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Quand la prière ne semble plus rien toucher

By the dip team · 11 min de lecture

Quand la prière ne semble plus rien toucher

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 69 · Wave 3


Tu t’assieds pour prier. Ou tu commences la méditation. Ou tu dis les mots que tu dis depuis des années. Et rien ne se passe. Pas ce sentiment de présence que tu ressentais avant. Pas le petit déplacement intérieur. Pas l’apaisement. La pratique déroule ses gestes, et les gestes ne produisent plus ce qu’ils produisaient. La plupart des pratiquants rencontrent ça à un moment ou à un autre, mais ça frappe différemment pendant une séparation, au moment où tu avais besoin que la pratique marche plus que d’habitude.

Cet article parle de ce que sont vraiment les périodes de sécheresse, de pourquoi elles arrivent pendant une séparation en particulier, des quatre schémas courants, de la différence entre une pratique à sec et une pratique fissurée, de quoi faire, et de ce qui arrive souvent de l’autre côté.

Ce que sont vraiment les périodes de sécheresse

La plupart des pratiquants traversent des périodes où la pratique tombe à plat. À travers les traditions contemplatives, ces périodes ont des noms : la nuit obscure, le désert, la traversée du désert, la période de sécheresse. Les noms varient ; l’expérience se ressemble. La pratique continue. Le résultat intérieur, lui, n’est plus là.

Trois traits des périodes de sécheresse.

1. La forme de la pratique est intacte. Tu la fais toujours. La prière, l’assise, le rituel. La forme est reconnaissable de l’extérieur. Quelqu’un qui te regarderait ne verrait rien d’anormal.

2. Le déplacement intérieur ne se produit pas. L’apaisement, la présence, le lien, quoi que ta pratique produise d’habitude à l’intérieur, tout cela s’est tu. Tu déroules les gestes ; les gestes ne produisent rien.

3. La sécheresse a sa qualité propre. Ce n’est pas de la colère contre la pratique ni une révolte contre elle. C’est une absence plus silencieuse. La pratique est tombée à plat plutôt que de mal tourner. C’est cette platitude, en elle-même, qui pose problème.

À travers les traditions contemplatives, les périodes de sécheresse sont en général comprises comme faisant partie de la vie de pratique, et non comme un échec. La plupart des maîtres y voient un trait normal. Certaines traditions y voient quelque chose d’important. Dans la plupart d’entre elles, la consigne est la même : continuer à pratiquer, ne pas abandonner, ne pas paniquer.

Pourquoi elles arrivent pendant une séparation en particulier

La plupart des périodes de sécheresse ont des causes floues. Pendant une séparation, plusieurs facteurs précis convergent pour les provoquer plus souvent.

Cinq facteurs.

1. L’épuisement. Tu es fatigué d’une manière plus profonde que d’habitude. La pratique qui marchait dans ta vie d’énergie normale demande des réserves que tu n’as pas en ce moment. La sécheresse est en partie un signe d’épuisement, pas un échec de la pratique.

2. La rupture d’attachement. La fin du mariage a brisé un attachement majeur. Pour certains pratiquants, l’attachement brisé déborde sur la relation autour de laquelle la pratique s’était construite. Le partenaire habituel de la pratique, quel que soit le nom que lui donne ta tradition, paraît moins disponible parce que la capacité d’aller vers, fondée sur l’attachement, a été abîmée.

Ce n’est pas tout à fait une fissure (article 76). C’est une rupture temporaire qui se résorbe souvent à mesure que le travail d’attachement plus large se stabilise.

3. Une colère que tu n’as peut-être pas nommée. Certains sont en colère contre ce vers quoi pointe la tradition, sans l’avoir formulé. La colère se tient sous le seuil de la pensée consciente et crée une distance avec la pratique. Cette distance ressemble à de la sécheresse ; c’est en fait une colère non digérée.

Nommer la colère résout parfois la sécheresse. Je suis furieux que ça soit arrivé. Dit honnêtement, même adressé à ce vers quoi ta tradition se tourne, ça peut déplacer les choses.

4. L’épuisement du travail de sens. Ta capacité à donner du sens a tourné à plein régime pour intégrer ce qui s’est passé. La pratique te demande de t’engager avec le sens à un niveau plus profond. La capacité épuisée n’y arrive pas. La pratique tombe à plat parce que la machinerie qui fabrique du sens est en surcharge.

Ça se résout souvent à mesure que le travail de sens plus large se pose.

5. La pratique était mêlée au mariage d’une manière ou d’une autre. Pour certains pratiquants, la pratique faisait partie de la vie partagée du mariage. Prier ensemble, assister aux offices ensemble, méditer ensemble. La fin de la version commune déstabilise la version solitaire. La pratique en solitaire qui marchait seule avant peut avoir besoin d’être reconstruite maintenant que la version commune a disparu.

Ces facteurs se superposent souvent. La plupart de ceux qui traversent une période de sécheresse pendant une séparation en ont deux ou trois à l’œuvre en même temps.

Les quatre schémas courants

Les périodes de sécheresse prennent des formes reconnaissables.

