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La communauté que tu ne savais pas que tu construisais

By the dip team · 12 min de lecture

La communauté que tu ne savais pas que tu construisais

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 115 · Wave 3


Tu vas le remarquer un samedi à la fête du sport de l’école des enfants, ou à l’anniversaire d’un voisin, ou dans la façon dont les parents croisés à la sortie de l’école ont commencé à te sembler familiers. Les gens autour de ta vie ont une forme, maintenant. Ils n’en avaient pas il y a un an. Certains sont venus d’une amitié qui s’est approfondie. Certains sont venus de la communauté de l’école. Certains sont venus d’une nouvelle activité que tu as commencée. Certains sont venus des amitiés des enfants. Rien de tout ça n’était prévu. À l’étape 3, la communauté que tu ne savais pas que tu construisais, c’est celle que tu as.

Cet article parle de ce dont une communauté de l’étape 3 est concrètement faite, des quatre sortes de relations qui la composent, de la façon dont elle diffère de la communauté de l’époque du couple, des raisons pour lesquelles l’essentiel n’était pas prévu, de ce que tu peux faire pour la rendre plus délibérée à partir d’ici, et de ce qu’elle apporte au fil des années.

Ce dont une communauté de l’étape 3 est concrètement faite

Le mot communauté est flou. Pour les parents à l’étape 3, il désigne en général quelque chose de précis, un ensemble de relations à plusieurs niveaux qui produisent l’infrastructure pratique et émotionnelle de la vie d’après-séparation.

Cinq niveaux.

1. Les amitiés qui se sont approfondies. Le petit nombre d’amis qui sont sortis de la période plus proches qu’avant. Le niveau central.

2. Le cercle actif. L’ensemble plus large d’amis que tu vois régulièrement. Verres, dîners, activités partagées. Ce sont des amitiés qui fonctionnent à une profondeur modérée et que des contacts répétés à faible enjeu entretiennent.

3. Les contacts fonctionnels. Les voisins. Les parents croisés à la sortie de l’école. Les gens de ta vie professionnelle. Les parents des amis de tes enfants. Le rouage du quotidien. Ce ne sont pas exactement des amis, mais ce ne sont pas des inconnus. Ce sont les contacts fonctionnels qui font tourner ta semaine.

4. La famille qui est impliquée. Les membres de la famille, frères et sœurs, parents, parfois cousins, parfois parenté élargie, qui sont concrètement et émotionnellement dans ta vie actuelle. L’implication varie d’une famille à l’autre. Même quand il y en a, elle est en général moindre que les amitiés en volume, mais plus solide dans sa durée structurelle.

5. De nouvelles personnes qui apparaissent. Des arrivées récentes. Un nouvel ami venu d’un nouveau contexte. Un nouveau partenaire si tu rencontres des gens. De nouvelles personnes par ton travail ou tes centres d’intérêt. Ce niveau est petit, mais réel.

La forme d’ensemble de ces cinq niveaux, c’est ta communauté. Elle est plus grande que tu ne le réalises d’habitude, et le fait de la remarquer fait partie de l’étape 3.

Les quatre sortes de relations qui la composent

À regarder l’ensemble des niveaux, les relations se rangent en quatre sortes.

Sorte 1 : les relations d’entretien

Elles ont besoin d’apports réguliers pour survivre. Amitiés, membres de la famille dont tu restes proche, liens de communauté particuliers. Elles demandent de l’attention. Elles rendent à hauteur de ce que tu y mets.

L’essentiel de ta communauté active, ce sont des relations d’entretien. L’entretien est à la mesure de la valeur.

Sorte 2 : les relations latentes

Elles sont en sommeil mais récupérables. Des gens que tu contacterais si quelque chose d’important arrivait. De vieux amis qui seraient contents d’avoir de tes nouvelles. De la famille à qui tu ne parles pas souvent mais qui serait là en cas de besoin.

Elles n’ont pas besoin d’entretien pour survivre. Elles restent là, disponibles en cas de besoin, souvent inutilisées pendant des années. Leur existence compte même quand elles sont en sommeil.

