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First 90 Days

Qu’est-ce que tu faisais, le dimanche matin, avant

By the dip team · 9 min de lecture

Qu’est-ce que tu faisais, le dimanche matin, avant

Étape 1 · Les 90 premiers jours · Article 09 · Wave 1


Avant le mariage, avant les enfants, avant toutes ces années qui se sont organisées autour des préférences des autres, tu faisais quelque chose de précis le dimanche matin. Tu ne te rappelles sûrement plus quoi.

Cet article est un exercice délibéré pour le retrouver. Cet exercice compte, parce que le premier geste de réinvention à l’étape 1, ce n’est pas de choisir qui tu veux devenir, c’est de te rappeler qui tu étais déjà, avant que la vie ne te structure dans une forme qui vient de prendre fin.

Cet article explique pourquoi le toi d’avant le mariage est une information utile, propose quatre amorces pour retrouver le souvenir, montre comment tester ce que tu trouves, et que faire de tout ça quand tu n’as pas l’énergie pour un projet.

Pourquoi ça compte dans les 90 premiers jours

Les 90 premiers jours ne sont pas le moment de te construire un nouveau toi à partir de zéro. Tu n’as pas la marge. Mais tu as accès à des informations sur qui tu étais avant que le mariage ne structure ton temps et tes préférences, et certaines de ces informations sont utiles tout de suite.

Trois raisons :

1. Le toi d’avant le mariage avait des préférences que le mariage a absorbées. Certains de tes goûts, de tes rythmes, de tes choix se sont retrouvés rabotés à l’intérieur du couple. Certains compromis valaient la peine. D’autres non, et les préférences perdues t’attendent depuis. Le dimanche matin est une fenêtre à fort levier, parce que c’était en général un créneau très négocié, le moment sur lequel la plupart des couples discutent le plus dur.

2. Se souvenir produit de petites victoires à faible risque. Retrouver une préférence d’un dimanche matin, c’est faisable en un seul week-end. Ça ne demande pas de résoudre toute ta vie. Ça demande un matin à faire une chose.

3. Le toi d’avant le mariage est la seule donnée fiable que tu as en ce moment. Tu ne peux pas encore imaginer le toi d’après la séparation, trop tôt, pas assez de données. Tu ne peux pas non plus te fier entièrement aux relevés du toi-marié, ils sont façonnés par une structure qui prend fin. Mais le toi d’avant le mariage était une vraie personne, avec de vraies préférences, et la trace de qui était cette personne est récupérable.

Quatre amorces pour retrouver le souvenir

Ces amorces marchent mieux que de demander directement qu’est-ce que je faisais le dimanche matin ? La question directe produit du vide. Les amorces indirectes produisent des données.

Amorce 1 : l’appartement de tes 24 ans

Imagine l’appartement, la chambre ou la maison où tu vivais vers 23 ou 24 ans, avant la relation qui est devenue le mariage. Parcours-le dans ta tête.

  • Qu’y a-t-il dans la cuisine ? Qu’est-ce que tu gardais dans le frigo qui n’y serait plus aujourd’hui ?
  • Qu’y a-t-il sur la table de nuit ? Que lisais-tu le soir ?
  • Et la musique ? Qu’est-ce qui passait quand tu rentrais du travail ?
  • Qu’y avait-il aux murs ?
  • Qui venait, et quand ?

Les détails n’ont pas besoin d’être exacts. Tout ce que ton cerveau produit, c’est la donnée. Certaines de ces choses étaient des préférences. Certaines le sont encore, enfouies.

Amorce 2 : le souvenir d’un samedi soir

Choisis un samedi soir précis d’avant ta rencontre avec la personne que tu as épousée. N’importe lequel. Essaie de te rappeler :

  • Où tu étais.
  • Avec qui tu étais.
  • Ce que tu as mangé.
  • Ce que tu portais.
  • À quelle heure tu t’es couché.
  • Comment tu te sentais en rentrant à pied, ou en allant te coucher.

Ne va pas chercher les souvenirs spectaculaires, la soirée folle, la rupture, le grand moment. Prends-en un ordinaire. Le samedi soir ordinaire porte la texture que tu cherches.

Amorce 3 : la chose que tu as arrêtée

Il y a une activité, un loisir, une pratique précise que tu as arrêté quelque part entre la rencontre avec ton conjoint et aujourd’hui. Peut-être plusieurs. La liste peut comprendre :

  • Un instrument de musique.
  • Un sport que tu pratiquais.
  • Un type de cuisine que tu adorais et qu’on ne mangeait jamais à la maison.
  • Un genre de livre ou de film que ton conjoint ne partageait pas.
  • Un rituel hebdomadaire (un café en particulier, une promenade précise, un coup de fil régulier à un vieil ami).
  • Une pratique créative (écrire, peindre, la photo, n’importe quoi).

La plupart des parents peuvent en nommer trois à cinq sans grand effort. La liste, c’est la donnée.

Amorce 4 : la version de ton chez-toi que tu n’as jamais faite

Regarde le logement où tu es maintenant (ou celui que tu es en train de faire tien). Imagine la version que tu aurais faite si le couple n’avait pas façonné les choix.

  • Quelle pièce serait différente ?
  • Quel meuble n’y serait pas ?
  • Qu’y aurait-il aux murs à la place ?
  • Qu’y aurait-il dans la cuisine ?

Tu n’as pas besoin de faire les changements. L’exercice est un diagnostic. Tout ce que tu imagines est une information sur des préférences qui ont été enfouies.

Comment tester ce que tu trouves

Retrouver le souvenir d’une préférence, ce n’est pas la même chose que confirmer que c’est encore ta préférence. Les goûts d’une personne de 24 ans ne sont pas toujours ceux d’une personne de 40. Il faut tester.

