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La pratique vers laquelle tu es revenu

By the dip team · 12 min de lecture

La pratique vers laquelle tu es revenu

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 67 · Wave 3 · Prototype, direction de ton à confirmer


Tu le remarques quelques semaines après le début de la phase aiguë. Tu pries à nouveau, ou tu t’assieds en silence, ou tu marches jusqu’à un endroit où tu trouvais autrefois le calme, ou tu prononces des mots que tu n’avais pas dits depuis des années. La pratique est revenue, parfois sans que tu l’aies appelée. Arrivé à l’étape 3, soit elle s’est installée dans ta vie comme une chose discrète et continue, soit elle s’est de nouveau effacée, soit elle s’est transformée en quelque chose de différent de ce qu’elle était avant la séparation. Quoi qu’il se soit passé, ce retour te dit quelque chose qui mérite ton attention.

Cet article parle de ce que veut dire le mot pratique ici, de pourquoi la crise la fait revenir, des quatre formes que prend ce réflexe, de ce que la pratique peut et ne peut pas faire dans cette période, des cas où le retour se complique parce que ta tradition a une position sur la séparation, et de ce qu’il faut faire si tu n’as jamais eu de pratique et que tu ne sais pas si tu dois t’y mettre.

Ce que veut dire « pratique » ici

Le mot couvre un éventail plus large que dans la conversation courante. Cinq choses qu’il peut désigner.

1. La prière. Le dialogue nommé avec quelque-chose, que tu l’appelles Dieu, Allah, une puissance supérieure, l’univers, tes ancêtres, ou quelque chose que tu ne sais pas tout à fait nommer. La prière peut être formelle ou informelle, dans la langue de ta tradition ou dans la tienne.

2. La méditation. S’asseoir dans le calme, observer le souffle, remarquer le mental, revenir à la présence. Ça peut être laïque ou rattaché à une tradition (bouddhiste, hindoue, soufie, contemplative chrétienne, pleine conscience laïque). La forme varie ; le geste est au fond le même.

3. Le rituel. Les gestes du corps qui marquent quelque chose. Allumer une bougie. Aller dans un endroit précis. Un rendez-vous hebdomadaire. Une routine du matin qui a un poids au-delà de sa fonction. Le rituel, c’est la pratique en mouvement.

4. La lecture ou la récitation. Revenir à des textes qui comptent. Des écritures, de la poésie, de la philosophie, les mots qui t’orientent. Parfois lus seul, parfois dits à voix haute, parfois appris par cœur. La rencontre répétée avec les mots est elle-même la pratique.

5. La présence tranquille. La version la moins formelle. S’asseoir sur un balcon à l’aube. Marcher seul quelque part. Une façon d’être avec soi-même qui a une texture de recueillement, même si tu ne l’appellerais pas religieuse. La forme est minimale ; c’est l’orientation qui en fait une pratique.

Ces cinq-là se recoupent. La plupart des pratiques sont des combinaisons. Quelle que soit la forme que prend la tienne (ou qu’elle pourrait prendre), elle est comprise dans ce que cet article entend par pratique.

Pourquoi la crise la fait revenir

Si tu avais une pratique dans ta vie d’avant et que tu l’as perdue, cette perte s’est souvent faite lentement, au fil d’années qui allaient bien. La pratique est sortie de tes priorités. Tu comptais y revenir. Tu ne l’as pas fait. Au moment où la séparation est arrivée, ça faisait des années que la pratique était en sommeil, ou presque.

La crise la réactive souvent. Trois raisons.

1. Le système nerveux retourne vers les vieux sillons. Quand le système est sous stress, il retourne vers ce qui a marché avant. Si la pratique a produit autrefois du calme, de la stabilité ou du sens, le système se souvient du chemin. Ce mouvement peut se faire en deçà du choix conscient.

2. Les questions deviennent plus grandes. La vie ordinaire tourne surtout sur de petites questions. La crise fait remonter les grandes. Pourquoi ça m’arrive ? À quoi sert ma vie ? Qu’est-ce que je suis censé faire maintenant ? La pratique est l’un des rares endroits faits pour tenir les grandes questions. Les questions partent à la recherche de cet endroit.

