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Quand la foi s’est fissurée

By the dip team · 14 min de lecture

Quand la foi s’est fissurée

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 76 · Wave 3 · Tendre · Prototype, direction de ton à valider


Tu l’as remarqué à un moment, dans les mois les plus durs. La prière qui se posait quelque part ne se posait plus. La communauté qui aurait dû te porter te regardait autrement, ou ne te regardait plus du tout. Le cadre qui organisait ta vie depuis des années avait cessé de faire ce qu’il faisait avant. Arrivé à l’étape 3, la fissure s’est soit refermée sous une forme ou une autre, soit installée comme une absence durable, soit transformée en autre chose. Quoi qu’il se soit passé, l’expérience d’une foi qui se brise pendant une séparation est réelle, plus répandue qu’on ne le dit, et elle mérite qu’on la regarde en face.

Cet article parle de ce à quoi ressemble vraiment la fissure, des trois causes les plus courantes, de la raison pour laquelle c’est plus dur que d’autres épreuves de foi, de la différence entre perdre la foi et la remodeler, de ce qu’il faut faire si tu veux rester, de ce qu’il faut faire si tu veux partir, de l’ambivalence prolongée dans laquelle beaucoup de gens vivent, et de ce qui se passe quand la foi des enfants fait partie du tableau.

À quoi ressemble vraiment la fissure

Le mot fissure n’a rien de dramatique. Il décrit quelque chose de précis. Le cadre de foi qui s’était intégré à ta vie est désormais brisé d’une manière ou d’une autre. Tu en vois la cassure. Le cadre reste reconnaissable, mais il ne fonctionne plus comme avant.

Cinq signes courants que la fissure est là.

1. La pratique sonne mécanique. Tu fais la prière, la méditation, le rituel, mais ça ne produit plus ce que ça produisait. Le corps suit les gestes ; rien ne se pose. La pratique est reconnaissable de l’extérieur, mais vide de l’intérieur.

2. La communauté n’est plus la même. La communauté de foi dont tu faisais partie a changé, dans ton ressenti. Des gens dont tu te sentais proche te semblent distants. Des propos tenus pendant les offices ou les rassemblements te touchent plus durement. La réaction de la communauté à ta situation t’a déçu, ou a confirmé quelque chose de difficile.

3. Les réponses du cadre ont cessé de tenir. Ce que tu croyais sur le mariage, sur l’engagement, sur la marche du monde, tout ça ne porte plus le poids de ce que tu as réellement vécu. La réponse du cadre à ta situation ne correspond pas à ce que tu sais.

4. Tu te surprends à douter de choses qui te paraissaient évidentes. Des croyances que tu n’avais jamais questionnées sont soudain en question. Pas toutes. Certaines en particulier, souvent liées à la séparation. Ces doutes ne sont pas forcément faux ; ils sont nouveaux.

5. Quelque chose qui semblait présent l’est moins. Quel que soit le nom que ta tradition lui donne. Dieu, Allah, le divin, le sacré, la présence ressentie a changé. Pour certains lecteurs, c’est la partie la plus déroutante. La relation que tu avais ne fonctionne plus comme avant.

Tout le monde ne traverse pas les cinq. La plupart de ceux qui vivent une fissure en éprouvent trois ou quatre. Le mélange est propre à ta tradition et à ta situation.

Les trois causes les plus courantes

Quand la foi se fissure pendant une séparation, la cause tient le plus souvent à une de ces trois choses, ou à plusieurs à la fois.

Cause 1 : ce que la tradition dit du divorce

Certaines traditions enseignent, sur le divorce, des choses difficiles à porter une fois qu’on l’a vécu. Des versets précis, des enseignements précis, des positions précises. La position catholique sur le mariage indissoluble. Le cadrage du divorce comme péché dans certains courants protestants. Les contraintes de certaines écoles de l’islam. Certains enseignements orthodoxes. Diverses positions de communautés hindoues, bouddhistes, sikhes.

Les enseignements varient énormément ; la friction, elle, se ressemble d’une tradition à l’autre. Le cadre dont tu fais partie tient une position qui place ta vie actuelle sur un terrain inconfortable.

Pour certains lecteurs, la friction est vivable, l’enseignement peut tenir à côté de la réalité vécue sans rupture. Pour d’autres, elle est trop vive. Il faut bien que quelque chose cède.

Cause 2 : la réaction de la communauté

Parfois, les enseignements du cadre auraient été tenables, mais c’est la communauté qui a manqué à l’application. Des gens qui n’auraient pas dû juger ont jugé. Le prêtre, l’imam ou l’enseignant qui aurait dû offrir du soin a offert du reproche à la place. La communauté à qui tu faisais confiance depuis des années a révélé quelque chose que tu n’avais pas vu.

