
Étape 2 · Mois 3 à 12 · Article 30 · Wave 2
L’étape 2 ne te demande pas seulement de faire des choses nouvelles. Elle te demande de t’autoriser à les désirer. Pour beaucoup de parents, la seconde partie est plus dure que la première.
Cet article explique la différence entre la capacité à désirer et la permission de désirer, pourquoi cette permission se bloque précisément chez les parents qui sortent de longs mariages, six blocages courants et comment les reconnaître, les cinq pratiques qui restaurent la permission, et quoi faire quand les désirs entrent en conflit, entre eux ou avec tes responsabilités.
La capacité, et la permission
Deux choses bien distinctes se jouent à la fin de l’étape 1 et au début de l’étape 2.
La capacité à désirer, la neurochimie, les circuits du plaisir, le système de l’appétit, le fait de remarquer ce qu’on préfère, revient à peu près entre le 3e et le 7e mois. (Voir les articles 21, 22 et 63.) C’est automatique ; ça se fait, que tu y travailles ou non.
La permission de désirer, le sentiment intérieur que désirer est autorisé, qu’agir selon ses désirs est acceptable, que poursuivre ce qu’on veut est légitime, ne revient pas toute seule. Chez beaucoup de parents, elle doit être reconstruite, volontairement.
La capacité sans la permission, ça produit un état frustrant : tu sens un désir clairement, parfois fort, et tu l’étouffes aussitôt. Tu te regardes presque faire quelque chose, puis ne pas le faire. Le désir est là. La permission, non.
L’essentiel du travail de réinvention de l’étape 2 consiste à restaurer la permission. La capacité, elle, se débrouille très bien toute seule.
Pourquoi la permission se bloque après un long mariage
Six schémas, hérités des longs mariages, ont tendance à étouffer la permission de façon particulière. La plupart des parents en reconnaissent trois ou quatre.
Schéma 1 : la négociation par anticipation
Dans un long couple, la plupart des désirs étaient négociés avant d’être suivis d’effet. Est-ce qu’on peut se le permettre ? Est-ce que ça marche pour nous deux ? Est-ce que ça va créer des frictions ? La négociation était devenue automatique.
Après la séparation, la négociation n’a plus de partenaire. Mais l’habitude persiste. Tu produis un désir, tu lances aussitôt la négociation contre un partenaire imaginaire, et le désir est, soit modifié, soit abandonné.
Schéma 2 : la défensive par anticipation
Si le mariage comptait un partenaire critique ou sceptique, tu as peut-être appris à anticiper la critique de tes désirs avant même qu’ils n’apparaissent. Il va trouver ça idiot. Elle va lever les yeux au ciel. On va me demander si j’en ai vraiment besoin.
Après la séparation, le critique n’est plus là. L’anticipation, elle, est restée. Le désir est défendu avant même d’avoir été formulé.
Schéma 3 : l’habitude d’étouffer pendant les tensions
Dans une fin de mariage difficile, tu as peut-être appris à étouffer tes désirs pendant les périodes de tension, pour réduire les frictions. C’était stratégique ; ça maintenait la paix.
Après la séparation, il n’y a plus de tension à apaiser. Mais l’habitude de guerre continue. Le désir semble dangereux à formuler, même quand rien de dangereux ne se produirait.
Schéma 4 : le désir comme question morale
Certains mariages, et certaines éducations, présentaient le désir comme de l’égoisme. Désirer, c’était le contraire d’être un bon partenaire ou un bon parent. Vouloir son propre temps, ses propres goûts, ses propres préférences, c’était associé au fait de laisser tomber les autres.
Après la séparation, ce cadre produit de la culpabilité, jusque dans les plus petits gestes de désir. Le désir ressemble à un manque de générosité avant même d’avoir eu une chance d’être jugé sur ce qu’il vaut vraiment.
Schéma 5 : l’identification au sacrifice
Certains parents tirent une identité du fait d’être celui ou celle qui se sacrifie. Le sacrifice lui-même est devenu une partie de qui tu te comprenais être. Désirer des choses vient compliquer cette identité.
Si tu as été le parent qui renonce à des choses pour les enfants, le ou la partenaire qui absorbe les coûts pour le couple, le membre de la famille qui gère ce que les autres ne géreraient pas, la vie d’après-séparation met cette identité à l’épreuve, en retirant les structures qui produisaient les sacrifices. Désirer ressemble à une trahison de la personne que tu étais.
Schéma 6 : la punition attendue
Si le mariage comportait des conséquences à affirmer ses désirs, une punition pure et simple, du retrait, de l’escalade, des complications, tu as été conditionné à attendre des conséquences au désir. Le conditionnement est au niveau du corps, pas seulement de la tête.
Après la séparation, le dispositif de punition a disparu, mais le corps l’attend encore. Le désir déclenche un mouvement de recul, par anticipation. Le recul devient l’étouffement.