3. L’attachement a besoin de quelque chose de stable. La séparation a rompu un attachement majeur. Le corps cherche autre chose à quoi s’attacher pendant cette rupture. Pour certains, la pratique, et ce à quoi elle relie, devient ça. Pas comme un remplacement, mais comme un lest.

Tout le monde ne vit pas cette réactivation. Certains n’avaient pas de pratique vers laquelle revenir. D’autres en avaient une vers laquelle ils ne veulent pas revenir. D’autres encore voient la crise les éloigner de la pratique plutôt que les en rapprocher. Toutes ces réactions sont réelles.

Les quatre formes que prend ce réflexe

Si le retour a lieu, il prend en général l’une de ces quatre formes.

Forme 1 : le retour réflexe

Tu te retrouves à faire la pratique sans l’avoir décidé. Tu dis les mots que tu disais enfant. Tu t’assieds dans la position que tu prenais il y a des années. Le corps savait avant que le mental ne décide.

C’est fréquent au début de l’étape 1. Le retour est automatique et ne semble pas toujours choisi.

Forme 2 : le retour délibéré

Tu choisis activement d’y revenir. Tu dégages du temps pour ça. Tu mets en place les conditions. La pratique est quelque chose que tu essaies consciemment de refaire.

C’est plus courant à partir de l’étape 2, une fois passée la période réflexe, quand tu reconstruis des structures intentionnelles.

Forme 3 : le retour modifié

Tu reviens vers quelque chose de proche de ce que tu avais. Peut-être que tu faisais partie d’une tradition ; tu ne retournes pas à l’institution, mais tu gardes la pratique. Peut-être que tu méditais autrefois avant d’arrêter ; tu te mets à une autre forme. La pratique est reconnaissable, mais remodelée.

La modification reflète souvent ce qui a changé dans la crise : ce que tu peux encore tenir et ce que tu ne peux plus.

Forme 4 : la nouveauté

Tu adoptes une pratique que tu n’avais pas avant. Une appli de méditation. Une discipline de lecture. Un endroit où tu vas seul chaque semaine. La pratique t’est nouvelle, mais elle répond à un besoin que la crise a fait remonter.

Ces quatre formes ne s’excluent pas. Certains en vivent deux ou trois au cours du parcours. La forme compte moins que la pratique elle-même.

Ce que la pratique peut et ne peut pas faire dans cette période

Ça vaut la peine d’être honnête sur les deux.

Ce qu’elle peut faire

1. Réguler. La pratique active dans le corps les systèmes qui apaisent. La prière, la méditation, la récitation produisent toutes des changements mesurables dans l’état du système nerveux. La régulation est réelle, pas métaphorique.

2. Tenir les grandes questions. Les questions auxquelles la pensée ordinaire ne peut pas répondre, sur le sens, sur le pourquoi, sur ce qu’on fait d’un chagrin qui ne rentre nulle part, ont un endroit où aller dans la pratique. Pas toujours pour être résolues. Souvent juste pour être tenues.

3. Donner une structure. Une pratique quotidienne ou hebdomadaire crée un point d’ancrage. La semaine a une forme. La journée a un rythme. La structure est l’une des choses que la crise érode et que la pratique remet en place.

4. Te relier à quelque chose de plus grand que la crise. Quel que soit le nom que lui donnent ta tradition ou ton cadre, le lien à quelque chose de plus grand réduit le côté envahissant de la crise. La séparation compte, mais le monde est aussi plus grand que la séparation. La pratique te met en contact avec ce cadre plus large.

5. Apporter parfois une communauté. Certaines pratiques s’accompagnent d’une communauté : un groupe, un cercle de méditation, une tradition contemplative. Cette communauté peut être l’une des couches de soutien. (L’article 75 traite des cas où la communauté elle-même est aidante.)

