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First 90 Days

La colère dont personne ne t’avait parlé

By the dip team · 10 min de lecture

La colère dont personne ne t’avait parlé

Étape 1 · Les 90 premiers jours · Article 08 · Wave 2 · Tender


Tu t’attendais au chagrin. Tu ne t’attendais pas à ce genre de colère bien précis. Elle est plus bruyante que le chagrin, moins prévisible, et elle surgit là où tu ne comprends pas, contre le co-parent pour des choses qui ne sont pas tout à fait de sa faute, contre toi-même pour ce que tu as fait ou pas fait, contre des inconnus parce qu’ils ne sont pas assez conscients que tu traverses quelque chose, contre les enfants parce qu’ils ont besoin de choses pour lesquelles tu n’as pas la marge.

Cet article explique ce qu’est vraiment la colère du début de séparation, les six endroits où elle surgit à l’étape 1, pourquoi elle te tombe dessus toute en même temps, quoi faire sur le moment, et ce qu’il faut surveiller dans ton comportement.

Ce qu’est vraiment cette colère

La colère des 90 premiers jours, ce n’est pas la rancune à feu doux d’un long mariage, et ce n’est pas le travail de la colère intégrée de l’étape 2 (article 18). C’est quelque chose de propre à la période aiguë.

Trois choses se produisent en même temps :

1. Les années de colère réprimée remontent. Dans la dernière phase du couple, tu avalais sans doute plus de colère que tu ne le croyais, à choisir de ne pas te disputer, de ne pas remettre les choses sur le tapis, de ne pas envenimer, de ne pas mettre la relation en péril. La séparation retire le mécanisme de répression. L’arriéré remonte.

2. La situation présente est réellement difficile. Même en laissant le passé de côté, le présent produit une colère légitime. Une organisation qui ne fonctionne pas. De l’argent qui manque. Le co-parent qui fait des choses qui te concernent sans que tu aies ton mot à dire. Des amis peu aidants. Le système te jette vraiment des choses qui justifient la colère.

3. Le corps est en réaction de stress. Le cortisol et l’adrénaline en continu abaissent le seuil de la colère. Ce qui aurait produit une légère irritation produit maintenant des éclairs. Ce n’est pas un changement de caractère ; c’est de la chimie. (Voir l’article 06.)

Ces trois sources se combinent pour produire plus de colère que tu n’en as ressentie depuis des années, souvent plus que tu n’en as ressentie à aucun moment de ta vie d’adulte. L’intensité fait peur à certains parents. Les cibles les déroutent. Les deux réactions sont normales.

Les six endroits où elle surgit

La colère du début de séparation arrive à six destinations prévisibles. Savoir laquelle s’allume t’aide à répondre.

1. Contre le co-parent

De la façon la plus évidente. À propos de choses précises qu’il a faites pendant le couple, de ce qu’il fait maintenant, de ce que tu le soupçonnes de pouvoir faire.

La colère contre le co-parent en début de séparation a une texture particulière : elle est souvent rétroactive, te voilà en colère contre quelque chose d’il y a trois ans que tu avais avalé sur le moment. Cette colère ne porte pas vraiment sur le co-parent d’aujourd’hui ; elle porte sur sa version d’avant, celle du couple.

Quoi faire :

  • Ne la lui envoie pas par message. Presque jamais utile. (Voir l’article 35.)
  • Écris-la quelque part où il ne la verra jamais.
  • N’y reviens pas après avoir bu. Ce mélange produit des messages que tu regrettes.

2. Contre toi-même

Pour les années passées dans une situation que tu vois maintenant comme mauvaise. Pour des choses que tu as dites. Pour des choses que tu n’as pas dites. Pour être resté. Pour être parti. Pour les deux.

Quoi faire :

  • Distingue le toi d’avant du toi d’aujourd’hui. (Voir l’article 18.)
  • Repère le critère que tu t’appliques, le plus souvent un critère auquel seul le toi d’aujourd’hui a accès.
  • N’en fais pas des heures de journal intime. La colère contre soi se nourrit de l’attention. Un bref constat suffit.

3. Contre les enfants

C’est celle dont les parents ont le plus honte. La colère contre les enfants ne les vise pas vraiment, ils sont juste les cibles les plus à portée dans les moments où tu es au bout du rouleau. Leurs besoins d’enfant tout à fait normaux (manger, de l’attention, parler, un désaccord sur le temps d’écran) arrivent dans tes moments de plus faible capacité, et la colère monte.