Trois tests tout en légèreté :

1. Le test d’un dimanche. Choisis la chose dont tu te rappelles le plus clairement avoir aimée. Passe un dimanche matin à la refaire. Ne t’organise pas autour ; fais-la, simplement.

Si tu lisais dans les cafés, seul, fais ça pendant deux heures. Si tu allais dans un certain genre d’endroit pour le petit-déjeuner, trouves-en un et vas-y. Si tu écoutais un certain genre de musique en cuisinant, fais ça.

Observe ce qui se passe. Le corps sait vite s’il aime encore la chose.

2. Le test de l’énergie. Après ce dimanche, remarque ton énergie le lundi matin. Les préférences retrouvées ont tendance à produire de petits gains d’énergie, mais réels. Si l’activité t’a laissé plus vidé qu’avant, ce n’est peut-être pas une préférence actuelle, c’est peut-être le souvenir d’une ancienne.

3. Le test de la répétition. Refais la même chose le dimanche suivant. Si tu l’attends avec impatience, c’est une préférence actuelle. Si la deuxième fois ressemble à une corvée, c’était un souvenir.

Le test ne cherche pas à avoir raison. Il cherche à recueillir des données, vite, avec peu d’effort.

Que faire de ce que tu trouves

Tu n’as pas besoin de lancer tout un projet de réinvention à partir de là. La marge n’est pas encore là. Ce que tu fais de ce que tu trouves est petit, cumulatif et patient.

1. Laisse les préférences retrouvées guider de petits choix. La prochaine fois que tu choisis ton petit-déjeuner, ou ce que tu mets sur l’enceinte, ou ce que tu fais d’une heure un samedi, penche vers la préférence retrouvée si elle te paraît encore vraie. Un petit choix à la fois.

2. Ne force pas les préférences retrouvées si elles ne prennent pas. Si tu adorais aller au cinéma seul, que tu as essayé le week-end dernier, et que ça t’a paru triste plutôt que retrouvé, ne force pas. Ce n’est peut-être pas une préférence actuelle. Le moment n’est peut-être pas le bon. Tu réessaieras peut-être dans six mois. La liste n’est pas une liste de tâches.

3. Remarque ce que tes enfants voient maintenant. Si tu as réintroduit une ou deux préférences d’avant le mariage, tes enfants vivent maintenant avec un parent qui a un peu plus de texture personnelle que la version-mariage. Ils t’observent. Les observations s’enregistrent. Tu n’as pas à expliquer.

4. Garde la liste, n’agis pas sur tout. La plupart des parents finissent avec une liste de 10 à 20 préférences retrouvées par ce genre d’exercice. Tu n’agiras pas sur toutes. Le fait de les retrouver, c’est l’essentiel de la valeur. Les actions suivront, au fil de l’année ou des deux qui viennent.

Ce que cet article n’est pas

Cet article ne t’encourage pas à :

  • Redevenir qui tu étais à 24 ans. (Tu ne peux pas, et tu n’en voudrais pas.)
  • Faire des changements de vie radicaux pendant les 90 premiers jours. (Ne le fais pas.)
  • Traiter le mariage comme ce qui t’a abîmé. (Ce n’était pas le cas.)
  • Dresser une liste de griefs contre ton conjoint. (Autre article, pas celui-ci.)

C’est un exercice de diagnostic. Le mariage t’a façonné de façons qui convenaient tant qu’il durait. Maintenant il a pris fin, et une partie de ce façonnage mérite d’être examinée, et le toi d’avant le mariage est le point de repère qu’on a sous la main. Sers-toi du repère là où il est utile. Laisse de côté ce qui ne l’est pas.

Que faire si l’exercice produit du chagrin

Parfois, les amorces produisent du chagrin plutôt que du souvenir. J’étais cette personne et je ne sais pas comment y revenir. Ou : J’ai abandonné cette chose pour le mariage, le mariage est fini, et j’ai perdu les deux.

Si ça arrive :

1. Laisse au chagrin son moment. C’est un vrai chagrin, pour une vraie perte. Pas moins valable parce qu’il s’agit d’un loisir ou d’un rituel du dimanche matin. Beaucoup des pertes du mariage sont des pertes de petits selfs précis que tu étais.

2. N’essaie pas de finir l’exercice dans la même session. Le chagrin aura besoin d’un jour ou deux pour faire son travail. Reviens aux amorces plus tard, quand tu le peux.

3. Note ce qui a déclenché le chagrin. La chose perdue précise qui a produit le sentiment le plus fort est souvent la donnée la plus importante. C’est la préférence qui vaut le plus la peine d’être explorée, quand tu seras prêt.

4. Parles-en brièvement à quelqu’un. Un ami, un ou une psy, l’appli de notes. Pas pour mettre à plat, pour marquer le coup. La chose que j’ai perdue : la pratique de la photo que j’ai arrêtée à 28 ans. Je le note ici. Ça suffit.

Mémo express

Les quatre amorces :

  1. L’appartement de tes 24 ans, qu’y avait-il dedans ?
  2. Le souvenir d’un samedi soir, un ordinaire.
  3. La chose que tu as arrêtée, liste-en 3 à 5.
  4. Le chez-toi que tu n’as jamais fait, qu’est-ce qui serait différent ?

Les trois tests :

  1. Le test d’un dimanche, essaie une fois, vois ce qui se passe.
  2. Le test de l’énergie, le repère du lundi matin.
  3. Le test de la répétition, la deuxième fois te le dit.

Que faire de tout ça :

  • Laisse les préférences guider de petits choix.
  • Ne force pas celles qui ne prennent pas.
  • Garde la liste, n’agis pas sur tout.

Pour finir

Le premier geste de réinvention, ce n’est pas de choisir qui devenir. C’est de se rappeler qui tu étais déjà.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.