Ce qu’elle ne peut pas faire

1. Remplacer le travail d’intégration. La pratique ne se substitue pas au fait de traverser le chagrin, de démêler les schémas hérités du mariage, de t’occuper de ce qui a besoin de l’être. Elle peut soutenir ces processus ; elle ne les remplace pas.

2. Résoudre la situation. Le co-parent est toujours là. L’organisation reste à gérer. Les démarches restent à faire. La pratique ne change pas la réalité extérieure. Elle change ton rapport à elle.

3. Remplacer un accompagnement professionnel. Si tu es sur un terrain de santé mentale sérieux, dépression caractérisée, état de stress post-traumatique, anxiété sévère, la pratique peut être un appui utile, mais elle n’est pas un substitut à une psychothérapie ou à un suivi psychiatrique. Traite-la comme une ressource parmi d’autres, pas comme la seule intervention.

4. Court-circuiter le travail d’être humain. La tentation, quand la pratique apporte un peu de soulagement, c’est de s’appuyer entièrement sur elle et de sauter le travail ordinaire de la vie d’après. La pratique est la plus utile quand elle fait partie de la vie, pas quand elle en est une fuite.

Quand le retour se complique parce que ta tradition a une position sur la séparation

Pour certains, revenir vers une tradition n’a rien de simple, parce que la tradition a une position sur ce que tu as fait. L’enseignement catholique sur le divorce. Certains cadres de l’islam. Certaines traditions protestantes. Certaines communautés hindoues et sikhes. Des enseignements orthodoxes. Les positions varient ; le frottement peut être bien réel.

Trois principes pour t’y orienter.

Principe 1 : distinguer la pratique de l’institution

Tu peux faire la pratique sans souscrire à chaque enseignement institutionnel. La prière n’a pas besoin de l’aval d’une institution pour fonctionner. La méditation continue, que l’autorité concernée approuve ou non tes choix de vie.

La pratique et l’institution se recoupent, mais ne sont pas identiques. Certains tiennent cette distinction sans peine ; d’autres la trouvent plus difficile.

Principe 2 : trouver les parties de la tradition qui te soutiennent

La plupart des grandes traditions contiennent plusieurs courants. Les courants qui mettent l’accent sur la clémence, les voix contemplatives, les enseignements sur la souffrance et la consolation. Ils existent à l’intérieur de traditions dont les positions institutionnelles sur le divorce peuvent être dures. Trouver les parties de la tradition qui te soutiennent ne demande pas de quitter la tradition ; ça demande de chercher à l’intérieur.

Ça passe parfois par des personnes précises, des auteurs précis, des communautés précises au sein de la tradition plus large, qui tiennent ce terrain difficile avec compassion.

Principe 3 : prendre la décision plus difficile quand il le faut

Pour certains, le frottement entre la tradition et la vie est trop fort pour être tenu. La pratique peut avoir besoin d’évoluer en dehors de l’institution. C’est réel et c’est difficile. L’article 76 (quand la foi s’est fissurée) approfondit ce point.

Le travail, c’est de trouver la pratique que tu peux tenir honnêtement. Une pratique qui exige de nier ta vie réelle n’est pas tenable sur des années.

Quand tu n’as aucune tradition et que tu ne sais pas si tu dois t’y mettre

Certains lecteurs n’ont aucune tradition et aucune pratique. Ils n’ont pas grandi dedans, ont perdu la leur il y a longtemps, ou n’ont jamais eu de rapport avec quoi que ce soit de formel. Trois choses à savoir.

1. Tu ne passes pas à côté de quelque chose d’essentiel

Une vie sans pratique peut être une vie pleine. Beaucoup de gens font le travail d’intégration d’après-séparation sans jamais adopter de pratique, et le font bien. Le cadre que prend cet article est un chemin parmi d’autres.

2. Si tu es curieux, commence par quelque chose de laïque

Une appli de méditation laïque. Une marche quotidienne menée avec un peu d’intention. Une pratique de lecture. Une heure de solitude par semaine. Ça ne demande l’adhésion à aucun cadre. Ça te donne des indices sur le fait que quelque chose, dans ce domaine, te parle ou non.

