dip
A Year And Beyond

Le premier rire qui n’était pas sous condition

By the dip team · 6 min de lecture

Le premier rire qui n’était pas sous condition

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 122 · Wave 2 · Tendre


Tu étais quelque part de banal. Une cuisine, une voiture, un café, une balade avec un ami. Quelque chose de drôle est arrivé, et tu as ri, et le rire est remonté de tout en bas, d’un endroit d’où il ne venait plus depuis longtemps. Pas le rire poli que tu faisais depuis des mois, celui qui restait coincé dans la gorge et se contrôlait au passage. Un vrai. Et juste derrière, à moitié surpris, cette pensée : ah, me revoilà.

Cet article parle de ce rire-là. Le premier vraiment libre, celui sans astérisque, après une longue période où le rire traînait toujours une condition derrière lui. Pourquoi il compte plus qu’il n’y paraît, pourquoi il s’accompagne parfois de culpabilité, et ce qu’il est en train de te dire.

Le rire sous condition

Pendant la plus grande partie de la première année, ton rire était sous condition. Il contournait le chagrin. Il était bien réel sur le moment, puis il retombait dans la lourdeur, comme si la lourdeur était le niveau de base et le rire un visiteur de passage, obligé de repartir. Tu pouvais rire à une blague et sentir, tout du long, la tristesse encore posée en dessous. Le rire n’atteignait pas le fond.

C’est normal, et ce n’est pas faux. C’est ce que fait le rire quand on est en deuil. La capacité est là, mais le volume est baissé, parce qu’une partie de toi tient encore le poids, et on ne peut pas se laisser aller pleinement à un rire quand on porte quelque chose à deux bras.

Ce qui change avec le rire libre

Le rire libre, c’est celui où, pendant toute sa durée, le poids n’est pas là. Pas réprimé. Juste, l’espace de ce moment, vraiment absent. Le rire atteint le fond parce que le fond est, brièvement, dégagé.

En général, il te surprend, parce que tu n’as pas décidé d’aller mieux. Tu n’étais pas en train de travailler sur ta reconstruction à ce moment-là. Tu étais simplement en train de vivre, et le rire est arrivé tout seul, et c’est exactement ce qui compte : c’est la preuve que la reconstruction se faisait sous le seuil de ta conscience, en arrière-plan, sans que tu la pilotes. Le corps a guéri un peu pendant que tu regardais ailleurs, et le rire, c’est le reçu.

Pourquoi il peut s’accompagner de culpabilité

Chez certains, le premier vrai rire est aussitôt suivi d’une drôle de chute, d’une sensation qui ressemble à de la culpabilité. Est-ce que je devrais rire comme ça ? C’est trop tôt ? Qu’est-ce que ça veut dire, que j’en sois capable ?

La culpabilité tourne sur une équation discrète et fausse : qu’aller bien voudrait dire que le couple ne comptait pas, ou que la joie maintenant serait une forme de trahison envers le chagrin, ou envers la famille d’avant. Rien de tout ça ne tient. Tu peux rire pleinement et avoir aimé ce que tu as perdu. Le rire n’efface pas le chagrin et ne diminue pas ce qui était réel. Le chagrin et la joie ne sont pas sur un même curseur, où plus de l’un voudrait dire moins de l’autre. Ils avancent sur des voies séparées, et le jour où les deux tournent à plein volume n’est une trahison ni de l’un ni de l’autre. C’est juste ce que ça fait, une vie entière.

Si la culpabilité vient, laisse-la passer sans trop t’acharner à t’en dissuader. C’est un vieux réflexe, et il s’estompe à mesure que tu collectionnes les rires libres.

Ce qu’il est en train de te dire

Le premier vrai rire est un repère, comme la première nuit complète ou le premier samedi en solo que tu n’as pas redouté. Il te dit que ta palette revient. Pendant longtemps, ta palette émotionnelle s’était resserrée dans la bande étroite entre l’anesthésie et la tristesse. Le rire libre, c’est le haut de la palette qui revient, et là où le haut revient, le reste suit : la joie, l’envie, le côté un peu bête, la capacité de te laisser emporter par quelque chose de bon.

Il te dit aussi quelque chose sur celui que tu es en train de devenir. Le rire qui remonte de tout en bas est souvent un rire un peu différent de celui du couple. Les gens remarquent parfois qu’ils rient à d’autres choses, maintenant, ou plus facilement, ou plus fort. Le moi qui se recompose a son propre sens de l’humour, et le premier vrai rire est l’un des premiers endroits où tu l’entends.

Comment en laisser entrer davantage

Tu ne peux pas fabriquer un rire libre, et essayer ne produit que la version sous condition. Mais tu peux créer les conditions qui les laissent arriver plus souvent.

Entoure-toi des gens qui t’ont toujours fait rire. L’humour est contagieux, et il passe par le lien. Les amis qui te connaissaient avant, ceux avec qui le courant passe sans effort, sont souvent là où reviennent les premiers vrais rires, parce qu’ils ne te manient pas avec précaution. Ils sont juste drôles avec toi, comme ils l’ont toujours été.

Autorise-toi à regarder, lire, écouter des choses qui sont là purement pour le plaisir, sans objectif d’amélioration. La première année penche lourdement vers le sérieux, le thérapeutique, le travail sur soi. La comédie est un remède, elle aussi. Avoir le droit de trouver les choses drôles fait partie de la reconstruction, ce n’est pas une distraction qui t’en éloigne.

Et quand un vrai arrive, remarque-le. Pas d’une manière qui le tue, mais après, tranquillement. Ça, c’en était un vrai. Les noter, à la légère, t’aide à enregistrer qu’ils deviennent plus fréquents, ce qui est le cas.

Pour finir

Le premier rire qui n’était pas sous condition est une petite chose qui en dit une grande : la part de toi que le chagrin avait baissée remonte, toute seule, sans qu’on la sollicite. Tu n’as rien à faire pour la mériter ni pour la protéger. Tu n’as qu’à la laisser arriver, laisser passer la culpabilité qui la poursuit parfois, et faire confiance à ce qu’elle te dit : que tu es toujours là, toi tout entier, et que tu reviens.

En bref

  • Le rire sous condition contourne le chagrin ; le rire libre atteint le fond parce que le poids, l’espace de ce moment, n’est pas là.
  • Il te surprend parce que la reconstruction se faisait sous le seuil de ta conscience. Le rire, c’est le reçu.
  • Si la culpabilité suit, elle tourne sur une équation fausse : la joie maintenant n’est pas une trahison envers ce que tu as perdu. Le chagrin et la joie avancent sur des voies séparées.
  • Il signale le retour de toute ta palette émotionnelle, et souvent d’un sens de l’humour un peu neuf.
  • Tu ne peux pas en forcer un, mais tu peux te tenir près des gens drôles et t’autoriser à apprécier les choses sans raison.

Tu peux rire de tout en bas et avoir aimé ce que tu as perdu. La joie n’est pas prise au chagrin. Ils avancent sur des voies séparées.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.