La première fois où tu te fiches vraiment de ce qu’il pense
By the dip team · 11 min de lecture

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 82 · Wave 3
Tu seras en train de faire quelque chose, de prendre une décision pour les enfants, de choisir comment t’habiller, de poster quelque chose sur les réseaux, d’organiser ta semaine, et la pensée qui venait avant immédiatement ne viendra pas. Qu’est-ce que le co-parent en penserait. Pas comme une crainte. Même pas comme une considération passagère. Juste absente. Tu remarqueras cette absence après coup, comme tu remarquerais que tes épaules s’étaient relâchées seulement une fois qu’elles l’étaient depuis un moment.
Cet article parle de ce qui se jouait pendant les années où ça t’importait, de pourquoi ce souci est plus difficile à lâcher que le besoin d’être compris, des cinq domaines où le relâchement apparaît en premier, de ce qu’il n’est pas, et de quoi faire quand ce souci revient.
Ce qui se jouait pendant les années où ça t’importait
Pendant les années du couple, et la plupart des années d’après, tu te souciais de ce que le co-parent penserait. Ce souci était en arrière-plan, presque invisible pour toi, tissé dans les décisions ordinaires.
Trois choses que ce souci faisait.
1. Il te calibrait vers une vie commune. Une vie commune demande à chacun de tenir compte de l’autre. Se soucier de ce que le partenaire pensait, c’était le mécanisme. Tu intégrais ses préférences, ses réactions, sa lecture des choses. Parfois exprès, le plus souvent automatiquement.
2. Il anticipait les frictions. Se soucier, ça voulait dire anticiper là où il allait freiner des quatre fers. L’anticipation te donnait le temps de prévoir, d’adoucir, de préparer. Ce système de prévision des frictions tournait en permanence en arrière-plan.
3. Il maintenait une certaine présentation de toi-même. Tu n’étais pas seulement toi-même dans le couple. Tu étais une version de toi qui allait avec le couple. Te soucier de ce qu’il penserait, c’était le régulateur qui gardait cette version alignée.
Ces trois fonctions avaient du sens à l’intérieur du couple. En dehors, elles ne s’appliquent plus. Mais le souci persiste par habitude. Il tourne même quand le couple a pris fin, que la vie commune s’est dissoute, et que la version de toi que tu maintenais n’est plus nécessaire.
Pourquoi ce souci est plus difficile à lâcher que le besoin d’être compris
L’article 96 parlait du relâchement du besoin d’être compris. Lâcher le souci de ce qu’il pense est lié, mais plus difficile, et ça vaut la peine de le comprendre comme un travail à part.
Trois raisons pour lesquelles c’est plus difficile.
1. Il tourne à un niveau plus profond que la compréhension. Le besoin d’être compris était en général conscient. Tu pouvais t’entendre plaider ta cause, en toi-même ou à voix haute. Le souci de ce qu’il pense tourne en dessous du seuil où on s’en rend compte. Il est dans les petits ajustements que tu fais sans les enregistrer.
2. Il touche plus de décisions. Le besoin d’être compris s’activait autour de situations précises. Ce souci-là est partout. Comment tu t’habilles, ce que tu achètes, ce que tu postes, comment tu passes un samedi, comment tu parles des enfants, comment tu parles de toi. Le souci est intégré à la vie ordinaire d’une façon que le besoin d’être compris ne l’était pas.
3. Il a une justification pratique après la séparation. Vous êtes toujours co-parents. Les réactions du co-parent comptent encore pour certaines choses précises. Une partie de ce souci n’est pas un attachement malsain ; c’est une attention fonctionnelle et appropriée à une relation qui continue. Séparer le souci légitime du souci résiduel est vraiment difficile.
Le relâchement, ce n’est pas arrête de te soucier de tout ce qu’il pense. C’est arrête le souci de fond pour tout, et garde le souci de premier plan pour ce qui compte vraiment. Cette distinction est plus difficile à faire vivre qu’à décrire.
Les cinq domaines où le relâchement apparaît en premier
Le souci se relâche de façon inégale. Certains domaines lâchent plus tôt que d’autres. Voici cinq domaines qui lâchent souvent en premier.
Domaine 1 : l’apparence
Comment tu t’habilles, comment tu te coupes les cheveux, si tu as pris ou perdu du poids, de quoi tu as l’air en photo. Le souci de ce qu’il pense autour de l’apparence se relâche souvent tôt, parce qu’il était toujours en partie une performance.
Ce que tu remarqueras : choisir des vêtements qui te vont à toi, plutôt qu’à la version de toi qu’il préférait. Ne plus éviter les miroirs après une semaine difficile. Poster des photos sans d’abord imaginer sa réaction.