La fissure communautaire fait souvent plus mal que la fissure doctrinale, parce qu’une doctrine est abstraite et qu’une communauté, ce sont des gens. Les personnes qui t’ont fait défaut dans les mois les plus durs deviennent difficiles à suivre dans la foi, même quand le cadre de fond, lui, reste intact.

Cause 3 : une rupture d’attachement qui s’étend jusqu’au divin

Celle-ci est plus difficile à formuler. La fin du mariage a brisé un attachement majeur de ta vie. Pour certains lecteurs, cet attachement brisé se généralise. La confiance dans le fait que quelque chose, y compris ce vers quoi pointe la tradition, te tenait, commence à sembler sans fondement. Si le mariage a pu finir ainsi, qu’est-ce qui, d’autre, pourrait ne pas être ce qu’il semblait être.

Ce n’est pas un raisonnement. C’est un mouvement émotionnel, qui se joue souvent en deçà de la pensée consciente. La relation au divin se met à sembler moins fiable, non pas à cause d’un événement précis, mais parce qu’une confiance fondée sur l’attachement a été abîmée d’une façon qui déborde le mariage.

Les trois causes peuvent se superposer. Un lecteur peut les vivre toutes les trois en même temps. Cette superposition explique en partie pourquoi une fissure de foi pendant une séparation peut être plus profonde que d’autres épreuves de foi.

Pourquoi c’est plus dur que d’autres épreuves de foi

La plupart des gens qui tiennent une foi pendant des années traversent des épreuves de temps en temps, des doutes, des périodes arides, des questions. La fissure de foi pendant une séparation a des caractéristiques qui la rendent différente.

Trois raisons.

1. Elle coïncide avec d’autres pertes majeures. Les autres épreuves de foi surviennent souvent dans des vies par ailleurs stables. Le cadre peut absorber l’épreuve parce que le reste de la vie tient. Pendant une séparation, l’épreuve de la foi se joue en même temps que la fin du mariage, le bouleversement du foyer, l’adaptation des enfants, la réorganisation financière. Il y a moins de stabilité pour absorber l’épreuve de foi.

2. Elle touche ce que la tradition enseigne précisément sur ce que tu traverses. Une épreuve de foi qui porte sur une question intellectuelle générale, ce n’est pas la même chose qu’une épreuve de foi qui porte sur ta vie présente, concrète. La seconde est plus personnelle. Ce que la tradition enseigne sur le divorce n’a rien d’abstrait ; ça parle de toi. La pression est plus difficile à tenir.

3. Elle retire une ressource sur laquelle tu t’appuyais. Pour ceux qui pratiquent, le cadre était l’une des choses qui les tenaient dans les périodes difficiles. Que ce cadre soit lui-même instable, ça veut dire qu’une ressource qui aurait dû être disponible ne l’est pas. L’absence se ressent plus vivement parce que le besoin est plus grand.

L’ensemble produit une difficulté d’un genre particulier. Reconnaître cette difficulté particulière fait partie de ce qui permet de bien la porter.

La différence entre perdre la foi et la remodeler

De l’extérieur, ça se ressemble. De l’intérieur, c’est différent.

Perdre la foi, ça veut dire que le cadre ne tient plus sous aucune forme. Les pratiques s’arrêtent. Le lien avec la communauté prend fin. Les croyances qui organisaient ta vie ne sont plus celles selon lesquelles tu vis. Certaines personnes qui traversent une fissure de foi la perdent pleinement ; c’est une issue réelle.

Remodeler la foi, ça veut dire que le cadre fonctionne encore, mais selon une autre configuration. Certaines croyances ont bougé. Certaines pratiques ont changé. La relation à la communauté a été ajustée. La foi que tu as maintenant est reconnaissable comme une continuation de celle que tu avais, mais elle n’est pas identique.

Remodeler est plus fréquent que perdre, dans les faits. La plupart des gens qui vivent une fissure de foi pendant une séparation finissent avec une version remodelée plutôt qu’avec une foi perdue. Ce remodelage peut prendre des années.

Trois choses bougent souvent dans une foi remodelée.

1. La relation à l’autorité institutionnelle. Beaucoup de pratiquants remodelés entretiennent une relation plus prudente avec les institutions de leur tradition. Ils participent, mais sans céder pleinement leur autorité. Les enseignements précis qui pesaient pendant la séparation restent souvent en place, mais tenus à plus grande distance.

2. L’accent à l’intérieur de la tradition. Les courants de la tradition qui mettaient l’accent sur la miséricorde, la compassion, la réalité difficile d’être humain, ceux-là deviennent souvent plus centraux. Les courants qui mettaient l’accent sur le jugement, la précision doctrinale, les règles de conduite, ceux-là deviennent souvent moins centraux.