Quoi faire :

  • Repère le moment où tu es à faible capacité, avant la montée. Les signaux avant-coureurs de faible capacité : repas sautés, manque de sommeil, fin de journée, juste après un contact avec le co-parent.
  • Quand la montée se produit, accorde-toi deux minutes avant de répondre. Attends, il me faut une minute. Après, je pourrai t’aider. Va jusqu’à la salle de bains. Respire. Reviens.
  • Si tu as déjà craqué, répare vite. Pardon d’avoir été sec tout à l’heure. Ça n’avait rien à voir avec toi. Je passe une journée difficile. Les enfants vivent un moment réparé tout autrement qu’un moment non réparé.
  • C’est l’un des signaux les plus forts pour aller chercher plus de soutien si le schéma persiste. Voir l’escalade plus bas.

4. Contre les amis et la famille

Pour les mots de travers. Pour le silence quand tu avais besoin de mots. Pour avoir pris le parti du co-parent, ou pour ne pas l’avoir pris. Pour avoir pris de tes nouvelles trop, ou pas assez. Pour ne pas avoir su quoi faire.

La colère contre les amis en début de séparation est à son comble entre la quatrième et la huitième semaine. (Voir l’article 18.)

Quoi faire :

  • Ne coupe pas les ponts entre la quatrième et la huitième semaine. (Je le répète parce que c’est le geste le plus regretté en début de séparation.)
  • Sépare le maladroit-mais-bienveillant du réellement peu aidant. Ils se ressemblent dans cette période ; ils sont différents.
  • Une petite phrase honnête vaut mieux qu’un long processus. J’avais besoin d’autre chose de ta part la semaine dernière. On peut réessayer ?

5. Contre la situation

La difficulté structurelle de la séparation produit une colère diffuse, souvent sans cible. Contre le marché du logement, le système judiciaire, l’organisation autour de l’école, le coût de la garde, la façon dont le monde n’est pas pensé pour les parents seuls.

Quoi faire :

  • Nomme-la comme situationnelle. La colère diffuse devient plus nette quand tu précises ce qui te met en colère.
  • Canalise-la vers ce qui se construit. De meilleures solutions de garde, des systèmes financiers, des structures de soutien. (Voir l’article 18.)
  • Ne la laisse pas retomber sur les gens. La situation n’est la faute de personne, et les gens autour de toi paieront pour une colère déplacée qu’ils n’ont pas méritée.

6. Contre ton propre corps

Pour ne pas dormir. Pour ne pas manger. Pour ne pas arriver à te concentrer. Pour la poitrine serrée, les maux de tête, la façon dont rien ne fonctionne comme d’habitude.

Quoi faire :

  • Reconnais que cette colère est mal dirigée. Le corps est en plein travail de réparation ; être en colère contre lui rend ce travail plus dur.
  • Réponds aux vrais besoins du corps (sommeil, nourriture, mouvement, lumière du jour) plutôt que de l’invectiver pour les symptômes. (Voir l’article 06.)
  • Parle-lui avec douceur plutôt qu’avec dureté. Ça paraît étrange et ça marche.

Quoi faire sur le moment

Quand la colère monte, quatre gestes qui t’achètent le bon geste suivant.

1. Marque une pause de deux minutes avant de faire quoi que ce soit. La plupart des actions destructrices dictées par la colère, en début de séparation, surviennent dans les quatre-vingt-dix secondes après la montée. Deux minutes suffisent en général à laisser le cortex préfrontal se remettre en ligne.

2. Identifie la cible. Laquelle des six s’allume ? C’est souvent un mélange, tu es en colère contre le co-parent, contre toi-même et contre la situation. Nommer le mélange réduit la charge.

3. Identifie ce que la colère veut te faire faire. Envoyer un message. Affronter quelqu’un. Tout plaquer. Prendre une décision. Tout casser. Quelle que soit l’impulsion, nomme-la précisément.

4. Ne fais pas cette chose-là pendant les 24 heures qui suivent. L’action que la colère veut te pousser à faire est presque toujours la mauvaise. Attends un jour. La clarté qui arrive au bout de 24 heures est en général différente de celle qui paraît évidente sur le moment.

Ce n’est pas une règle sur la répression de la colère. C’est une règle sur le moment où l’on agit. La plupart des colères ont besoin d’être ressenties. Presque aucune n’a besoin d’être suivie d’une action dans les deux heures.

