
Étape 3 · Un an et au-delà · Article 68 · Wave 3
Pour certains, une communauté s’est rassemblée autour d’eux dans les mois les plus durs. La mosquée, l’église, le temple, le groupe de méditation, le cercle qui les connaissait : les gens ont été là. Pour d’autres, c’est l’inverse qui s’est produit : la communauté s’est tue, ou pire. Arrivé à l’étape 3, tu sais de quel côté tu es tombé. La dimension communautaire compte parmi les plus grandes variables de ce qui fait qu’une pratique aide ou non pendant une séparation, et cette variable t’échappe en grande partie.
Cet article parle de ce que la communauté peut apporter et que la pratique en solitaire ne peut pas, des quatre schémas courants de réponse des communautés pendant ta séparation, du moment où la communauté t’a fait défaut, de la manière de gérer une communauté qui te porte en partie bien et en partie mal, de ce qu’il faut faire si tu as quitté la communauté ou si elle t’a quitté, et de ce à quoi ressemble la formation d’une nouvelle communauté au fil des années.
Ce que la communauté apporte et que la pratique en solitaire ne peut pas
La pratique en solitaire est réelle et solide. La communauté y ajoute des choses précises.
Cinq choses que la communauté peut faire et que la pratique en solitaire, en général, ne peut pas.
1. Être témoin. Qu’un autre te voie dans la pratique change la pratique. Ce témoignage n’est pas une surveillance, c’est une présence. Une communauté te voit continuer à être là au fil des mois les plus durs, et ce regard compte.
2. Porter un poids que tu ne peux pas porter seul. Certaines choses sont trop lourdes pour être portées tout seul. La communauté en absorbe une partie. Le poids se répartit. Tu n’es pas le seul à porter ce que tu portes.
3. Inscrire la pratique dans une vie partagée. La pratique en solitaire peut ressembler à une activité qu’on fait seul, dans les moments libres. La pratique en communauté lui donne une forme qui fait partie de la manière de vivre d’un groupe de gens. Cette forme partagée rend la pratique moins facile à abandonner.
4. Donner les mots de ce qui se passe. Les communautés accumulent un langage pour les passages difficiles de la vie. Des mots, des cadres de pensée, des histoires. Ce langage accumulé te donne quelque chose à utiliser quand tes propres mots ne suffisent plus.
5. Porter la pratique pendant tes périodes basses. Quand tu es à plat, la communauté continue de pratiquer même si toi tu n’y arrives pas. Cette continuité est une forme de portage. Tu pourras revenir quand tu auras de nouveau les ressources ; la communauté, elle, a continué.
Ce sont des bénéfices réels. Ils dépendent aussi du fait que la communauté fonctionne vraiment. Une communauté qui faillit sur l’un de ces registres ne donne pas ce qu’elle aurait pu offrir.
Les quatre schémas courants de réponse des communautés
Arrivé à l’étape 3, tu vois clairement comment la communauté a réagi au fil des mois les plus durs. Le schéma correspond en général à l’une de ces quatre formes.
Schéma 1 : le rassemblement actif
La communauté s’est rassemblée autour de toi. Les gens ont été là. On t’a proposé une aide concrète. Certaines personnes ont pris de tes nouvelles. La communauté a fonctionné comme une communauté doit le faire dans une période dure. Tu t’es senti porté.
Ce schéma est réel et c’est l’un des cadeaux d’appartenir à une communauté qui fonctionne. Si tu l’as vécu, compte-le.
Schéma 2 : le soutien discret
Pas de grand rassemblement spectaculaire, mais un soutien continu, en sourdine. La présence chaque semaine s’est maintenue. Quelques personnes précises sont restées proches. La communauté n’a pas fait de ton soutien un projet, mais elle était là quand tu venais.
C’est plus courant que le schéma 1. Et c’est suffisant pour beaucoup de gens. Ce soutien discret tient.
Schéma 3 : la réponse mitigée
Certaines personnes de la communauté ont été là, d’autres non. Certaines figures qui guident la communauté ont bien réagi, d’autres mal. La communauté n’a pas eu une seule réponse, elle en a eu plusieurs, et tu as eu droit à toute la palette.
La plupart des gens vivent ce schéma, au moins en partie. Cette réponse mitigée est parfois plus déroutante qu’un échec uniforme, parce que tu ne peux pas faire pleinement confiance à la communauté tant que tu ne peux pas non plus la condamner pleinement.
Schéma 4 : l’échec actif
Des manquements précis. Un jugement qui a frappé plus fort qu’il n’aurait dû. Le retrait de gens qui auraient dû rester. Parfois une mise à l’écart ouverte. La communauté a été une source de mal supplémentaire plutôt qu’un soutien.
Ce schéma est moins fréquent, mais réel et grave quand il se produit. L’article 76 (quand la foi s’est fissurée) aborde les conséquences plus profondes.
Le schéma qui s’est dessiné pour toi est ce qu’il est. Ces schémas ne tenaient pas entièrement à ta situation : ils disaient quelque chose de la communauté elle-même, de celles et ceux qui la guident, de son état du moment, et des personnes précises qui étaient présentes à ce moment-là.
Quand la communauté t’a fait défaut
Si la communauté a manqué à sa place d’une manière précise (jugement ouvert, retrait, parti pris pour le co-parent, mise sur la place publique de choses privées), ce manquement mérite qu’on s’y arrête. Trois choses à savoir.
1. Le manquement en dit en général plus sur la communauté que sur toi
Une communauté qui faillit à l’égard d’un de ses membres en crise révèle quelque chose de son état interne. L’enseignement parlait peut-être d’amour, de grâce et de présence ; la pratique, dans ton cas précis, ne les a pas suivis. L’écart entre l’enseignement et la pratique appartient à la communauté, pas à toi.
