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A Year And Beyond

Le samedi seul qui fait vraiment du bien

By the dip team · 6 min de lecture

Le samedi seul qui fait vraiment du bien

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 121 · Wave 3 · Tendre


Tu t’es réveillé un samedi, les enfants dans leur autre foyer, la journée vide devant toi, et tu as remarqué que tu ne la redoutais pas. C’était ça, l’étrange. Le samedi vide était autrefois le jour le plus dur de la quinzaine, celui où tu devais planter trois points d’ancrage rien que pour t’en sortir. Et voilà que tu en avais un que tu attendais, tranquillement, avec envie. Tu avais la journée entière, personne n’avait besoin de rien, et ce fait s’est posé comme une liberté, pas comme une perte.

Cet article parle de ce samedi-là. Le jour en solo qui s’est transformé, quelque part en chemin, d’une chose à endurer en une chose vraiment bonne. Comment le basculement se produit, pourquoi ce n’est pas une trahison envers les enfants, et comment laisser les bons jours être bons, sans culpabilité.

Le basculement dont personne ne te prévient

Les premiers mois, tous les guides, le nôtre compris, te disent de structurer le week-end en solo pour qu’il ne s’effondre pas en temps vide. Ce conseil est juste, pour ce moment-là. Ce que personne ne te dit tout à fait, c’est que la structure est un échafaudage, et qu’un échafaudage finit par tomber, parce qu’à un moment tu n’en as plus besoin. Le samedi en solo arrête d’être un problème à gérer et devient un jour à utiliser, puis, à la longue, un jour à savourer.

Le basculement est progressif, et le plus souvent tu ne le remarques qu’après coup. Il n’y a pas un seul matin où ça bascule. Il y a juste un samedi, quelque part après la première année, où tu te rends compte que tu as arrêté de compter les heures qui te séparent du retour des enfants, et que tu as commencé à être vraiment là, dans la journée. C’est ça, le basculement. C’est l’un des repères les plus clairs du chemin que tu as parcouru.

Pourquoi le bon jour en solo semblait impossible avant

Au début, la journée vide était insupportable pour des raisons qui étaient réelles. L’absence des enfants était une blessure, et la journée avait la taille de cette blessure. La liberté ne s’enregistrait pas comme une liberté, parce que tu étais encore à l’intérieur de la perte.

Ce qui change, ce n’est pas la journée. C’est toi. La perte se métabolise. La nouvelle vie comble les vides. Et ces mêmes vingt-quatre heures sans enfant qui mesuraient autrefois tout ce que tu avais perdu se mettent à mesurer autre chose : tout ce qui est désormais possible parce que la journée est à toi. Les heures n’ont pas changé de nombre. Elles ont changé de sens.

Ce qu’un bon samedi en solo a tendance à contenir

Il n’y a pas de formule, et tout l’intérêt, justement, c’est qu’il est à toi. Mais quelques éléments reviennent dans les jours en solo que les gens finissent par aimer.

Une chose que tu as vraiment envie de faire. Pas une corvée déguisée en soin de soi. La vraie chose. La longue sortie à vélo, le musée, le projet dans le garage, l’excursion d’une journée, l’après-midi avec un livre et aucun programme. La chose pour laquelle le couple, ou la semaine avec les enfants, n’a jamais eu de place. Les samedis en solo, c’est là qu’elle trouve la sienne.

Une part laissée sans plan. Le conseil du début, c’était de remplir la journée de points d’ancrage. La version mûre laisse de la place à la journée pour aller où elle va. Une heure sans plan qui te terrifiait autrefois est maintenant juste ouverte. Tu peux suivre une envie. C’est une liberté que la plupart des vies avec enfants n’ont pas.

Un peu du monde dedans. Même un jour en solo, un fil tendu vers d’autres : un café avec un ami, un échange au marché, un cours. Pas pour combler un trou. Juste parce qu’une bonne journée contient en général un peu de monde.