Schéma 1 : l’effacement lent

La pratique produit progressivement de moins en moins. Le déplacement n’est pas spectaculaire ; il se fait sur des semaines. Le temps que tu le remarques, la pratique est déjà à plat depuis un moment.

C’est le schéma le plus courant. L’effacement lent coïncide souvent avec l’épuisement plus large des mois difficiles.

Schéma 2 : l’apparition brutale

Tu t’assieds un jour et la pratique ne marche pas. Hier elle marchait ; aujourd’hui non. Le changement est assez net pour s’imposer.

L’apparition brutale a en général un déclencheur précis : un événement particulier, un échange particulier, un moment de lucidité sur quelque chose. Repérer le déclencheur aide parfois ; parfois il reste opaque.

Schéma 3 : la sécheresse intermittente

Certaines séances marchent ; d’autres non. Le schéma est irrégulier. Tu ne sais pas en t’asseyant si celle-ci va produire quelque chose ou non. L’imprévisibilité est une difficulté en soi.

La sécheresse intermittente signale souvent qu’elle n’est pas structurelle : les conditions pour que la pratique marche sont là pour l’essentiel, mais des facteurs variables interfèrent.

Schéma 4 : la sécheresse ciblée

La sécheresse touche une forme de pratique mais pas les autres. La prière est à sec mais la méditation marche. Ou l’inverse. Cette spécificité dit quelque chose de la forme, pas de la relation plus large à la pratique.

Ce schéma est parfois utile. La forme qui marche encore te donne un chemin à travers la période.

La différence entre une pratique à sec et une pratique fissurée

La distinction vaut la peine, parce que la différence change la manière de répondre.

À sec, c’est la pratique qui continue dans sa forme mais tombe à plat dans son résultat. Le cadre est intact. La relation est intacte. La pratique, simplement, ne produit pas.

Fissurée (article 76), c’est le cadre lui-même qui se rompt. La relation s’est déplacée. Le socle de la pratique est instable.

Les périodes de sécheresse se résorbent en général. Les périodes de fissure demandent souvent un remodelage plus profond (cf. article 76).

Deux repères distinguent la sécheresse de la fissure.

Repère 1 : ta relation de fond à la tradition

Dans une période de sécheresse, ta relation de fond à la tradition est inchangée. Tu crois encore ce que tu croyais. Tu te considères encore comme faisant partie de la tradition. La pratique s’est tue, mais le cadre est entier.

Dans la fissure, la relation de fond s’est déplacée. Tu remets en question des choses que tu ne remettais pas en question avant. Le cadre lui-même devient incertain.

Repère 2 : à quoi ressemblerait le retour

Dans une période de sécheresse, tu peux imaginer la pratique remarcher. Tu sais ce que ça faisait quand ça marchait ; tu le reconnaîtrais si ça revenait. Le retour, c’est la pratique qui reprend sa fonction d’avant.

Dans la fissure, le retour est flou. Tu ne sais pas à quoi ressemblerait « marcher » désormais, parce que la relation s’est déplacée. Le retour demanderait un remodelage, pas une reprise.

Si tu ne sais pas dans laquelle tu es, partir de l’hypothèse « période de sécheresse » est plus prudent au départ. Traiter une fissure comme une sécheresse fait moins de dégâts que de traiter une sécheresse comme une fissure. La plupart des périodes qui ressemblent d’abord à une fissure se révèlent être de la sécheresse, avec assez de temps.

Quoi faire

Cinq pratiques pour les périodes de sécheresse.

1. Continue à pratiquer

La plupart des traditions contemplatives convergent sur ce conseil. N’abandonne pas la pratique pendant une période de sécheresse. Continuer à travers la sécheresse est en soi une pratique importante : le travail de venir là quand rien ne récompense le fait de venir.

Ce n’est pas un devoir sinistre. C’est reconnaître que la pratique a des phases et que les phases sèches font partie du chemin.

2. N’augmente pas l’intensité

Une erreur courante : essayer de forcer quand la pratique tombe à sec. Prier plus. S’asseoir plus longtemps. Ajouter de nouvelles disciplines. Cette intensification, en général, ne restaure pas la pratique et t’épuise souvent davantage.

Continue ce que tu faisais. N’escalade pas.

3. Remarque sans analyser

La tentation, c’est d’analyser la sécheresse. Pourquoi ça arrive ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que je fais de travers ? L’analyse aggrave en général la sécheresse en ajoutant une charge mentale par-dessus l’épuisement déjà là.

Remarque la sécheresse sans l’analyser. C’est la période de sécheresse. Ça suffit. La compréhension viendra plus tard, si elle vient.

4. Ajuste un peu la forme si besoin

Sans augmenter l’intensité, de petits ajustements de la forme aident parfois. Une séance plus courte. Un autre moment de la journée. Une autre position du corps. Lire plutôt que s’asseoir. Marcher plutôt que rester immobile.

Ces ajustements sont des essais. Certains aident. D’autres non. Tu apprends ce qui marche en essayant.

