dip
A Year And Beyond

La fierté tranquille d’avoir construit cette vie

By the dip team · 12 min de lecture

La fierté tranquille d’avoir construit cette vie

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 64 · Wave 2


À un moment, dans la deuxième année, tu seras assis quelque part, dans ta cuisine, dans un café, dans ta voiture, n’importe où, et tu sentiras quelque chose qui n’est ni du soulagement, ni du chagrin, ni le mélange habituel. C’est de la fierté. Tranquille. Sans public. Sans une histoire que tu raconterais à qui que ce soit. Juste la petite certitude stable que tu as construit quelque chose, que cette construction est réelle, et que c’est toi qui l’as faite.

Cet article explique ce qu’est vraiment cette fierté, les cinq petits moments où elle apparaît, pourquoi personne d’autre ne peut te la donner, comment la garder sans en faire une histoire, et ce qu’elle rend possible dans les années qui suivent.

Ce qu’est vraiment cette fierté

La fierté de l’étape 3 est, dans sa structure même, différente de la fierté de l’accomplissement.

La fierté de l’accomplissement, c’est la satisfaction d’avoir fait quelque chose de précis, qu’on peut montrer du doigt. Une promotion, un projet mené à bout, un objectif atteint, une victoire publique. La fierté est liée à l’accomplissement ; l’accomplissement est la preuve.

La fierté de l’étape 3 n’a pas d’accomplissement précis à montrer. Pas de diplôme, pas de cérémonie, pas de marqueur public. Ce qui a été accompli est plus diffus : survivre, reconstruire, être parent tout au long de l’année, porter les enfants, te porter toi-même, finir par arriver ici.

Quatre caractéristiques de ce genre de fierté.

1. Elle est juste. La plupart des fiertés contiennent une part de représentation, une idée de l’effet qu’elles feraient sur les autres, de ce qu’elles changeraient à ta position, de la question de savoir si tu l’as méritée. La fierté de l’étape 3 n’a pas ça. C’est juste la connaissance directe que tu as fait ça, et que le faire était réel.

2. Elle est petite. La fierté de l’accomplissement paraît souvent grande. La fierté de l’étape 3 est en général petite. Un instant de reconnaissance plutôt qu’une vague de triomphe. Elle ne t’emporte pas ; elle est juste là, tranquillement vraie.

3. Elle est durable. La fierté de l’accomplissement s’efface à mesure que l’accomplissement s’éloigne. La fierté de l’étape 3 ne s’efface pas de la même façon. Ce dont elle est faite (avoir construit une vie à partir d’une matière difficile) ne devient pas moins vrai avec le temps.

4. Elle est solitaire. Cette fierté n’a pas besoin d’être partagée pour être réelle. En fait, la partager l’amoindrit souvent. Elle fonctionne mieux gardée à l’intérieur, pas racontée.

Ces caractéristiques rendent la fierté de l’étape 3 différente de la plupart des fiertés auxquelles on est habitué. Cette étrangeté fait partie de ce qui la rend facile à manquer.

Les cinq petits moments

La fierté apparaît dans des moments précis, faciles à balayer comme ordinaires. Ils ne sont pas ordinaires.

Moment 1 : un moment pratique qui se passe bien

Un matin d’école qui se déroule sans accroc. Un repas que tu cuisines et qui est réussi. Un passage de relais avec le co-parent qui se fait sans friction. Une facture payée à temps, un formulaire envoyé, un plan tenu.

Le moment est banal. La fierté est dans le fait de remarquer que c’est toi qui as construit les conditions pour que ce banal soit possible. Le matin sans accroc a été précédé de semaines de travail pour mettre en place les systèmes qui l’ont rendu fluide.

Moment 2 : un moment avec les enfants

Ton enfant qui rit de quelque chose, complètement détendu dans ton foyer. L’ado qui te raconte un truc qu’il ne t’aurait pas raconté il y a un an. La conversation du coucher qui clôt une longue journée.

La fierté est dans le fait de remarquer que la relation que tu as avec eux aujourd’hui est celle que tu as gagnée au fil de l’année. Ils se sentent en sécurité avec toi parce que tu les as mis en sécurité.

Moment 3 : un moment seul

Le dimanche matin (article 65). La promenade dans ton quartier. L’heure passée dans ta cuisine. La vue depuis ta chambre dans une certaine lumière.

La fierté est dans le fait d’être dans un espace que tu as construit, par toi-même, sans avoir besoin d’un public. La fierté est dans le fait de pouvoir être seul avec toi-même, tranquillement.

Moment 4 : un moment de petite attention de la part de quelqu’un

Un ami qui prend de tes nouvelles. Un collègue qui remarque quelque chose. Un voisin qui s’arrête pour demander comment vont les enfants.

La fierté est dans le fait de remarquer que les gens présents dans ta vie aujourd’hui sont ceux qui ont choisi d’y être tout au long de cette année. Les relations ont été éprouvées par ce que tu as traversé. Celles qui sont encore là ont passé l’épreuve.

