as notés à l’étape 1 sont toujours réels. Ils ont bien eu lieu. Ils continuent d’éclairer ta façon de fonctionner avec le co-parent.

Mais les dimensions que tu as notées à l’étape 2 sont réelles, elles aussi. Elles existent, elles aussi. La personne réelle, c’est l’intégration des deux : les traits difficiles et les traits humains.

Tenir les deux en même temps est inconfortable au début. Ça donne l’impression de trahir le récit de la séparation. C’est aussi inconfortable parce que la personne intégrée est plus difficile à détester, plus difficile à balayer, plus difficile à gérer avec des scripts simples.

Reste avec l’inconfort. La vue intégrée est plus juste. Le personnage était plus facile ; la vue intégrée est vraie.

Étape 4 : agir depuis la vue intégrée

Dans les interactions concrètes, messages, échanges, décisions, fais une pause avant de répondre et demande-toi : est-ce que je réponds au personnage ou à la personne réelle ?

Si c’est au personnage, réécris.

La version réécrite, en général :

  • Est plus courte.
  • Fait moins de suppositions sur les intentions.
  • Pose la question qui doit être posée, sans la charge.
  • N’essaie pas de marquer les points que le personnage aurait marqués.

Le personnage produit des messages de 300 mots. La vue intégrée produit des messages de 30 mots. Les deux peuvent transmettre la même information ; la version intégrée produit moins de réaction.

Ce que tu vas découvrir

Quelques choses qui remontent souvent quand les parents font ce travail.

Découverte 1 : le co-parent est fatigué, lui aussi

La personne avec qui tu interagis fait, elle aussi, le travail d’après-séparation. Elle est, elle aussi, épuisée. Elle aussi gère l’organisation, traverse le deuil, s’occupe des enfants, fait face à ses propres histoires intérieures.

Reconnaître sa fatigue n’excuse pas son comportement. Mais ça explique une partie de la sécheresse que tu as peut-être lue comme de l’hostilité. Les gens fatigués sont plus secs. Il était fatigué dans le mariage aussi ; tu l’absorbais. Maintenant tu le lis à froid, et ça atterrit plus fort.

Découverte 2 : le co-parent aussi fait son deuil

Que ce soit lui qui ait amorcé la séparation ou toi, il fait le deuil de quelque chose : le mariage, l’avenir qu’il imaginait, la version de lui-même qui vivait dedans, parfois toi en particulier. Le deuil façonne son comportement. Tu peux le voir si tu regardes.

Tu n’as pas à gérer son deuil. Tu n’as pas à y être présent. Tu as seulement à remarquer qu’il existe, à côté de tout le reste.

Découverte 3 : il a des reproches légitimes à te faire

Si tu es honnête, il a probablement une ou deux observations justes à ton sujet, qui ont émergé dans le mariage. Une partie de ce qu’il a dit n’était pas injuste. La version « personnage » te permet de balayer tous ses reproches, parce que le personnage n’est pas fiable. La vue intégrée t’oblige à en prendre une partie au sérieux.

C’est inconfortable. Ça fait aussi partie du fait de grandir à travers la séparation, plutôt que de seulement passer à côté.

Découverte 4 : il a changé

Le co-parent du quatrième mois après la séparation n’est pas le co-parent de la fin du mariage. Le temps et les circonstances l’ont déplacé. Le personnage repose sur la version de la fin du mariage. La personne réelle d’aujourd’hui est différente : peut-être un peu mieux, peut-être un peu moins bien, peut-être simplement différente.

Mettre le modèle à jour produit des interactions plus justes. (Voir l’article 33 pour aller plus loin.)

Découverte 5 : il t’arrive de regretter sa présence

Celle-ci remonte en dernier, et c’est la plus difficile. Le personnage était plus facile à laisser derrière soi. La personne intégrée, dimensions humaines comprises, l’est moins. Parfois, quand tu le vois clairement, tu sens une petite vague de manque.

Ce n’est pas un signal pour te remettre ensemble. C’est une information. Le mariage a pris fin pour des raisons qui n’ont pas changé. La vague de manque, c’est le deuil de la personne précise que tu as perdue, séparé de la question de savoir si la perte était le bon choix.

L’asymétrie dont il faut avoir conscience

Une note brève, mais importante. Le co-parent, lui, ne fait peut-être pas ce travail.

Beaucoup de co-parents fonctionnent encore avec leur version « personnage » de toi. Ils lisent tes messages à travers ce personnage. Ils répondent à l’antagoniste imaginé qu’ils ont construit, pas à la personne que tu es vraiment.

Quelques implications.

1. Tu n’as pas à attendre l’autre. Ce travail est pour toi. Le faire ne demande pas que l’autre le fasse aussi. Tu gagneras à fonctionner avec un modèle plus juste de lui, quel que soit le modèle avec lequel il fonctionne de toi.

2. Il risque de mal lire tes changements. Si tu te mets à répondre plus calmement, la version « personnage » de toi dans sa tête sera peut-être déroutée. Pourquoi est-ce qu’il est gentil, qu’est-ce qu’il prépare ? C’est lui qui se met à jour lentement. Ne le prends pas pour toi. Continue de fonctionner depuis la vue intégrée ; son modèle finira par se mettre à jour aussi.

3. Certains co-parents ne se mettent jamais à jour. Un petit pourcentage continuera de fonctionner indéfiniment avec la version « personnage ». Ne rends pas ton travail conditionnel au sien. Le travail est sa propre récompense.

4. L’exception : le danger réel. Si le comportement actuel de ton co-parent est dangereux, une menace physique, financière ou psychologique, le travail de la vue intégrée ne s’applique pas de la façon décrite ici. La vigilance est appropriée. Le personnage qui te protège dans les situations dangereuses n’est pas une déformation ; c’est une lecture juste.

Pour les situations réellement dangereuses, cet article ne s’applique pas, et tu as besoin d’un soutien spécialisé plutôt que d’exercices pour te mettre à la place de l’autre.

En bref

Quatre coûts à traiter le co-parent comme un personnage :

  1. Une mauvaise lecture des messages.
  2. Une capacité de négociation réduite.
  3. De l’énergie épuisée.
  4. L’expérience de tes enfants, déformée.

La pratique en quatre étapes :

  1. Repérer le personnage (écrire 2 à 3 phrases).
  2. Repérer ce qui manque (se demander : qu’est-ce qui est vrai que le personnage ne contient pas).
  3. Tenir les deux à la fois (le contenu du personnage demeure ; les dimensions humaines existent aussi).
  4. Agir depuis la vue intégrée (faire une pause avant de répondre, réécrire si l’on répond au personnage).

Cinq choses qui remontent souvent :

  1. Il est fatigué, lui aussi.
  2. Il fait son deuil, lui aussi.
  3. Il a au moins un reproche légitime à te faire.
  4. Il a changé depuis le mariage.
  5. Il t’arrive de regretter sa présence.

Notes sur l’asymétrie :

  • Tu n’as pas à attendre l’autre.
  • Il risque de mal lire tes changements.
  • Certains ne se mettent jamais à jour.
  • Le danger réel est une exception, la vigilance s’applique.

Pour finir

Le personnage était plus facile. La vue intégrée est vraie. La vue intégrée produit de meilleurs résultats pour toi, pour lui, et pour les enfants.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.