Domaine 2 : les petits achats
Les décisions financières à plus faible enjeu. Une nouvelle chaise, un certain resto, un livre, un gadget. Le souci s’enregistrait avant : est-ce qu’il trouverait ça raisonnable, est-ce qu’il ferait un commentaire, est-ce que ça reviendrait sur le tapis à un moment.
Ce que tu remarqueras : acheter des choses sans le petit contrôle intérieur. Parfois, acheter des choses que tu n’aurais pas achetées sous les normes tacites du couple. Parfois, acheter des choses qu’il aurait approuvées, mais sans que son approbation fasse partie de la décision.
Domaine 3 : les réseaux sociaux
Ce que tu postes, qui tu identifies, ce que tu aimes, ce que tu commentes. Le co-parent voit souvent plus de tes réseaux que tu ne t’en souviens consciemment, alors le souci de ce qu’il pense tournait beaucoup ici.
Ce que tu remarqueras : poster sans d’abord te demander comment ça passerait auprès de lui. Échanger avec de nouvelles personnes, dans de nouveaux contextes, sur de nouveaux types de contenus qui ne faisaient pas partie de la version de toi en ligne pendant le couple.
Domaine 4 : les choix du week-end
Comment tu utilises tes week-ends sans les enfants, comment tu les racontes aux gens, à quoi tu dis oui et à quoi tu dis non. La version de toi du couple organisait les week-ends en partie autour de ce qui était tenable dans le couple. La version de l’étape 3 est souvent différente.
Ce que tu remarqueras : un samedi que tu aurais raconté sur la défensive selon la norme du couple, et que maintenant tu vis, simplement, sans avoir à t’expliquer.
Domaine 5 : les choix concernant les enfants
Le domaine le plus chargé, celui où le souci dure le plus longtemps. À quelles activités tu les inscris, ce que tu leur donnes à manger, l’heure du coucher que tu tiens, ce que tu les laisses faire le week-end.
Ce que tu remarqueras : prendre une décision de parent parce que tu la crois juste, pas parce que tu as calculé si le co-parent y trouverait à redire. Certaines de ces décisions seront encore des décisions que le co-parent aurait prises lui aussi. D’autres non. Dans les deux cas, la décision ne passe plus par lui.
L’ordre du relâchement varie. La plupart des parents voient l’apparence et les petits achats lâcher en premier. Le souci lié aux enfants est en général le dernier. Certains parents ne le lâchent jamais complètement, et ce n’est pas un échec, puisque le co-parent a une place légitime dans ces décisions-là.
Ce que ce n’est pas
Ce relâchement est facile à mal lire. Plusieurs choses qu’il n’est pas.
Ce n’est pas du mépris
Tu peux arrêter de te soucier de ce qu’il pense sans le rabaisser. Le relâchement porte sur le poids intérieur que tu donnes à son avis, pas sur sa valeur en tant que personne. Certains parents, à l’étape 3, qui ont complètement lâché le souci, respectent toujours le co-parent. Les deux peuvent coexister.
Ce n’est pas être difficile
Certains co-parents lisent ce relâchement comme le signe que tu deviens moins coopérant, plus sec, moins prévenant. Cette lecture est en partie juste (les égards que tu lui accordais avant ont diminué) et en partie fausse (tu ne deviens pas moins coopérant sur les choses qui comptent vraiment). Cette lecture ne devrait pas changer le relâchement.
Ce n’est pas de l’égoïsme durable
Tu peux arrêter de te soucier de ce qu’il pense et continuer de te soucier de ce que pensent tes amis, ta famille et tes enfants. Le souci n’est pas un réglage global. Il se calibre relation par relation. C’est le co-parent qui sort de l’ensemble des gens dont tu te soucies, pas tout le monde.
Ce n’est pas un état final
Tu entreras et tu sortiras de cet état relâché pendant des années. Par moments, le souci est complètement lâché. À d’autres, certains déclencheurs le réactivent. Le relâchement de l’étape 3 n’est pas une immunité permanente ; c’est un nouveau point d’équilibre qui fluctue.
Ce n’est pas approprié pour tous les sujets liés au co-parent
Pour certaines décisions, l’avis du co-parent compte vraiment : les choix importants concernant les enfants, les accords passés en médiation, les choses qui touchent les deux foyers. Le relâchement n’est pas un permis de l’ignorer sur ces sujets-là. C’est un relâchement du souci de fond pour tout le reste.
La pratique : distinguer ce qui compte de ce qui ne compte pas
Le travail de l’étape 3 n’est pas d’éliminer le souci. C’est de le rendre délibéré. Trois pratiques.
Pratique 1 : remarque quand tu es en train de te calibrer
Le premier geste, c’est de remarquer. Quand tu te surprends à ajuster une décision à cause d’une réaction imaginée du co-parent, marque une pause. Demande-toi : est-ce que ça demande vraiment de tenir compte de lui, ou est-ce que je me calibre juste par habitude ?