Moment 5 : un moment où tu vois l’arc plus large

Regarder l’année écoulée et voir ce qui a réellement été accompli. Pas sous forme de liste, pas sous forme d’accomplissements, juste en voyant ce qui a été fait.

La fierté est dans le fait de reconnaître que l’arc était réel. Tu es parti d’un endroit, tu es arrivé à un autre, et la distance entre les deux, c’est toi qui l’as parcourue.

Ces moments sont en général privés. Ils ont lieu sans que personne d’autre les voie. Beaucoup d’entre eux, tu ne les remarques même pas sur le coup ; tu les remarques après, ou tu les ressens sans pouvoir pointer un instant précis.

Pourquoi personne d’autre ne peut te donner cette fierté

La fierté de l’accomplissement peut être en partie produite par les autres. Un chef qui reconnaît ton travail, un ami qui voit ce que tu as fait, un parent qui finit par dire qu’il est fier. Une partie de la fierté de l’accomplissement a besoin du miroir extérieur pour se sentir réelle.

La fierté de l’étape 3 fonctionne autrement. Personne d’autre ne peut te la donner. Même si chacun de tes amis te disait qu’il est fier de la façon dont tu as traversé l’année, les mots ne produiraient pas la fierté. Elle n’existe que lorsque toi-même tu reconnais ce que tu as fait.

Trois raisons à cette asymétrie.

1. Personne d’autre n’en a assez vu. L’année de la séparation s’est surtout jouée à l’intérieur. L’essentiel du travail s’est passé dans des moments que personne n’a vus : les nuits tardives, les matins, les messages difficiles, les décisions prises seul, le fait de tenir bon devant l’école, le fait de ne pas t’effondrer devant les enfants.

L’image complète de ce que tu as fait n’est accessible qu’à toi. Les autres en voient des fragments. La fierté doit reposer sur l’image complète, ce qui veut dire que toi seul peux l’avoir.

2. La reconnaissance extérieure la reconvertirait en fierté d’accomplissement. Si la fierté se construit autour de ce que disent ou remarquent les autres, elle devient une fierté d’accomplissement et se met à fonctionner de la même façon : dépendante des autres, qui s’efface quand l’attention se déplace, qui réclame une validation continue.

Ce qui protège cette fierté contre cette conversion, c’est qu’elle reste intérieure. Résiste à la conversion.

3. La fierté tient en partie au fait de l’avoir fait sans public. Une grande partie de ce que tu as fait cette année, c’était tenir bon quand personne ne regardait. La fierté est, en partie, la fierté de savoir que tu en es capable. Faire venir un public pour valider la fierté contredit ce dont la fierté est faite.

Comment garder cette fierté sans en faire une histoire

Il y a un risque que la fierté devienne une histoire. Regarde ce à quoi j’ai survécu. Regarde ce que j’ai construit. Regarde-moi maintenant. L’histoire est satisfaisante. Elle coûte aussi cher.

Cinq pratiques pour garder la fierté sans en faire une histoire.

1. Ne la raconte pas aux autres

La tentation de dire aux gens le chemin parcouru est forte. Résiste. Chaque fois que tu la racontes, la fierté devient un peu plus une représentation et un peu moins juste.

Certaines personnes de ton entourage finiront par comprendre l’arc sans qu’on le leur dise. Elles le reconstitueront à force d’observer. Ce qu’elles comprennent par elles-mêmes vaut mieux que la version que tu raconterais.

2. Ne te compare pas aux autres parents séparés

La fierté porte sur ton propre arc. La comparer à celui des autres la transforme en compétition, ce qu’elle n’est pas. Certains parents avaient une matière plus dure, d’autres plus facile. La fierté n’est pas une question de classement ; elle porte sur la chose précise que tu as faite.

Si tu te surprends à comparer, redirige. Ta fierté ne dépend pas de savoir si tu as fait mieux que quelqu’un d’autre.

3. Remarque la fierté et laisse-la passer

Les moments de fierté sont petits et brefs. N’essaie pas de les retenir plus longtemps qu’ils ne se retiennent eux-mêmes. Remarque, enregistre, laisse passer. Le moment suivant viendra.

Essayer d’étirer un moment de fierté en un état durable produit en général quelque chose de plus creux que l’original.

4. N’en fais pas la nouvelle histoire dans laquelle tu vis

Certains parents qui sortent de l’étape 2 construisent une nouvelle identité autour du fait d’avoir survécu. Je suis quelqu’un qui a survécu à une séparation et qui s’est construit une vie. L’identité n’est pas fausse, mais elle est aussi limitante. Tu n’es pas seulement ça.

La fierté est une information sur ce que tu as fait. Elle n’est pas toute l’identité pour la suite. Garde-la assez légère pour que d’autres choses puissent aussi faire partie de qui tu es.

5. Laisse la fierté être tranquille

Le fait que personne d’autre ne voie la fierté ne la rend pas moins réelle. Une fierté tranquille a parfois plus de valeur qu’une fierté bruyante, parce qu’elle ne réclame aucun entretien extérieur.

Certaines des choses les plus importantes que tu as construites cette année ne sont visibles que par toi. Ce n’est pas un manque ; ça fait partie de ce qu’elles sont.