Sorte 3 : les relations fonctionnelles

Elles sont liées à des contextes précis. Travail, école, quartier, groupes d’activité. Elles fonctionnent dans le contexte et ne débordent en général pas au-delà. Certaines deviennent des amitiés avec le temps ; la plupart non.

Les relations fonctionnelles sont parfois sous-estimées. Elles sont réelles. Elles font tourner la vie. Elles n’ont pas à devenir plus que ce qu’elles sont.

Sorte 4 : les relations naissantes

Celles qui sont en train de se former. Un nouvel ami avec qui tu as commencé à passer du temps. Un voisin que tu apprends à connaître. Une relation amoureuse possible. Elles en sont à leurs débuts et ont un avenir indéterminé.

La plupart ne deviendront pas des relations durables. Certaines, oui. Le travail, c’est d’être présent à elles telles qu’elles sont maintenant, sans les forcer à être plus.

Comment elle diffère de la communauté de l’époque du couple

La communauté de l’étape 3 est structurellement différente de celle que tu avais à l’époque du couple. Cinq différences.

1. Elle est organisée autour de toi, pas autour du couple. À l’époque du couple, une grande partie de ta communauté était commune, amis du couple, événements des deux familles, cercles sociaux partagés. La communauté de l’étape 3 est organisée autour de ta vie à toi. Ce basculement est l’un des plus grands changements structurels qu’a produits la séparation.

2. Elle est plus petite. La plupart des parents se retrouvent avec moins de relations au total après la séparation qu’à l’époque du couple. Cette réduction n’est pas un manque ; c’est un calibrage à la capacité d’une vie seule.

3. Elle est plus profonde par endroits. Certaines relations précises vont plus en profondeur qu’à l’époque du couple. La profondeur remplace souvent l’étendue.

4. Elle est plus directement à toi. Les relations de l’époque du couple en comptaient certaines qui étaient en réalité les amis du co-parent que tu connaissais aussi. Les relations de l’étape 3 sont des gens que tu as choisis, davantage que des gens venus avec le couple.

5. Elle est plus délibérément construite. La communauté de l’époque du couple était en partie héritée et en partie accumulée au fil de la vie. La communauté de l’étape 3 comporte plus de construction délibérée. Même les parties non prévues ont été choisies à des moments de décision que tu as vraiment pris.

Les différences ne sont pas pires. Juste différentes. Une communauté de l’étape 3 peut être une architecture sociale solide et satisfaisante, même quand elle est plus petite que celle de l’époque du couple.

Pourquoi l’essentiel n’était pas prévu

Si tu regardes ta communauté actuelle et que tu retraces comment chaque morceau est arrivé, la plupart des arrivées n’étaient pas prévues.

Quatre raisons pour lesquelles l’essentiel n’était pas prévu.

1. Tu n’étais pas en état de la planifier. L’étape 1 et l’essentiel de l’étape 2 n’étaient pas des périodes où tu pouvais construire une communauté de façon délibérée. Tu survivais. Les relations qui se sont formées pendant ces périodes se sont formées parce que les circonstances, ta capacité et la présence d’autres personnes se sont alignées.

2. Les gens qui allaient former ta communauté n’étaient pas prévisibles. L’ami qui s’est approfondi n’était pas forcément celui que tu aurais prédit. Le voisin devenu important n’était pas sur ton radar. L’activité que tu as commencée et les gens que tu y as rencontrés n’étaient pas visibles depuis ton point de départ.

3. Construire une communauté demande des contacts répétés à faible enjeu. Le mécanisme par lequel se forment la plupart des communautés, ce sont de petites interactions répétées dans le temps. Tu n’as pas orchestré ces interactions répétées ; c’est la structure du quotidien qui les a produites. Sorties d’école, environnements de travail, proximités de voisinage.