Ce qu’il faut surveiller dans ton comportement

Cinq comportements dans lesquels les parents tombent souvent pendant la période de colère du début de séparation.

1. Craquer sur les enfants, puis surcompenser. Le schéma : un moment sec, puis la culpabilité, puis trop de laxisme pour compenser. Ça produit des enfants déboussolés qui n’arrivent plus à lire le signal. Mieux : une brève réparation (pardon d’avoir été sec, je passe une journée difficile, ce n’était pas de ta faute) et on reprend une parentalité normale.

2. Envoyer au co-parent un long message émotionnel. À 23 heures, après une journée difficile, le corps en réaction de stress, le message paraît nécessaire. À 9 heures du matin, il ne l’est jamais. N’envoie pas de messages entre 21 heures et 9 heures dans cette période, si tu peux l’éviter.

3. Tout plaquer. Le travail, des amitiés, des engagements, des loisirs. La colère veut faire table rase. La plupart de ce qu’elle essaie de balayer mérite d’être gardé. Ne prends pas de décisions définitives dans cette période.

4. Boire pour la gérer. L’alcool anesthésie d’abord la colère, puis l’amplifie. Le mélange produit de mauvaises décisions. Consomme moins que d’habitude pendant les 90 premiers jours, surtout dans la seconde moitié de la journée.

5. Affronter des gens que tu évitais. La colère va chercher les affaires non réglées. J’aurais dû dire à cette personne ce que je pensais il y a dix ans. Je devrais appeler ma mère et être enfin honnête. Ces confrontations, tentées dans cette période, tournent en général mal. Attends.

Quand la colère a besoin de plus que cet article

La colère des 90 premiers jours est intense mais en général gérable. Quelques signaux qu’elle a besoin de plus de soutien :

  • Elle est dirigée vers les enfants régulièrement, même légèrement.
  • Elle produit des pensées de te faire du mal, ou d’en faire au co-parent.
  • Elle ne diminue pas au fil des semaines.
  • Elle produit des comportements que tu n’arrives pas à arrêter (envoyer des messages, boire, craquer, tout casser).
  • Elle te fait peur.

Dans chacun de ces cas, une conversation avec un ou une psy ou un médecin est le bon geste. (Voir l’article 26 de l’étape 2 pour en trouver un.) La colère n’est pas une faute morale ; c’est le signal que le système a besoin d’un soutien structuré. Et si tu as des pensées de faire du mal, à toi-même ou à quelqu’un d’autre, n’attends pas : parles-en à ton médecin traitant, ou demande de l’aide tout de suite.

Ce que cette colère devient

Au bout de quatre ou cinq mois, cette colère aiguë se mue en la colère persistante de l’étape 2 (article 18), plus reconnaissable, plus gérable, et plus utile comme information. La forme change ; le travail de la colère continue.

Au bout de deux ans, la colère est devenue surtout de l’information et des limites. Au bout de trois ans, elle est devenue surtout du respect de soi. La colère aiguë, éparpillée, effrayante des 90 premiers jours est une phase, pas un état permanent.

Mémo express

Six endroits où la colère surgit à l’étape 1 :

  1. Contre le co-parent, n’envoie pas de messages.
  2. Contre toi-même, distingue le passé du présent.
  3. Contre les enfants, repère les signaux de faible capacité, répare vite.
  4. Contre les amis et la famille, ne coupe pas les ponts entre la 4e et la 8e semaine.
  5. Contre la situation, canalise-la vers ce qui se construit.
  6. Contre ton propre corps, réponds aux besoins, ne l’invective pas.

Quand la colère monte :

  1. Pause de deux minutes.
  2. Identifie la cible.
  3. Identifie ce que la colère veut te faire faire.
  4. Ne fais pas cette chose pendant 24 heures.

Comportements à surveiller :

  1. Craquer puis surcompenser avec les enfants.
  2. Longs messages émotionnels au co-parent.
  3. Plaquer des engagements.
  4. Boire pour gérer.
  5. Régler des comptes en suspens.

Quand passer à un soutien professionnel :

  • Colère dirigée régulièrement vers les enfants.
  • Pensées de faire du mal.
  • Pas d’atténuation au fil des semaines.
  • Des comportements que tu n’arrives pas à arrêter.
  • Elle te fait peur.

Pour finir

La plupart des colères ont besoin d’être ressenties. Presque aucune n’a besoin d’être suivie d’une action dans les deux heures.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.