5. Attends

Les périodes de sécheresse se terminent. Pas selon des calendriers que tu maîtrises. Parfois en quelques mois. Parfois en quelques années. La fin arrive souvent sans prévenir.

Cette attente n’est pas passive. C’est la patience active de continuer à venir là pendant que la pratique fait ce qu’elle a à faire.

Ce qui arrive souvent de l’autre côté

Pour ceux qui continuent à travers les périodes de sécheresse, ce qui arrive de l’autre côté a des qualités précises.

Trois choses.

1. Une autre relation à la pratique

La pratique qui revient après une période de sécheresse est rarement identique à celle qui était tombée à sec. En général, elle est plus ample. Moins dépendante de produire des résultats précis. Plus tolérante à la variation.

La sécheresse apprend que la pratique ne consiste pas à produire des résultats ressentis. Cet apprentissage, une fois intégré, change la manière dont la pratique fonctionne ensuite.

2. Moins de dépendance à la fiabilité de la pratique

Quelqu’un qui a traversé une période de sécheresse et qui a continué ne dépend plus du fait que la pratique marche à telle ou telle séance. La dépendance s’est déplacée du résultat vers la relation. La pratique est ce que tu fais, pas ce qu’elle produit.

C’est un déplacement de fond. Il rend la pratique plus tenable sur des décennies.

3. La capacité d’accompagner les autres dans leurs périodes de sécheresse

Ceux qui ont survécu à une période de sécheresse peuvent être utiles à ceux qui en traversent une. Tu sais ce qu’est cette période. Tu sais qu’elle se termine. Tu sais que continuer compte. Ce savoir se transmet d’une manière qui n’était pas possible avant.

Ce n’est pas un but. C’est un effet secondaire. Mais ça compte, au fil des années.

Quand la période de sécheresse coïncide avec une grande difficulté de vie

Un cas particulier qui mérite d’être nommé. Si la période de sécheresse arrive pendant la séparation en particulier, et non comme un trait général de ta vie de pratique, la sécheresse te dit peut-être quelque chose sur tes ressources.

Trois choses à considérer.

1. La pratique est peut-être en pause pendant que tu survis

En crise aiguë, certaines ressources de pratique se mettent hors ligne. Le corps et l’esprit donnent la priorité à la survie. La pratique qui demande une énergie que tu n’as pas se tait temporairement.

Ce n’est pas un problème. C’est approprié. La pratique sera de nouveau disponible quand tes ressources reviendront.

2. D’autres pratiques sont peut-être plus disponibles

Une pratique formelle avec laquelle tu n’accroches pas n’est peut-être pas la bonne forme pour la période actuelle. Une pratique plus simple, une marche dans la nature, rester assis en silence avec une tasse de thé, une seule phrase répétée, est peut-être plus disponible.

Traite la forme plus simple comme légitime. Elle l’est.

3. La communauté peut parfois la porter

Si tu fais partie d’une communauté, assister aux offices ou aux rencontres même quand ta pratique en solitaire est à sec peut te garder relié. La communauté pratique ; tu es présent avec elle. Cette présence est la pratique pendant la période de sécheresse.

En bref

Trois traits des périodes de sécheresse :

  1. La forme de la pratique est intacte.
  2. Le déplacement intérieur ne se produit pas.
  3. La sécheresse a sa qualité propre (à plat plutôt que mal tournée).

Cinq facteurs qui produisent la sécheresse pendant une séparation :

  • L’épuisement.
  • La rupture d’attachement.
  • Une colère que tu n’as peut-être pas nommée.
  • L’épuisement du travail de sens.
  • Une pratique mêlée au mariage d’une manière ou d’une autre.

Quatre schémas courants :

  1. L’effacement lent (le plus courant).
  2. L’apparition brutale.
  3. La sécheresse intermittente.
  4. La sécheresse ciblée (une forme mais pas les autres).

À sec ou fissurée :

  • À sec : le cadre est intact, la pratique est tombée à plat.
  • Fissurée : le cadre lui-même se rompt.
  • Deux repères : la relation de fond à la tradition, à quoi ressemblerait le retour.
  • Dans le doute, traite d’abord comme une sécheresse.

Cinq pratiques pour les périodes de sécheresse :

  1. Continue à pratiquer.
  2. N’augmente pas l’intensité.
  3. Remarque sans analyser.
  4. Ajuste un peu la forme si besoin.
  5. Attends.

Ce qui arrive souvent de l’autre côté :

  • Une autre relation à la pratique.
  • Moins de dépendance à la fiabilité de la pratique.
  • La capacité d’accompagner les autres.

Quand la période de sécheresse coïncide avec une grande difficulté :

  • La pratique est peut-être en pause pendant que tu survis.
  • D’autres pratiques sont peut-être plus disponibles.
  • La communauté peut parfois la porter.

Pour finir

La période de sécheresse, c’est la pratique qui ne produit plus ce qu’elle produisait. La valeur de la pratique, sur des décennies, se construit en partie pendant ces périodes. Continuer à travers elles est en soi le travail.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.