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Quand c’est toi qui entretiens les tensions

By the dip team · 12 min de lecture

Quand c’est toi qui entretiens les tensions

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 97 · Wave 3 · Tendre · Revue clinique


Une question plus dure que celle de l’article précédent. Et si la personne qui n’a jamais réussi à se poser, c’était toi. Si le co-parent, lui, a traversé, et pas toi. La rancune est toujours active. Le mariage est toujours rejugé, dans ta tête sinon dans tes messages. Chaque décision partagée pèse encore. Tu le devines parfois dans le miroir des regards prudents de tes amis, chez des proches communs qui ont cessé de te demander où ça en est, dans l’apparente sérénité du co-parent que tu lis comme une mise en scène, mais qui ne l’est peut-être pas.

Cet article parle de la façon de vérifier honnêtement si c’est toi qui entretiens les tensions, des raisons pour lesquelles on reste coincé sans s’en rendre compte, des cinq choses qui doivent se produire pour traverser, de ce qu’on peut faire quand on n’est pas prêt à les faire, et de la trajectoire plus longue du déblocage.

Comment vérifier honnêtement

Le plus dur, quand on est celui ou celle par qui les tensions continuent, c’est que ça se voit mal de l’intérieur. La position semble raisonnable, vue d’où tu es. Cinq vérifications honnêtes.

Vérification 1 : compare ce que tu dis du co-parent à ce que disent les autres

Si ta description du co-parent, comment il est, ce qu’il a fait, ce qu’il fait maintenant, diverge nettement de la façon dont des proches communs le décrivent, cette divergence est une information. Pas une conclusion, mais ça mérite ton attention.

Si les autres le voient comme quelqu’un qui a globalement tourné la page, qui fait de son mieux, parfois pénible mais le plus souvent raisonnable, et que toi tu le vois comme un méchant qui n’en finit pas ou comme quelqu’un de perpétuellement peu fiable, l’écart entre ces deux lectures vaut la peine d’être examiné.

Vérification 2 : compte tes messages

Sur les six derniers mois, combien de fois as-tu initié un contact à propos du mariage, de vieux griefs ou de reproches actuels, plutôt que d’organisation pratique ? Combien de fois as-tu envoyé un message qui faisait monter la température au lieu de la faire baisser ? Quelle longueur faisaient tes messages comparés aux siens ?

Les schémas sont en général clairs quand on prend la peine de compter. Ce décompte surprend souvent les gens.

Vérification 3 : écoute comment ton enfant vous décrit tous les deux

Les enfants sont en général des observateurs fiables. Si ton enfant décrit le foyer du co-parent comme le foyer calme, et le tien comme le foyer tendu, même si toi tu décrirais l’inverse, sa lecture mérite d’être prise au sérieux.

C’est difficile à entendre. C’est aussi l’un des signaux les plus fiables qui soient.

Vérification 4 : regarde ce qui s’améliore et ce qui ne s’améliore pas

Autour de toi, la vie d’après la séparation a avancé. Le choc est passé. L’essentiel du travail concret a été fait. Mais à l’intérieur, la douleur est-elle aussi vive qu’à la première année ? Les mêmes griefs sont-ils toujours aussi bruyants ? La même colère est-elle toujours active ?

Chez la plupart des gens, la douleur s’intègre au fil des années. Si la tienne ne l’a pas fait, c’est une information. Parfois, ce défaut d’intégration parle de toi, pas d’une injustice qui continuerait de venir de l’autre.

Vérification 5 : remarque si tes amis ont cessé de demander

Les amis qui demandaient comment ça se passait avec le co-parent cessent souvent de demander au bout de quelques années. Parfois parce que la situation s’est apaisée. Parfois parce qu’ils n’ont pas envie de continuer à entendre le même contenu. Cet arrêt est parfois diplomatique.

Si tes amis ont visiblement cessé de demander et que tu n’as pas remarqué pourquoi, ce pourquoi vaut peut-être la peine d’être examiné.

