Quand les enfants posent des questions sur Dieu, l’esprit ou le pourquoi
By the dip team · 11 min de lecture

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 78 · Wave 3
Les questions arrivent à des moments imprévisibles. « Maman, est-ce que Dieu vous aime encore, Papa et toi ? » « Si on prie, est-ce que tout redeviendra comme avant ? » « Pourquoi c’est arrivé, si Dieu est bon ? » Les questions des enfants sur le sens, pendant et après une séparation, sont différentes des questions sur le lieu de l’article 03 et des questions à propos des amis de la famille de l’article 114. Ce sont des questions de sens, posées par tes propres enfants, souvent à propos du cadre dans lequel tu les élèves. La façon dont tu y réponds compte, parce qu’ils construisent en partie leur propre relation à ce cadre à travers tes réponses.
Cet article parle de ce que les enfants demandent vraiment, des quatre grandes catégories de questions, de quoi dire pour rester honnête sans les surcharger, de comment t’y prendre quand ta propre foi est fissurée, de comment t’y prendre quand ta foi s’est approfondie, et de quoi faire quand ils posent la question à laquelle tu ne peux pas répondre.
Ce que les enfants demandent vraiment
La question littérale est théologique. La vraie question est en général quelque chose de précis qui les concerne, eux.
Quatre choses fréquentes en dessous.
1. Ils veulent être rassurés que le cadre tient encore. La séparation a ébranlé leur sens de l’ordre. Si Dieu, le dharma ou la structure morale profonde fonctionne encore, le monde reste fiable. La question vérifie si le cadre tient toujours.
2. Ils essaient de comprendre ce qui s’est passé. Les enfants se servent du cadre pour donner du sens aux événements. Le cadre était censé organiser le mariage, la famille, la marche des choses. La séparation n’y rentrait pas. Leur question fait partie du travail pour comprendre comment le cadre explique ce qui n’y rentre pas.
3. Ils testent ce qu’ils ont le droit de penser. Les enfants observent ce que leurs parents tolèrent comme questions. Poser la question, c’est en partie tester si elle peut être soulevée, et à quoi la réponse ressemblera.
4. Ils gèrent leur propre état émotionnel à travers le cadre. Pour les enfants qui ont une foi active à eux, le cadre est une ressource. La question fait parfois partie de l’usage de cette ressource pour gérer ce qu’ils ressentent.
La bonne réponse répond à la question de fond sans faire la leçon. Brève, honnête, calibrée sur l’âge.
Les quatre grandes catégories de questions
Les questions de sens ont tendance à se regrouper.
Catégorie 1 : les questions de justice
« Pourquoi Dieu a laissé faire ça ? » « C’est une punition ? » « On est mauvais ? »
Elles portent sur la justice et sur le rapport du cadre à la souffrance. La question est difficile parce que ce que le cadre dit de la souffrance est souvent la théologie la plus ardue de n’importe quelle tradition.
Quoi dire : bref, honnête, sans prétendre détenir une réponse que tu n’as pas. « Je ne crois pas que ce soit une punition. Je crois que des choses difficiles arrivent parfois, et qu’on ne sait pas toujours pourquoi. On reste aimé à travers les choses difficiles. » Pour un cadrage précisément religieux : « Dieu ne fait pas se séparer les familles. Ce sont les gens qui le font, parfois, quand rester ensemble serait pire. On n’a pas été punis. »
Catégorie 2 : les questions du « est-ce que ça tient encore »
« Est-ce que Dieu aime encore Maman, même si elle est partie ? » « Est-ce que Papa va quand même au paradis ? » « Est-ce qu’on va encore [au lieu de culte] ? »
Elles portent sur le fait de savoir si les promesses positives du cadre s’appliquent encore à ta famille dans sa nouvelle configuration. Ces questions tournent en général autour d’inquiétudes précises que les enfants ont captées quelque part, ce que ta tradition enseigne, des choses qu’on a dites, des choses qui les ont préoccupés.
Quoi dire : une réassurance claire. « Oui. Dieu nous aime toujours tous les deux. Rien dans la séparation ne change ça. » Ou l’équivalent dans les termes de ta tradition. N’élabore pas ; c’est la réassurance qui compte.
Catégorie 3 : les questions du « est-ce que ça peut réparer »
« Si on prie assez fort, est-ce que Papa et toi vous vous remettrez ensemble ? » « Si je suis vraiment sage, est-ce que Dieu fera arrêter tout ça ? »
Elles portent sur le fait de savoir si le cadre peut défaire ce qui est arrivé. Elles révèlent l’espoir, chez un enfant, que le cadre détienne un pouvoir auquel il pourrait accéder par l’effort.