Comment reconnaître quel schéma tourne
Chaque schéma a une signature reconnaissable, dès qu’on ralentit pour l’observer.
- La négociation par anticipation : la voix intérieure qui lance est-ce que je peux me le permettre / est-ce que ça marche avant même que tu aies fini de remarquer le désir.
- La défensive par anticipation : la voix intérieure qui lance on va trouver ça idiot à propos de désirs dont personne ne saura rien.
- L’habitude d’étouffer pendant les tensions : le désir semble dangereux à formuler, alors qu’il n’y a aucun danger.
- La question morale : la culpabilité arrive avant le plaisir, quand tu t’imagines suivre le désir.
- L’identification au sacrifice : le désir ressemble à une trahison de qui tu as été.
- La punition attendue : le corps a un petit mouvement de recul quand le désir arrive.
La plupart des parents en reconnaîtront trois ou quatre. Cette reconnaissance est le premier pas pour les désamorcer.
Les cinq pratiques qui restaurent la permission
Voici les pratiques qui, appliquées tout au long de l’étape 2, reconstruisent la permission. Ce ne sont pas des affirmations positives. Ce sont des micro-actions répétées.
Pratique 1 : de petits désirs, suivis d’effet en moins de 48 heures
La permission se reconstruit par la preuve, pas par la croyance. Le moyen le plus fiable de produire de la preuve, c’est de suivre de petits désirs, assez petits pour ne pas déclencher tout le mécanisme d’étouffement, dans les 48 heures où tu les remarques.
Une tasse différente. Un livre acheté sur un coup de tête. Un repas dans un endroit qui t’intriguait. Une chanson mise à fond. Un après-midi de libre.
Chaque petit désir suivi d’effet est un dépôt de permission. Au fil des semaines, les dépôts s’accumulent. Le système se met à jour : désirer et faire n’a produit aucune catastrophe ; donc désirer et faire est autorisé.
Pratique 2 : nommer le blocage quand il se déclenche
Quand tu te surprends à étouffer un désir, nomme lequel des six schémas est à l’œuvre. Ça, c’est la négociation par anticipation, ou ça, c’est la punition attendue.
Nommer n’arrête pas le blocage sur-le-champ. Mais ça interrompt son automatisme. Au fil des semaines, les blocages nommés perdent de leur force.
Pratique 3 : agir contre le blocage, pas contre le désir
Quand le blocage se déclenche, ne le combats pas de front. Agir contre le désir le rend plus dangereux. À la place, agis malgré le blocage. Fais la petite chose. Remarque le blocage qui se déclenche. Fais la chose quand même. Le blocage s’apaise, non par l’argument, mais par l’expérience répétée d’être ignoré sans conséquence.
Pratique 4 : distinguer tes désirs de ceux que tu as absorbés
Une partie de ce que tu crois désirer, c’est ce que tu as appris à désirer pendant le mariage. Certains de tes goûts, de tes préférences, de tes choix ont été façonnés par ce que le couple proposait en modèle, ou exigeait.
Un exercice utile : toutes les deux ou trois semaines, écris cinq choses que tu désires en ce moment. Puis demande-toi : est-ce que tu les désirerais encore si personne ne t’avait jamais dit que c’est ça qu’il faut désirer ? Les réponses révèlent quels désirs sont les tiens et lesquels ont été absorbés.
Les désirs absorbés n’ont pas à disparaître. Certains sont très bien. Mais la distinction compte pour la permission, parce que les désirs absorbés ne restaurent pas la permission comme le font les désirs qui viennent vraiment de toi.
Pratique 5 : traiter les désirs comme une donnée, pas comme un projet
Un désir n’est pas un engagement. Désirer quelque chose ne veut pas dire que tu dois le faire. Ça veut dire que tu as remarqué quelque chose de ton état du moment.
Traiter les désirs comme une donnée, des informations sur qui tu es maintenant, réduit la pression sur chacun. C’était la pression qui rendait l’étouffement plus probable.
Tu peux désirer quelque chose, décider de ne pas le faire pour l’instant, et garder quand même le désir comme information. L’information ne disparaît pas quand tu ne passes pas à l’acte. Elle s’accumule jusqu’à former une image de qui tu es devenu.
Quand les désirs se heurtent aux responsabilités
Une vraie complication. Certains désirs entrent en conflit avec les responsabilités que tu as envers tes enfants, avec la dynamique du co-parent, avec tes finances, ou ton travail.
Quelques principes pour t’y retrouver.
Principe 1 : les responsabilités n’annulent pas d’office les désirs
L’existence d’un conflit ne veut pas dire que le désir est mauvais, ou qu’il doit être étouffé. Le conflit est une information : il te dit que le désir va demander une négociation avec le réel.