Si trois de ces vérifications ou plus renvoient des signaux auxquels tu ne t’attendais pas, c’est peut-être toi qui entretiens les tensions. La prise de conscience est inconfortable. C’est aussi le premier pas pour devenir quelqu’un d’autre que ça.

Pourquoi on reste coincé sans s’en rendre compte

Quelques raisons qui rendent ça difficile à voir de l’intérieur.

1. Les griefs sonnent vrai. L’essentiel de ce que tu crois à propos du co-parent est sans doute largement vrai. Il a fait des choses qui t’ont blessé. Le mariage a bel et bien échoué, d’une manière qui l’impliquait. Le grief a une base factuelle.

Cette base factuelle ne veut pas dire que continuer à entretenir le grief soit sain. Des choses vraies peuvent occuper ta vie de manières malsaines. Le grief peut être exact dans les faits et, en même temps, mener ta vie d’une manière qui ne te sert pas.

2. La position semble moralement claire. Être la partie lésée dans la fin d’un mariage donne souvent un sentiment moral lisible. C’est l’autre qui a fait la mauvaise chose. Pas toi. Cette clarté est satisfaisante. La lâcher donne l’impression d’accepter un flou que tu ne mérites pas.

La clarté morale ne s’en va nulle part si tu lâches le grief. La vérité de ce qui s’est passé reste la vérité. Ce qui change, c’est seulement si tu continues, oui ou non, à organiser ta vie autour d’elle.

3. L’entourage le nourrit parfois. Des amis, de la famille, parfois des thérapeutes, parfois internet : il y a des voix pour confirmer que ton grief est légitime, que le co-parent est mauvais, que rester en colère est approprié. Cette confirmation fait du bien. Souvent, elle retarde le travail.

L’entourage le plus susceptible d’aider est celui qui remet doucement ta lecture en question, pas celui qui la renforce.

4. L’identité s’est construite autour du grief. Tu as passé des années à être celui ou celle qui a été lésé. Tes amis te connaissent comme ça. L’histoire que tu te racontes sur ta propre vie a le grief en son centre. Le lâcher demande de reconstruire une identité, ce qui est plus dur que de maintenir le grief.

C’est la raison la plus difficile. Le grief est devenu toi. Le lâcher donne l’impression de devenir quelqu’un de différent, ce qui est en partie exact, et en partie menaçant.

Les cinq choses qui doivent se produire pour traverser

Si tu as reconnu que tu es coincé, le travail pour traverser a des éléments précis. Cinq choses.

1. Arrête d’alimenter le feu

Le premier geste, c’est de ne plus en rajouter. Plus de nouveaux messages pour rejuger de vieilles affaires. Plus de relectures des anciens messages du co-parent pour re-sentir le grief. Plus de conversations avec des amis ou des proches qui rejouent ce qui s’est passé. Plus de surveillance sur les réseaux. Plus de séances de répétition mentale.

Ça ne résout pas le grief. Ça arrête d’en rajouter. Le grief ne peut pas s’estomper s’il est nourri tous les jours.

Les premières semaines sans alimenter le feu sont inconfortables. Le grief qui cherche du combustible est bruyant. Traverse cette période. L’inconfort diminue.

2. Va chercher un accompagnement thérapeutique adapté

Un ou une psy spécifiquement outillé pour le travail d’après-séparation. Pas un ami qui te donnera raison. Pas un généraliste qui sera compatissant. Un professionnel qui peut t’aider à voir les schémas que tu ne vois pas de l’intérieur.

Le travail thérapeutique sur des schémas jamais apaisés peut être conséquent. N’attends pas une résolution rapide. Attends-toi à un an ou deux de travail, peut-être plus.

Quelques approches qui marchent pour ce genre de blocage : l’EMDR pour le trauma lié à la séparation, une thérapie centrée sur l’attachement pour la rupture plus profonde, les TCC (thérapies cognitivo-comportementales) pour les ruminations, un travail somatique pour ce que le corps retient du grief. Un ou une psy compétent choisira l’approche.