3. L’appartenance à la communauté. Certains pratiquants remodelés restent dans leur communauté d’origine, sous une forme ajustée. D’autres rejoignent une autre communauté au sein de la même tradition. D’autres passent à une tradition voisine. La relation à la communauté trouve en général une nouvelle forme.

Le remodelage n’est, le plus souvent, pas planifié. Il se fait au fil des mois et des années, par petites décisions. Quand il a fini par se stabiliser, tu peux voir ce qu’il est devenu ; tu n’aurais en général pas pu le prévoir.

Ce qu’il faut faire si tu veux rester

Si, en toute honnêteté, tu constates que tu veux rester dans ta tradition malgré la fissure, voici cinq pratiques.

Pratique 1 : trouver les courants qui tiennent

À l’intérieur de la plupart des traditions, il y a plusieurs voix, plusieurs accents, plusieurs maîtres. Trouve ceux dont le cadrage t’aide. Les mystiques chrétiens. Les contemplatifs soufis. Les traditions hindoues de la bhakti. Les maîtres bouddhistes sur la souffrance. Les voix chrétiennes sur la grâce. Où que vive le courant de compassion de ta tradition, repère-le.

Ce n’est pas choisir les morceaux qui te plaisent. C’est trouver les parties de la tradition qui tiennent le terrain difficile sans l’aplatir.

Pratique 2 : trouver des personnes qui peuvent le porter avec toi

Un maître qui a fait son propre travail avec une matière difficile. Un accompagnateur spirituel, un imam, un rabbin ou un prêtre qui a de la sagesse sur la réalité vécue. Une petite communauté, à l’intérieur de la plus grande, qui tient le terrain difficile.

La bonne personne est rare. Certains lecteurs en trouvent une ; d’autres non. Si tu en trouves une, cette relation compte énormément.

Pratique 3 : tenir les parties non résolues

Une partie de la tension entre les enseignements de ta tradition et ta vie ne se résoudra pas. Tu continueras à tenir les deux. Certains pratiquants trouvent ça soutenable ; d’autres non. Si tu restes, tu choisis de tenir la tension non résolue comme partie de la pratique.

Ce maintien n’est pas confortable. Il est aussi possible.

Pratique 4 : ajuster la forme de la pratique

La pratique qui marchait avant a peut-être besoin d’être différente maintenant. Moins de temps institutionnel, plus de temps individuel. D’autres prières, d’autres lectures. Un autre rythme. Cet ajustement de forme fait partie de la façon dont la foi remodelée fonctionne.

Pratique 5 : laisser ça prendre des années

La fissure ne se referme pas en quelques mois. La plupart des gens qui remodèlent leur foi avec succès le font sur deux à cinq ans. Ne t’attends pas à savoir quelle est la nouvelle forme dès la première année.

Ce qu’il faut faire si tu veux partir

Pour certains lecteurs, le constat honnête, c’est que la tradition n’est pas tenable. Cinq choses à savoir.

1. Partir est un vrai choix, pas un échec

La tradition n’est pas le seul chemin vers le sens, la pratique ou le lien. Beaucoup de gens quittent une tradition et mènent des vies pleines et qui ont du sens. Partir n’est pas un échec ; c’est un choix qui convient à certaines vies.

2. Partir prend du temps aussi

Le départ n’est en général pas un instant unique. On s’éloigne d’abord. On réduit sa participation. On arrête les pratiques qui ne tiennent plus. Pour la plupart des gens, le départ est progressif, et souvent partiel, tu gardes certains éléments et tu laisses les autres.

3. Surveille les cadres de remplacement

Parfois, ceux qui quittent un cadre en adoptent aussitôt un autre, une nouvelle tradition, un cadre laïque strict, un engagement idéologique. Le cadre de remplacement peut être utile, ou n’être qu’une autre version de la même dépendance. Remarque si tu remplaces, au lieu de te laisser exister dans l’absence.

4. Accorde-toi la perte

Quitter une tradition dont tu faisais partie comporte une vraie perte. La communauté. La pratique. Le sens. L’identité. Cette perte mérite son propre deuil. Ne fais pas comme si ça ne comptait pas.

5. Garde ce qui est vraiment utile

Certaines pratiques d’une tradition que tu as quittée peuvent rester avec toi. Une prière précise qui te tient encore. Une forme de méditation. Une discipline de lecture. Garder ce qui est utile, détaché de l’ensemble de ce que la tradition affirme, est une position raisonnable.