Aucune excuse dedans. C’est le point silencieux. Le bon samedi en solo, c’est celui que tu ne sens pas obligé de justifier ou d’expier. Tu as le droit d’y avoir pris du plaisir. Cette permission fait partie de ce qui le rend bon.

La culpabilité, et pourquoi elle est mal placée

Voici le sentiment qui prend en embuscade beaucoup de parents les premières fois où le jour en solo est vraiment bon : la culpabilité. Je profite de ma vie sans mes enfants. Qu’est-ce que ça dit de moi ?

Ça dit que tu vas bien. Ça ne dit rien d’autre.

La logique de la culpabilité, c’est que profiter de la journée sans enfant voudrait dire que tu es content qu’ils ne soient pas là, et ce n’est tout simplement pas comme ça que ça marche. Tu peux manquer de tes enfants et savourer ton samedi dans les mêmes vingt-quatre heures. Le plaisir ne leur est pas pris. Les heures allaient de toute façon être sans enfant ; la seule question, c’était de savoir si tu allais les passer dans le malheur ou dans quelque chose de meilleur, et choisir le meilleur n’enlève absolument rien aux enfants. Un parent qui a une bonne vie est un meilleur parent. Le samedi dont tu as profité fait partie de ce qui fait de toi quelqu’un vers qui tes enfants rentrent ressourcé plutôt qu’épuisé.

Les enfants, de leur côté, sont dans leur autre foyer, en train, idéalement, de passer une bonne journée eux aussi. L’organisation ne tient que si les deux foyers ont le droit d’être bons. Ton plaisir n’est pas une trahison de la quinzaine. C’est la quinzaine qui fonctionne comme elle le devrait.

Quand ce n’est pas encore là

Si tu lis ça et que le bon samedi en solo te semble encore impossible, ce n’est pas grave, et ça ne veut pas dire qu’il ne viendra pas. Le basculement arrive à son propre rythme : pour certains, c’est dix-huit mois, pour d’autres trois ans, et pour d’autres encore il va et vient. Tu ne peux pas le forcer. Tu peux seulement continuer à traverser les samedis, continuer à construire les rituels, continuer à avancer, et laisser le basculement arriver quand la perte se sera assez métabolisée pour lui faire de la place.

Et s’il n’arrive jamais tout à fait, si les samedis en solo restent plus neutres que joyeux, c’est aussi une issue vivable et normale. Tout le monde n’en vient pas à les aimer. Le but n’a jamais été une joie obligatoire. C’était d’arrêter de les subir. Ça déjà, c’est très loin du premier samedi vide.

Pour finir

Le samedi que tu n’as pas redouté, c’est la preuve d’une chose que les premiers mois n’arrivaient pas à croire : que la vie d’après n’est pas seulement une vie qu’on survit, elle peut être activement, précisément bonne. Pas bonne malgré le fait d’être seul. Bonne, en partie, grâce à la liberté que cette solitude contient.

Tu n’as pas besoin de noter les bons samedis ni de t’y accrocher trop fort. Ils continueront de venir. Le corps en garde sa propre trace, et cette trace, avec le temps, c’est ce qui te dit que tu n’as pas seulement traversé tout ça. Tu as construit, de l’autre côté, quelque chose que tu aurais envie de garder.

Repères rapides

  • Le samedi en solo passe de « enduré » à « savouré » progressivement ; le plus souvent, tu ne le remarques qu’après coup.
  • Les heures n’ont pas changé. La perte s’est métabolisée et le sens a glissé de la perte vers la liberté.
  • Un bon samedi contient : une chose que tu as vraiment envie de faire, un peu de place sans plan, un fil tendu vers d’autres, et aucune excuse.
  • La culpabilité est mal placée. Manquer de tes enfants et savourer ton samedi coexistent. Un parent qui a une bonne vie est un meilleur parent.
  • Si ce n’est pas encore là, c’est normal. Continue de les traverser. Le basculement arrive à son propre rythme.

Tu peux manquer de tes enfants et aimer ton samedi le même jour. Le plaisir ne leur est pas pris. C’est la preuve que la vie d’après est bonne.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.