3. Construis une vie qui ne tourne pas autour de l’autre

Les articles 51 à 54 parlaient de la construction de la vie d’après. Si tu es coincé, c’est que cette construction n’a pas pleinement eu lieu. De nouvelles amitiés. Un nouveau travail. De nouveaux projets. De nouveaux centres d’intérêt. Des choses qui n’ont rien à voir avec le co-parent et qui ne compensent pas la perte de la relation.

Le grief occupe de la place. Cette place doit être remplie par autre chose pour que le grief soit délogé. Sans autre contenu, le grief n’a nulle part où aller.

4. Accepte que tu as ta part

La plupart des mariages se terminent avec une part qui revient à chacun des deux. Si ta version de ce qui s’est passé est à sens unique (l’autre a tout fait de travers, toi rien), cette version n’est pas juste.

Ta part n’a pas à être égale. Elle doit juste être réelle. Examiner honnêtement ta part dans ce qui s’est passé fait partie du travail. Cet examen n’est pas là pour te culpabiliser ; il est là pour trouver le tableau plus juste.

Ce travail est dur. Il a aussi tendance à être ce qui fait enfin bouger le grief, parce que le grief reposait sur une histoire à sens unique que tu cesses de te raconter.

5. Pardonne sans te réconcilier

L’article 53 parlait d’un pardon qui n’est pas un oubli. Pour celui ou celle qui entretient les tensions, c’est le travail central. Ici, pardonner ne veut pas dire approuver ce qui s’est passé. Ça veut dire relâcher la prise active que le grief a sur ton présent.

Tu peux pardonner à quelqu’un avec qui tu n’auras jamais de relation plus proche. Tu peux lui pardonner sans le lui dire. Le pardon est pour toi, pas pour l’autre. Le grief a été un poids que tu portais. Le pardon le pose à terre.

Ce qu’on peut faire quand on n’est pas prêt

Certains lecteurs se reconnaîtront dans cet article sans être prêts à faire le travail. Le travail leur semble trop, trop dur, trop prématuré, ou trop injuste.

Trois principes.

1. Pas prêt, ce n’est pas jamais

La plupart des gens coincés à la troisième année bougent quand ils sont prêts. Cette disponibilité arrive parfois des années plus tard que l’idéal. Elle arrive quand même, pour la plupart des gens.

Si tu n’es pas prêt maintenant, c’est là que tu en es. Ne force pas la disponibilité. Continue avec ce que tu peux faire : la discipline du canal, le soin de ton enfant, l’infrastructure de base de la vie d’après. La disponibilité pour le travail plus profond finira par arriver.

2. Réduis les dégâts en attendant

Même sans faire le travail profond, tu peux réduire les dégâts que ton blocage produit. Moins de procès par messages. Moins devant l’enfant. Moins de recrutement des amis et des proches. La réduction des dommages compte, même quand le basculement de fond n’a pas eu lieu.

3. Remarque quand la disponibilité change

Guette-la. Les premiers signes sont en général petits. Une nouvelle lassitude vis-à-vis du grief. Un instant où tu te demandes si tout ça en vaut la peine. Une petite ouverture à envisager que le co-parent a peut-être eu sa propre expérience du mariage.

Quand ces signes apparaissent, prends-les au sérieux. Le basculement commence. Le travail devient possible.

La trajectoire plus longue du déblocage

Pour les gens qui finissent par bouger, la trajectoire a des phases grossières. Trois phases.

Phase 1 : la prise de conscience

La prise de conscience que c’est toi qui es coincé. Cette phase est inconfortable. Elle comporte souvent un deuil de qui tu as été ces dernières années, de la gêne pour ce que tu t’es infligé et ce que tu as infligé aux autres, parfois une auto-critique qui va trop loin.

La prise de conscience, à elle seule, ne suffit pas à produire le changement. C’est la porte, pas la pièce.

Phase 2 : le travail actif

Le travail thérapeutique, la discipline du « ne plus alimenter », la construction d’une vie tournée vers autre chose. Cette phase prend en général de 12 à 24 mois. Elle comporte des changements visibles dans la façon dont tu parles du co-parent, dont tu lui écris, dont tu décris le mariage aux autres.