L’espace entre les deux

Beaucoup de lecteurs ne restent pas tout à fait et ne partent pas tout à fait. Ils vivent dans une ambivalence prolongée, en partie dedans, en partie dehors, sans s’engager dans un sens ou dans l’autre. Cet espace reçoit moins d’attention qu’il ne le mérite ; c’est pourtant là que beaucoup de gens vivent réellement.

Trois choses à savoir sur cet espace entre les deux.

1. C’est une position légitime. L’ambivalence prolongée n’est pas une incapacité à trancher. Pour certaines vies, c’est la juste relation à une tradition qu’on ne peut ni embrasser pleinement ni quitter pleinement. Vivre dans cet espace est honnête.

2. Ça finit en général par se stabiliser, mais lentement. Au fil des années, l’ambivalence se résout souvent soit en un séjour remodelé, soit en un départ assumé. Cette résolution peut prendre cinq à dix ans. Vouloir la forcer plus tôt produit en général de moins bons résultats.

3. Les pratiques peuvent encore fonctionner dans cet espace

Certaines pratiques peuvent se faire depuis la position ambivalente. La prière, la méditation, le rituel, tout ça n’a pas besoin de certitude pour fonctionner. Tu peux pratiquer depuis l’intérieur de la question, pas seulement depuis l’intérieur de la réponse.

Quand la foi des enfants fait partie du tableau

Si tu as élevé tes enfants dans une tradition, la foi des enfants fait partie de ce que tu traverses. Trois principes.

1. La relation des enfants à la tradition est la leur

Tu n’es pas le seul adulte à la façonner. Le co-parent compte. La communauté compte. La propre expérience des enfants compte. Ta fissure n’a pas à déterminer leur relation à la tradition.

2. Sois honnête au niveau qu’ils peuvent porter

Si les enfants demandent pourquoi tu ne vas plus aux offices, ou pourquoi la pratique a changé, des réponses brèves et honnêtes suffisent. Je traverse une période difficile avec notre communauté en ce moment. Toi, tu peux continuer à en faire partie. L’honnêteté sans les surcharger, c’est ce qui convient.

3. Ne les enrôle pas dans la fissure

Les enfants n’ont pas à participer à la résolution de ton épreuve de foi. Leur relation à la tradition ne doit pas être un pion sur ton échiquier. Laisse-les développer leur propre relation au cadre, soutenus par leurs deux parents et par la communauté.

Repères en bref

Cinq signes que la fissure est là :

  1. La pratique sonne mécanique.
  2. La communauté n’est plus la même.
  3. Les réponses du cadre ont cessé de tenir.
  4. Des doutes sur des choses qui te paraissaient évidentes.
  5. Quelque chose de présent l’est moins.

Trois causes courantes :

  • Ce que la tradition dit du divorce.
  • La réaction de la communauté.
  • Une rupture d’attachement qui s’étend jusqu’au divin.

Trois raisons pour lesquelles c’est plus dur que d’autres épreuves de foi :

  • Ça coïncide avec d’autres pertes majeures.
  • Ça touche les enseignements sur ce que tu traverses.
  • Ça retire une ressource sur laquelle tu t’appuyais.

Perdre la foi ou la remodeler :

  • Perdre, le cadre ne tient plus sous aucune forme.
  • Remodeler, il fonctionne encore mais selon une autre configuration (plus fréquent).

Trois choses qui bougent souvent dans une foi remodelée :

  • La relation à l’autorité institutionnelle.
  • L’accent à l’intérieur de la tradition.
  • L’appartenance à la communauté.

Si tu veux rester :

  1. Trouver les courants qui tiennent.
  2. Trouver des personnes qui peuvent le porter avec toi.
  3. Tenir les parties non résolues.
  4. Ajuster la forme de la pratique.
  5. Laisser ça prendre des années.

Si tu veux partir :

  1. Partir est un vrai choix, pas un échec.
  2. Partir prend du temps aussi.
  3. Surveille les cadres de remplacement.
  4. Accorde-toi la perte.
  5. Garde ce qui est vraiment utile.

L’espace entre les deux :

  • Position légitime, pas une incapacité à trancher.
  • Tend à se stabiliser lentement, au fil des années.
  • Les pratiques peuvent encore y fonctionner.

Quand la foi des enfants est en jeu :

  • Leur relation à la tradition est la leur.
  • Sois honnête au niveau qu’ils peuvent porter.
  • Ne les enrôle pas dans la fissure.

Pour finir

Une fissure de foi pendant une séparation, c’est réel. Ça mérite qu’on la regarde en face plutôt que de la garder comme un secret. Quelle que soit la forme que prendra ta relation au cadre dans les années qui suivent, rester en l’ayant remodelée, partir, ou vivre dans l’espace entre les deux, fais en sorte qu’elle soit honnête. La version honnête est tenable. La version jouée ne l’est pas.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.