4. Les changements structurels de la séparation ont produit de nouveaux contextes. Un nouveau foyer, un nouvel emploi du temps, peut-être un nouveau quartier, de nouvelles façons d’être seul. Ces nouvelles structures t’ont mis en contact avec des gens que tu n’aurais pas croisés autrement.

Ce côté non prévu, c’est en partie pour ça que la communauté fonctionne. Les communautés conçues sonnent parfois faux. Les communautés qui ont poussé dans la matière de la vie ressemblent à la vie elle-même.

Ce que tu peux faire pour la rendre plus délibérée à partir d’ici

À l’étape 3, tu as plus de capacité à être délibéré qu’avant. Le côté non prévu était juste pour les périodes précédentes ; un peu d’attention délibérée est juste pour maintenant.

Cinq pratiques.

1. Cartographier ce que tu as

Passe une soirée, ou une heure le week-end, à lister vraiment les gens de ta communauté. Qui est à chaque niveau. Qui tu vois régulièrement. Qui tu contacterais en cas de crise. Avec qui tu as perdu le contact et que tu aimerais retrouver.

Cette carte n’est pas un document de projet ; c’est un moment où tu vois ce qui est là. La plupart des gens, quand ils regardent vraiment, trouvent plus qu’ils ne le pensaient. Ce regard est utile en soi.

2. Entretenir ce qui fonctionne

Repère les relations qui t’apportent de la valeur maintenant et entretiens-les consciemment. Sois présent. Reprends contact. Fais des projets. Ne laisse pas les relations qui comptent partir à la dérive parce que tu ne prêtes pas attention à l’entretien.

Cet entretien n’a pas à être élaboré. Un point une fois par mois. Une activité partagée régulière. Une présence fiable aux occasions qui marquent l’amitié.

3. Construire ce qui manque

S’il y a des manques dans la communauté, des sortes d’amitié que tu n’as pas en ce moment, des contextes qui élargiraient ton cercle, sois délibéré pour t’en occuper. Rejoins l’activité. Inscris-toi au cours. Accepte l’invitation. Les nouvelles relations ont besoin de nouveaux contextes pour se former.

N’essaie pas de tout construire d’un coup. Un ou deux contextes à la fois, tenus sur plusieurs mois, produisent plus que des tentatives éparpillées.

4. Laisser certaines choses se terminer

Certaines relations, même celles qui ont duré, ne collent plus à ta vie. Cette fin délibérée, parfois par un contact qui s’estompe, parfois par une recomposition explicite, libère de la capacité. C’est cette capacité qui rend possible de construire du neuf.

Ce n’est pas de la dureté ; c’est de la lucidité. Certaines configurations ont rempli leur rôle.

5. Ne pas trop la mécaniser

La tentation, une fois que tu vois la communauté comme quelque chose que tu peux façonner, c’est de la gérer comme un projet. Ne le fais pas. Les communautés résistent à la gestion de projet. L’attention délibérée doit rester légère, quelques pour cent de ton énergie globale, pas un cadre dominant.

L’essentiel de la construction de communauté passe encore par la matière de la vie. Ton attention délibérée la pousse un peu. Elle ne la dirige pas.

Ce que la communauté apporte au fil des années

La communauté de l’étape 3, tenue au fil des années, apporte des choses précises.

1. Une infrastructure pratique

La capacité de gérer les demandes normales de la vie. Un relais pour la garde des enfants. De l’aide en cas de maladie. Des gens à appeler quand quelque chose de précis se présente. Cette infrastructure est surtout invisible jusqu’à ce qu’on en ait besoin ; quand on en a besoin, elle est conséquente.

2. Une infrastructure émotionnelle

Des gens à qui parler des choses ordinaires et extraordinaires. Plusieurs canaux émotionnels plutôt que de te reposer sur un ou deux. La répartition de la charge émotionnelle sur la communauté la rend tenable dans la durée.

3. Le sentiment d’être connu

Au fil des années, ta communauté accumule une connaissance de toi. Des gens qui connaissent ton histoire. Des gens qui connaissent ta vie actuelle. Des gens qui se souviendront de choses sur toi que toi-même tu oublierais. Être connu, c’est une forme de solidité.