Quoi dire : honnête, doux, sans écraser. « La prière, c’est bien, et ça fait beaucoup de choses. Mais ça ne fait pas revivre ensemble des gens qui ont décidé de vivre séparés. Ce n’est pas à ça que sert la prière. » Fais attention à ne pas saper sa relation à la prière ou à la pratique ; clarifie seulement ce qu’elle peut et ne peut pas faire.
Catégorie 4 : les grandes questions
« Pourquoi est-ce qu’il y a de la douleur ? » « Qu’est-ce qui se passe quand les familles se brisent ? » « Qu’est-ce que notre religion dit du divorce ? »
Ce sont de plus grandes questions de sens, parfois déclenchées par la situation. L’enfant engage avec le cadre à un niveau plus profond qu’avant.
Quoi dire : un cadre bref, puis une invitation à poursuivre la conversation. « C’est une grande question. Les traditions y répondent de différentes façons. La nôtre dit [version brève et honnête]. On peut continuer à en parler. » Ne fais pas un cours ; c’est la porte ouverte dont ils ont besoin.
Être honnête sans les surcharger
Cinq principes.
1. Ajuste la réponse à leur âge
Un enfant de six ans n’a pas besoin du même vocabulaire de sens qu’un ado de quatorze ans. N’essaie pas de transmettre une doctrine qu’ils ne peuvent pas porter. Ne reste pas vague là où ils pourraient comprendre des choses précises.
L’ajustement à l’âge, c’est la même compétence que dans les articles 03 et 114. Le contenu, ici, est différent ; le calibrage est semblable.
2. Ne prétends pas une certitude que tu n’as pas
Si tu ne sais pas pourquoi Dieu a laissé faire ça, ne dis pas que tu le sais. « Je ne sais pas tout à fait pourquoi » est honnête et n’abîme pas leur foi. Prétendre une certitude produit une foi bâtie sur un mensonge, plus fragile qu’une foi bâtie sur une incertitude reconnue.
3. Ne les enrôle pas dans ton cheminement de sens
Ta relation au cadre, que tu sois en train de l’approfondir, de la fissurer, ou quelque part entre les deux, n’est pas leur affaire. Ne leur dis pas que tu n’es plus sûr de Dieu. Ne leur dis pas comment la tradition t’a fait défaut. Ils construisent leur propre relation ; que la tienne ne soit pas le projet sur lequel ils travaillent.
4. Garde la porte ouverte
La plupart des questions de sens ne se règlent pas en une seule conversation. « On peut continuer à en parler » laisse la porte ouverte. L’enfant revient à ses questions au fil des mois et des années.
5. Accepte de dire « je ne sais pas »
C’est le plus difficile pour beaucoup de parents. Dire « Je ne sais pas, c’est une question que je me suis posée moi aussi » est parfois la réponse la plus honnête. Ça apprend aussi à l’enfant que les adultes n’ont pas à avoir tout résolu, ce qui est déjà une leçon de sens en soi.
Quand ta propre foi est fissurée
Si ta relation au cadre est dans la fissure (article 76), les questions des enfants deviennent plus difficiles. Ta réponse honnête n’est pas pleinement disponible. Trois principes.
1. Ne transmets pas la fissure
Quoi qu’il se passe avec ta propre foi, ne fais pas des enfants une partie de ça. « Je ne crois plus à tout ça » lancé à un enfant qui est encore activement dans la tradition est dommageable. Leur foi n’a pas à se fissurer parce que la tienne s’est fissurée.
2. Oriente vers d’autres ressources
Si tu ne peux pas répondre à la question depuis là où tu en es, oriente-les vers des gens qui le peuvent. Le co-parent, s’il porte la tradition. Une personne de confiance dans la communauté. Un enseignant précis. Le catéchisme ou le cours d’éducation religieuse, le cas échéant. « C’est une bonne question pour [telle personne]. Elle pourra en parler avec toi mieux que moi en ce moment. »
3. Sois honnête sur tes limites, sans les détails
On peut dire à un enfant « Je traverse une période difficile avec ma propre foi, mais je veux que la tienne reste solide » sans lui livrer la teneur de la fissure. C’est honnête, adapté à l’âge, et ça le protège d’une matière qu’il n’a pas à porter.
Quand ta foi s’est approfondie
Si ta relation au cadre s’est approfondie (article 75), les questions des enfants se ressentent autrement. Ta réponse honnête est disponible. Deux principes.
1. Ne transforme pas l’approfondissement en leçon
La tentation, quand ta propre foi s’est approfondie, c’est d’enseigner abondamment. Résiste. Des réponses brèves. La profondeur transparaît dans la qualité de la réponse, pas dans sa longueur.