Beaucoup de parents après une séparation surcorrigent ici : ils traitent chaque désir qui se heurte à une responsabilité comme la preuve qu’il n’aurait pas dû apparaître. Ça produit une vie entièrement façonnée par les responsabilités, ce qui produit du ressentiment, ce qui finit par abîmer les responsabilités elles-mêmes.
Principe 2 : modifier le désir, ne pas le supprimer
Un désir de voyage en solo qui se heurte au rythme des enfants ne s’éteint pas. Il se remodèle en une version plus petite (un week-end plutôt que deux semaines), ou se reporte (quand ils seront plus grands), ou se réalise en partie (une excursion d’une journée).
Modifier préserve le désir comme donnée tout en l’intégrant au réel. Supprimer le renvoie, étouffé, dans le système, où il a tendance à ressortir de façons moins constructives.
Principe 3 : certains désirs révèlent des responsabilités à réorganiser
Parfois, ce n’est pas le désir qui est déraisonnable ; ce sont les responsabilités qui sont mal organisées. Je veux une soirée par semaine pour moi peut révéler que la garde des enfants te surcharge en ce moment, pas que le désir est égoïste.
Les désirs peuvent être de bons indicateurs pour savoir si ta vie actuelle est tenable. Une série de désirs sans cesse bloqués par les responsabilités te dit peut-être que ces responsabilités ont besoin d’être redistribuées.
Principe 4 : ne pas faire des enfants la raison passe-partout
Un schéma fréquent : bloquer ses désirs en invoquant les enfants, alors que les enfants ne sont pas la vraie raison. Je ne peux pas faire ça, les enfants ont besoin de moi. Souvent, c’est vrai. Parfois, c’est une façon de sauver la face pour dire j’ai peur de désirer.
Les enfants ont de vrais besoins. Ils deviennent aussi un blocage commode pour des désirs qui n’ont rien à voir avec eux. Sois honnête sur ce qui se joue vraiment.
Quand la permission reste bloquée
Pour certains parents, les pratiques de cet article ne restaurent pas la permission dans la fenêtre attendue. Au 9e ou au 10e mois, les désirs sont toujours étouffés, de façon constante.
Quelques possibilités.
1. Le mariage était plus dominateur que tu ne l’as reconnu. Les relations d’emprise au long cours produisent des dégâts sur la permission qu’il faut plus que du temps et de petits gestes pour réparer. Si tu le soupçonnes, un ou une psy formée au psychotraumatisme (et non une parole générale) peut s’attaquer aux dégâts de fond.
2. La dépression bloque l’accès à la préférence. Si les désirs ne remontent pas, en même temps que d’autres signes dépressifs discrets (peu d’énergie, aucune attente joyeuse, humeur éteinte), il s’agit peut-être de dépression, pas de permission. L’article 10, et un échange avec ton médecin traitant.
3. La dynamique avec le co-parent est encore active. Si tu es encore dans des tensions régulières avec le co-parent, l’énergie part là-bas et il n’en reste plus pour restaurer les désirs. Fais d’abord baisser la température des échanges avec le co-parent ; la permission revient en général quand le système a de la bande passante.
4. Tu ne t’es pas vraiment autorisé à être séparé. Certains parents, à l’étape 2, traitent encore la séparation comme un état provisoire, même inconsciemment. Tant que tu ne l’assumes pas comme ta vie réelle, la permission de désirer dans cette vie-là ne se restaure pas tout à fait.
En bref
La capacité à désirer et la permission de désirer, deux choses différentes. La capacité revient toute seule. La permission, il faut la reconstruire.
Six blocages hérités des longs mariages :
- La négociation par anticipation.
- La défensive par anticipation.
- L’habitude d’étouffer pendant les tensions.
- Le désir comme question morale.
- L’identification au sacrifice.
- La punition attendue.
Cinq pratiques qui restaurent la permission :
- De petits désirs, suivis d’effet en moins de 48 heures.
- Nommer le blocage quand il se déclenche.
- Agir contre le blocage, pas contre le désir.
- Distinguer tes désirs de ceux que tu as absorbés.
- Traiter les désirs comme une donnée, pas comme un projet.
Désirs et responsabilités :
- Les conflits n’annulent pas d’office les désirs.
- Modifier, ne pas supprimer.
- Certains désirs révèlent un besoin de réorganisation.
- Ne pas faire des enfants la raison passe-partout.
Quand la permission reste bloquée au 9e ou au 10e mois :
- Possibles dégâts d’un mariage d’emprise (psy formée au psychotraumatisme).
- Possible dépression (article 10, médecin traitant).
- Possible dynamique encore active avec le co-parent (faire baisser le contact).
- Séparation pas encore assumée comme ta vie réelle.
Pour finir
La capacité est revenue sans que tu y travailles. La permission, c’est ce sur quoi ça vaut la peine de travailler maintenant.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.