4. La forme d’une vie

Une vie avec une communauté a une forme reconnaissable. La semaine a de la matière. L’année a des motifs qui reviennent. Les gens sont là d’une façon qui fait que la vie ressemble à une vie, plutôt qu’à une série d’événements sans lien.

5. Le toi plus âgé

La communauté que tu construis à l’étape 3 est, en partie, la communauté que tu auras à soixante et soixante-dix ans. Les relations construites maintenant font effet cumulé. Le toi plus âgé est en train d’être assemblé par le travail relationnel du toi d’aujourd’hui.

C’est l’une des plus grandes raisons pour lesquelles la communauté de l’étape 3 compte. La forme de tes vieux jours est en train de se décider dans les relations que tu construis maintenant.

Quand la communauté semble insuffisante

Certains parents à l’étape 3 regardent leur communauté et la trouvent insuffisante. Trois choses à savoir.

1. L’insuffisance peut être passagère

Une période d’insuffisance ne veut pas dire que la communauté est inadéquate. Parfois, les manques tiennent à ton état de besoin du moment plus qu’à la taille réelle de la communauté. La fatigue, l’épuisement, des facteurs de stress précis peuvent produire un sentiment d’insuffisance qui se lève quand le facteur de stress passe.

2. Les vrais manques peuvent se combler

Si des manques précis persistent, pas d’amis proches, pas de contact avec la famille élargie, pas de relation amoureuse, ils peuvent se combler de façon délibérée. Ça prend du temps. La communauté que tu auras dans un an peut être très différente de celle de maintenant.

3. Une part de solitude fait partie du terrain

Même avec une communauté solide, une part de solitude fait partie de la vie d’après-séparation, en particulier pendant les périodes où les enfants sont chez le co-parent. Cette solitude n’est pas le signe d’une communauté insuffisante ; c’est le signe d’être un seul être humain à une étape précise de la vie. Les articles de l’étape 2 sur la solitude s’appliquent.

Pour mémoire

Cinq niveaux d’une communauté de l’étape 3 :

  1. Amitiés qui se sont approfondies.
  2. Cercle actif.
  3. Contacts fonctionnels.
  4. Famille qui est impliquée.
  5. Nouvelles personnes qui apparaissent.

Quatre sortes de relations :

  1. Relations d’entretien.
  2. Relations latentes.
  3. Relations fonctionnelles.
  4. Relations naissantes.

Cinq différences avec la communauté de l’époque du couple :

  1. Organisée autour de toi, pas du couple.
  2. Plus petite.
  3. Plus profonde par endroits.
  4. Plus directement à toi.
  5. Plus délibérément construite.

Quatre raisons pour lesquelles l’essentiel n’était pas prévu :

  • Tu n’étais pas en état de planifier.
  • Les gens n’étaient pas prévisibles.
  • Construire demande des contacts répétés à faible enjeu.
  • Les changements structurels ont produit de nouveaux contextes.

Cinq pratiques pour la rendre plus délibérée à partir d’ici :

  1. Cartographier ce que tu as.
  2. Entretenir ce qui fonctionne.
  3. Construire ce qui manque.
  4. Laisser certaines choses se terminer.
  5. Ne pas trop la mécaniser.

Ce que la communauté apporte au fil des années :

  • Une infrastructure pratique.
  • Une infrastructure émotionnelle.
  • Le sentiment d’être connu.
  • La forme d’une vie.
  • Le toi plus âgé.

Quand la communauté semble insuffisante :

  • L’insuffisance peut être passagère.
  • Les vrais manques peuvent se combler de façon délibérée.
  • Une part de solitude fait partie du terrain.

Pour finir

Tu n’avais pas pour projet de construire une communauté. Cette communauté, c’est ce qui s’est construit pendant que tu essayais de t’en sortir. À l’étape 3, le travail consiste à voir ce que tu as, à l’entretenir, et à façonner ce qui vient ensuite.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.