La plupart du temps, la réponse est je me calibre juste par habitude. Remarque, réoriente, prends la décision sans lui.
Pratique 2 : passe un petit test
Un test intérieur utile : si le co-parent disparaissait de ma vie demain, est-ce que cette décision changerait ?
Si oui : la décision est façonnée par lui. Regarde si elle devrait l’être.
Si non : son avis ne compte pas vraiment ici. Arrête de le faire passer dans le calcul.
Le test est rapide. Il tranche vite dans la plupart du souci résiduel.
Pratique 3 : tiens une petite liste de ce sur quoi il a légitimement son mot à dire
Rends explicite, pour toi-même, ce qui le concerne vraiment. Les décisions importantes concernant les enfants. Les changements d’organisation. Les choses matérielles qui touchent les deux foyers. Ce qui figure dans vos accords de co-parentalité.
Tout ce qui est en dehors de cette liste ne demande pas de tenir compte de lui. Tenir la liste explicite rend plus facile de lâcher le reste.
Quoi faire quand le souci revient
Le souci reviendra, parfois. Un événement précis, une conversation particulière, une remarque de quelqu’un, une situation partagée, et te voilà à nouveau en train de faire tourner sa réaction en toi, à te calibrer, à anticiper, à ajuster.
Trois réponses.
1. Remarque sans te juger
Ce retour n’est pas un échec du travail de l’étape 3. C’est le système qui fait ce qu’il fait sous certains déclencheurs. Je me soucie à nouveau de ce qu’il pense. Noté.
Le fait de le nommer le desserre, en général.
2. Remonte au déclencheur
Qu’est-ce qui l’a activé ? Parfois un événement précis. Parfois un stress dans ta vie qui n’a rien à voir avec lui, mais qui réactive de vieux schémas. Remonter le fil est déjà une information utile.
3. Laisse passer
La plupart des retours durent de quelques heures à quelques jours, parfois quelques semaines. Ils s’apaisent d’eux-mêmes quand le déclencheur retombe. Essayer de les réprimer activement allonge en général leur durée.
Vers la troisième ou la quatrième année, les retours arrivent moins souvent et passent plus vite. Le point d’équilibre relâché devient plus stable.
Quand le relâchement met d’autres choses au jour
Parfois, quand le souci se relâche, d’autres choses deviennent visibles, des choses que le souci masquait.
1. Des décisions que tu repoussais. Une fois le facteur co-parent retiré du calcul, des décisions qui étaient bloquées se débloquent. Certaines seront petites. D’autres, importantes.
2. Des préférences que tu avais étouffées. Sans les préférences du co-parent dans le calcul, tes préférences à toi redeviennent accessibles. Certaines, tu les reconnaîtras. D’autres te surprendront.
3. De la solitude, ou d’autres choses sur le plan émotionnel. Le souci occupait de la place. Quand il s’en va, ce qu’il y a en dessous se montre parfois. La solitude, le deuil, une forme d’agitation, une ambition restée silencieuse depuis des années.
Cette matière qui remonte est une information. Le souci occupait une place qui a d’autres usages ; c’est le fait que cette place se libère qui rend le reste visible.
En bref
Trois choses que le souci faisait dans le couple :
- Te calibrer vers une vie commune.
- Anticiper les frictions.
- Maintenir une certaine présentation de toi-même.
Trois raisons pour lesquelles c’est plus difficile à lâcher que le besoin d’être compris :
- Il tourne à un niveau plus profond que la compréhension.
- Il touche plus de décisions.
- Il a une justification pratique après la séparation.
Cinq domaines où le relâchement apparaît en premier :
- L’apparence.
- Les petits achats.
- Les réseaux sociaux.
- Les choix du week-end.
- Les choix concernant les enfants (les derniers à lâcher).
Ce que le relâchement n’est pas :
- Du mépris.
- Être difficile.
- De l’égoïsme durable.
- Un état final.
- Approprié pour tous les sujets liés au co-parent.
Trois pratiques pour rendre le souci délibéré :
- Remarque quand tu es en train de te calibrer.
- Passe le test (est-ce que ça changerait s’il disparaissait demain ?).
- Tiens une petite liste de ce sur quoi il a légitimement son mot à dire.
Quand le souci revient :
- Remarque sans te juger.
- Remonte au déclencheur.
- Laisse passer (de quelques heures à quelques jours, parfois quelques semaines).
Quand le relâchement met d’autres choses au jour :
- Des décisions repoussées redeviennent accessibles.
- Des préférences étouffées remontent.
- Une matière émotionnelle de fond devient visible.
Pour finir
Le souci de ce qu’il pense organisait de petites décisions que tu ne savais même pas être en train de prendre. Le relâchement te laisse découvrir lesquelles, parmi elles, tu avais vraiment envie de prendre autrement.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.