3. Ne choisis pas une tradition de façon transactionnelle

Si tu envisages d’adopter une tradition pour la première fois, ne le fais pas parce qu’elle t’offrirait précisément un soulagement de la séparation. La tradition que tu habiterais vraiment, c’est celle que tu voudrais même sans être en crise. Choisir depuis l’intérieur de la crise produit souvent des pratiques qui tombent une fois la crise passée.

Une approche raisonnable : reste curieux. Lis. Parle avec des gens. Ne t’engage pas vite. La pratique qui te convient, s’il y en a une, se révélera au fil des années.

Quand le retour ne dure pas

Parfois la pratique revient pendant la phase aiguë et s’efface à nouveau quand la crise se pose. C’est fréquent et ce n’est pas un échec.

Trois choses à savoir.

1. La réactivation aiguë a rempli son rôle. Si la pratique t’a aidé à traverser les mois les plus durs puis s’est effacée à mesure que tu te stabilisais, la pratique a fait son travail. L’effacement n’est pas une perte ; c’est le système qui revient à une base plus stable.

2. Tu peux y revenir à nouveau, selon les besoins. La pratique n’a pas besoin d’être constante pour rester disponible. Certains ont une pratique qui remonte pendant les périodes difficiles et s’efface pendant les plus douces. C’est un rapport tenable à la pratique, pas un rapport raté.

3. Si l’effacement te dérange, c’est une information. Certains trouvent l’effacement inconfortable : ils voulaient que la pratique s’installe durablement et ça ne s’est pas fait. Cet inconfort est une information. Ça peut vouloir dire qu’une autre forme de pratique te conviendrait mieux. Ça peut vouloir dire qu’il te faut choisir activement de la maintenir.

Aide-mémoire

Cinq choses que « pratique » peut désigner :

  1. La prière.
  2. La méditation.
  3. Le rituel.
  4. La lecture ou la récitation.
  5. La présence tranquille.

Trois raisons pour lesquelles la crise la fait revenir :

  • Le système nerveux retourne vers les vieux sillons.
  • Les questions deviennent plus grandes.
  • L’attachement a besoin de quelque chose de stable.

Quatre formes que prend le réflexe :

  1. Le retour réflexe (début d’étape 1).
  2. Le retour délibéré (étape 2 et après).
  3. Le retour modifié (reconnaissable mais remodelé).
  4. La nouveauté (pratique inédite).

Ce que la pratique peut faire :

  • Réguler.
  • Tenir les grandes questions.
  • Donner une structure.
  • Te relier à quelque chose de plus grand.
  • Apporter parfois une communauté.

Ce que la pratique ne peut pas faire :

  • Remplacer le travail d’intégration.
  • Résoudre la situation extérieure.
  • Remplacer un accompagnement professionnel.
  • Court-circuiter le travail ordinaire d’être humain.

Quand la position de la tradition sur la séparation complique le retour :

  • Distinguer la pratique de l’institution.
  • Trouver les parties de la tradition qui te soutiennent.
  • Prendre la décision plus difficile quand il le faut.

Si tu n’as aucune tradition :

  • Tu ne passes pas à côté de quelque chose d’essentiel.
  • Commence par quelque chose de laïque si tu es curieux.
  • Ne choisis pas de façon transactionnelle depuis l’intérieur de la crise.

Quand le retour ne dure pas :

  • La réactivation aiguë a rempli son rôle.
  • Tu peux y revenir à nouveau, selon les besoins.
  • Un effacement qui te dérange est une information.

Pour finir

La pratique est une ressource parmi d’autres. Pour certains, elle est centrale ; pour d’autres, marginale ; pour d’autres encore, elle ne s’applique pas. La question n’est pas de savoir si la pratique est la bonne réponse. C’est de savoir si la pratique a quelque chose d’utile à t’offrir, et quelle forme prend cette offre.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.