Les amis le remarquent en général. Parfois le co-parent aussi.

Phase 3 : l’intégration

Le nouveau schéma se stabilise. Le grief, sans être effacé, n’organise plus ta vie. Le co-parent est une personne qui t’a blessé de manières précises, dans un mariage qui s’est terminé, avec qui tu co-parentes désormais. Il n’est plus le centre de ton existence d’après.

Cette phase n’a pas de point final net. C’est une nouvelle normalité qui, comme les autres, passe peu à peu à l’arrière-plan.

Ce que ton enfant gagne à ton travail

Ça mérite d’être nommé. Quand le parent qui entretenait les tensions fait ce travail, la vie de l’enfant change beaucoup. Cinq gains.

1. Le conflit de loyauté se relâche. On ne demande plus à l’enfant de prendre ton parti contre le co-parent. Il peut avoir sa propre relation avec chacun de ses deux parents sans avoir à gérer les tensions entre eux.

2. Son cloisonnement s’assouplit. Il n’a plus à tenir ses deux foyers aussi rigidement séparés. Sa vie s’intègre plus proprement.

3. Les schémas qu’il reproduisait peuvent se défaire. S’il avait commencé à développer ses propres schémas de grief, calqués sur les tiens, ton travail crée de l’espace pour qu’ils s’assouplissent.

4. Il a plus de toi. La bande passante qui faisait tourner le grief redevient disponible pour lui. Ta présence auprès de lui s’approfondit.

5. Il apprend que les adultes peuvent faire ce travail. Voir un parent traverser un blocage lui apprend que c’est possible. La leçon est implicite, mais profonde.

Ce n’est pas un argument pour dire que ton travail devrait être d’abord pour lui. C’est une observation : le travail, fait pour toi-même, a des bénéfices secondaires importants pour lui.

Aide-mémoire

Cinq vérifications honnêtes pour savoir si c’est toi qui entretiens les tensions :

  1. Compare ce que tu dis du co-parent à ce que disent les autres.
  2. Compte tes messages.
  3. Écoute comment ton enfant vous décrit tous les deux.
  4. Regarde ce qui s’améliore et ce qui ne s’améliore pas.
  5. Remarque si tes amis ont cessé de demander.

Quatre raisons pour lesquelles on reste coincé sans s’en rendre compte :

  • Les griefs sonnent vrai (et le sont souvent).
  • La position semble moralement claire.
  • L’entourage le nourrit parfois.
  • L’identité s’est construite autour du grief.

Cinq choses pour traverser :

  1. Arrête d’alimenter le feu.
  2. Va chercher un accompagnement thérapeutique adapté.
  3. Construis une vie qui ne tourne pas autour de l’autre.
  4. Accepte que tu as ta part.
  5. Pardonne sans te réconcilier.

Quand tu n’es pas prêt :

  • Pas prêt, ce n’est pas jamais.
  • Réduis les dégâts en attendant.
  • Remarque quand la disponibilité change.

Trois phases de la trajectoire de déblocage :

  • La prise de conscience (inconfortable, la porte et pas la pièce).
  • Le travail actif (12 à 24 mois en général).
  • L’intégration (la nouvelle normalité passe à l’arrière-plan).

Cinq gains pour l’enfant quand tu fais ce travail :

  • Le conflit de loyauté se relâche.
  • Le cloisonnement s’assouplit.
  • Les schémas reproduits peuvent se défaire.
  • Il a plus de toi.
  • Il apprend que les adultes peuvent faire ce travail.

Si tu lis cet article et que tu te reconnais, cette reconnaissance compte. Demande-toi si une conversation avec un ou une psy spécialisé dans l’après-séparation ne mériterait pas d’être prise cette semaine.

La version la plus dure du travail, c’est d’être celui ou celle qui doit le faire. Le travail reste possible. La volonté, c’est toute la porte.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.