2. Ne relie pas l’approfondissement à la séparation dans leur esprit
« Je suis sorti de cette période difficile avec une foi plus forte, et toi aussi ce sera pareil » met sur l’enfant la pression de produire, lui aussi, un approfondissement. Il le fera peut-être, ou pas ; ça ne se produit pas sur commande. Que ton expérience soit la tienne ; que la leur soit la leur.
Quoi faire quand ils posent la question à laquelle tu ne peux pas répondre
Parfois, la question dépasse vraiment ce à quoi tu peux répondre. « Pourquoi il a fallu que ça arrive ? » posée par un enfant dont tu ne peux pas réparer la douleur.
Trois choses à faire.
1. Reste avec la question, avec eux
Ne te précipite pas pour répondre. La question est en partie une expression de douleur. Rester avec cette douleur, physiquement près d’eux, présent, fait partie de ce dont ils ont besoin.
2. Sois honnête sur le fait de ne pas savoir
« Je ne sais pas. Je me suis posé la même question. Je n’ai pas trouvé de réponse qui marche vraiment. On a tous les deux à continuer de la poser. » C’est honnête, ça ne fait pas semblant, et ça ne les laisse pas seuls avec la question.
3. Affirme ce que tu sais
Même quand le pourquoi reste sans réponse, certaines choses, tu les sais. « Je sais qu’on t’aime tous les deux. Je sais que tu n’es pour rien dans ce qui est arrivé. Je sais qu’on va s’en sortir. » Les parties connues sont des points d’ancrage quand les parties inconnues font du bruit.
Quand la relation des enfants au cadre est différente de la tienne
Parfois, l’enfant développe avec le cadre une relation plus profonde ou plus durable que la tienne. Ça leur parle. Ils veulent participer. Ils ont une foi à eux que tu ne partages pas, ou pas à la même intensité.
Trois principes.
1. Soutiens la leur, même si tu ne la partages pas
Leur relation au cadre est la leur. Soutiens leur participation. Rends possibles les choses concrètes, les emmener aux offices, soutenir leur éducation religieuse, leur permettre de garder leurs pratiques. Ce soutien n’exige pas que tu partages leur foi.
2. Ne sape pas
Ne fais pas de petites remarques dédaigneuses. Ne lève pas les yeux au ciel quand ils prient. Ne leur fais pas sentir que tu trouves leur foi naïve. Le fait qu’ils développent leur propre cadre mérite le respect, même d’un parent qui est ailleurs avec tout ça.
3. Laisse-leur leurs propres référents et leur communauté
Leur développement religieux peut être soutenu par des gens qui ne sont pas toi, le co-parent s’il porte la tradition, des éducateurs religieux, la communauté. Ne sois pas le seul adulte à le façonner. Laisse d’autres y contribuer.
Repères en bref
Quatre choses que les enfants demandent vraiment :
- Être rassurés que le cadre tient encore.
- Comprendre ce qui s’est passé.
- Tester ce qu’ils ont le droit de penser.
- Gérer leur état émotionnel à travers le cadre.
Quatre grandes catégories de questions de sens :
- La justice (pourquoi Dieu a laissé faire ça).
- Le « est-ce que ça tient encore » (les promesses du cadre s’appliquent-elles toujours).
- Le « est-ce que ça peut réparer » (la prière ou la pratique peut-elle défaire ce qui est arrivé).
- Les grandes questions (la douleur, le divorce, ce que dit la religion).
Cinq principes pour rester honnête sans les surcharger :
- Ajuste la réponse à leur âge.
- Ne prétends pas une certitude.
- Ne les enrôle pas dans ton cheminement de sens.
- Garde la porte ouverte.
- Accepte de dire « je ne sais pas ».
Quand ta foi est fissurée :
- Ne transmets pas la fissure.
- Oriente vers d’autres ressources.
- Sois honnête sur tes limites, sans les détails.
Quand ta foi s’est approfondie :
- Ne transforme pas l’approfondissement en leçon.
- Ne relie pas l’approfondissement à la séparation dans leur esprit.
Quand ils posent la question à laquelle tu ne peux pas répondre :
- Reste avec la question.
- Sois honnête sur le fait de ne pas savoir.
- Affirme ce que tu sais.
Quand leur relation au cadre diffère de la tienne :
- Soutiens la leur, même si tu ne la partages pas.
- Ne sape pas.
- Laisse-leur leurs propres référents et leur communauté.
Pour finir
Les questions de sens des enfants, pendant et après une séparation, sont de vraies questions, pas des passades. Réponds-y comme tu voudrais qu’un adulte te réponde : honnêtement, brièvement, avec la porte ouverte pour la prochaine fois.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.