Ce que cette fierté rend possible

La fierté n’est pas un état final. C’est une base.

Trois choses que la fierté rend possibles.

1. Te lancer dans des choses plus difficiles

Une fois que tu sais que tu as fait quelque chose de dur, tu as une preuve de ce dont tu es capable. Cette preuve rend la prochaine chose difficile plus abordable. La fois suivante, tu ne pars pas de zéro.

La plupart des parents qui arrivent à l’étape 3 avec cette fierté se découvrent plus disposés à se lancer dans des choses qu’ils auraient évitées avant. Pas de façon imprudente. Juste avec une confiance de départ différente dans leurs propres capacités.

2. Être plus doux avec tes versions passées

La fierté de ce que tu as fait cette année change parfois ton regard sur ce que tu as fait les années d’avant. La version de toi du mariage, la version de toi dans les pires semaines de la séparation, les versions de toi qui ont pris des décisions que tu as depuis remises en question.

Certaines de ces versions passées faisaient le même genre de travail dont tu es fier aujourd’hui, sous d’autres formes. La fierté s’étend vers l’arrière, pas seulement vers l’avant.

3. Avoir moins faim de validation extérieure

La découverte qu’une vraie fierté n’a pas besoin de public change ta façon de te rapporter à l’approbation extérieure. La faim diminue. Les compliments touchent encore, les critiques piquent encore, mais ni les uns ni les autres n’ont la même prise qu’avant.

Ce n’est pas une immunité totale. C’est un recalibrage. La source intérieure de fierté devient plus disponible, et les sources extérieures comptent moins.

Quand la fierté ne vient pas

Une petite note, mais importante. Certains parents, à l’étape 3, ne ressentent pas cette fierté. Ils ont traversé l’année, ils se sont construit une vie qui tient, mais la fierté ne vient pas.

Si c’est ton cas, trois choses à considérer.

1. L’absence peut être une question de timing. Certains parents ressentent la fierté plus nettement la troisième ou la quatrième année que la deuxième. L’intégration de ce qui a été fait prend plus de temps pour certains. Ne conclus pas que la fierté ne viendra pas juste parce qu’elle n’est pas encore là.

2. L’absence peut être le coût du système de la preuve. Si ta version du mariage reposait sur le fait de beaucoup faire ses preuves, l’absence de ce besoin à l’étape 3 peut produire de l’anesthésie plutôt que de la fierté. Le système de la preuve, c’est celui qui aurait généré le sentiment de fête. Une fois qu’il a disparu, le sentiment manque lui aussi. (Voir l’article 60.)

Si c’est le cas, la fierté peut quand même arriver, il lui faut juste un autre système par lequel se faire sentir.

3. L’absence peut être un signal de dépression. Si tu ne ressens de fierté pour rien, y compris pour des choses qui devraient en produire indépendamment de la séparation, le problème est peut-être plus large que l’année que tu viens de vivre. Ça vaut la peine d’être pris au sérieux, non pas parce que tu devrais ressentir de la fierté à une date prévue, mais parce que l’absence d’affect positif dans tous les domaines est une information sur ton humeur.

(Voir l’article 10 sur la distinction entre cassé et fatigué, et l’article 26 sur la thérapie.)

En bref

Quatre caractéristiques de cette fierté :

  1. Elle est juste (pas de dimension de représentation).
  2. Elle est petite (un instant, pas une vague).
  3. Elle est durable (elle ne s’efface pas comme la fierté d’accomplissement).
  4. Elle est solitaire (la partager l’amoindrit).

Cinq petits moments où elle apparaît :

  1. Un moment pratique qui se passe bien.
  2. Un moment avec les enfants.
  3. Un moment seul, dans un espace que tu as construit.
  4. Un moment de petite attention de la part de quelqu’un qui a choisi de rester.
  5. Un moment où tu vois l’arc plus large.

Pourquoi personne d’autre ne peut te donner cette fierté :

  • Personne d’autre n’en a assez vu.
  • La reconnaissance extérieure la reconvertit en fierté d’accomplissement.
  • Une partie de ce dont tu es fier, c’est de l’avoir fait sans public.

Cinq pratiques pour la garder sans en faire une histoire :

  1. Ne la raconte pas aux autres.
  2. Ne te compare pas aux autres parents séparés.
  3. Remarque-la et laisse-la passer.
  4. N’en fais pas la nouvelle histoire dans laquelle tu vis.
  5. Laisse-la être tranquille.

Ce que cette fierté rend possible :

  • Te lancer dans des choses plus difficiles.
  • Être plus doux avec tes versions passées.
  • Avoir moins faim de validation extérieure.

Quand la fierté ne vient pas :

  • Ça peut être une question de timing (3e-4e année plutôt que 2e).
  • Ça peut être le coût d’un système de la preuve démonté.
  • Ça peut être un signal de dépression qui mérite qu’on s’y arrête.

Pour finir

Cette fierté n’est qu’à toi. Personne d’autre ne peut la voir. Ça fait partie de ce qui la rend réelle.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.