Ce constat est inconfortable. Il est aussi juste. N’intériorise pas le manquement de la communauté comme une preuve de ce que tu vaux.
2. Le manquement n’a peut-être pas été total
Dans les cas d’échec actif, il restait en général des personnes précises qui ont bien réagi. Une amie de la communauté. Une figure plus ancienne. Un petit groupe à l’intérieur du plus grand. Le manquement était au niveau de l’institution ; au niveau des individus, ça variait.
Repérer qui a bien réagi, même dans un contexte globalement défaillant, te donne une image plus juste. Tu n’as pas été entièrement sans soutien. Tu as été en partie soutenu par des personnes précises qui ne pouvaient pas compenser à elles seules le manquement de l’institution.
3. Tu n’es pas obligé de pardonner vite à la communauté
L’instinct, surtout dans les traditions qui mettent l’accent sur le pardon, c’est de relâcher vite le manquement. Certains se forcent à le faire. Ce relâchement forcé, en général, ne tient pas.
Le pardon, quand il vient, vient à son propre rythme. Pour certains, il ne vient jamais tout à fait, pour des manquements précis de la communauté. Vivre avec une colère non relâchée envers la communauté est parfois la position honnête.
Être dans une communauté qui te porte en partie bien et en partie mal
La situation la plus courante : la communauté te porte sur certains plans et te fait défaut sur d’autres. L’ami de ton groupe d’étude est toujours là ; une figure qui guide a dit quelque chose de dur ; l’office de la semaine reste une ressource ; certaines personnes se sont retirées. Cette image mitigée demande une réponse plus nuancée que l’adhésion totale ou le départ total.
Cinq pratiques.
1. Reçois ce qui est réellement offert
Une partie du soutien est réelle. Prends-la. Ne refuse pas ce soutien sous prétexte que la communauté a aussi manqué ailleurs. Les personnes précises qui sont là méritent que tu continues d’être là avec elles.
2. Ne fais pas comme si les manquements n’avaient pas eu lieu
Tu n’as pas à jouer la comédie d’une communauté qui t’aurait pleinement porté. La version honnête inclut les trous. Si des personnes précises de la communauté te demandent comment ça va, tu peux être honnête sur ce qui a marché et ce qui n’a pas marché.
Faire mine d’être pleinement porté finit, avec le temps, par devenir un fardeau en soi.
3. Réduis ta dépendance aux parties défaillantes
Si ce sont les figures qui guident la communauté qui t’ont fait défaut, réduis ce que tu attends d’elles. Si certains rassemblements sont devenus inconfortables, vas-y moins, ou autrement. La communauté n’a pas à être tout ou rien ; tu peux y être en partie.
4. Trouve des communautés d’appoint
Si ta communauté principale te porte en partie et te fait défaut en partie, le manque peut se combler par des liens d’appoint. Un autre groupe à l’intérieur de la tradition. Un cercle de méditation. Une communauté en ligne. Un petit groupe d’amis qui pratiquent de façon informelle. L’appoint réduit la charge sur la communauté principale et lui permet d’être ce qu’elle est réellement.
5. Laisse la relation avec la communauté évoluer
La communauté que tu as aujourd’hui n’est pas celle que tu auras dans trois ans. Ta relation avec elle se déplace au fil du temps. Laisse-la se déplacer. Ne t’enferme pas dans un jugement définitif sur la communauté à partir de l’image partielle d’aujourd’hui.
Que faire si tu as quitté la communauté ou si elle t’a quitté
Pour certains, la communauté ne fait plus partie de la vie. Tu es parti, ou tu as été poussé dehors, ou tu t’es éloigné sous le poids des manquements. Trois choses à savoir.
1. Ce départ est une vraie perte
Une communauté dont tu fais partie depuis des années, ce n’est pas qu’un office ou un rassemblement. C’est une couche d’identité, une couche de sens, une couche de relations. La perdre, c’est subir des pertes sur plusieurs plans à la fois.
Cette perte est souvent balayée d’un revers de main parce que le départ était peut-être la bonne décision. Que la décision soit la bonne ne réduit pas la perte. Les deux peuvent être vrais.
2. La pratique peut parfois continuer sans la communauté
Si ta tradition permet la pratique en solitaire, la pratique peut continuer. La forme sera peut-être différente : moins de rituel, plus de lecture, plus de prière ou de méditation personnelle. Cette continuité n’est pas la même chose qu’une pratique inscrite dans une communauté, mais ce n’est pas rien.
Certains trouvent à la longue la pratique en solitaire plus riche que ne l’était la pratique en communauté. D’autres la trouvent appauvrie. Les deux sont réels.
3. Une nouvelle communauté est possible
Pas toujours vite. Pas toujours sous la même forme. Mais une nouvelle communauté se forme : une autre communauté dans la même tradition, une tradition voisine, une communauté laïque aux valeurs proches. La nouvelle communauté se développe en général lentement.
Ne la force pas. La bonne communauté se formera, si elle se forme, quand les conditions seront réunies.
À quoi ressemble la formation d’une nouvelle communauté au fil des années
Pour ceux qui construisent une nouvelle communauté après que l’ancienne n’a pas fonctionné, la formation passe par des phases grossières. Trois phases.
Phase 1 : l’exploration prudente
Tu vas à un truc. Tu essaies un groupe. Tu lis sur une autre tradition. Tu participes à une retraite ponctuelle. L’exploration reste exploratoire ; tu ne t’engages pas.
La plupart des explorations ne débouchent sur aucune communauté installée. Parfois, ça débouche sur une piste. Les pistes valent la peine d’être suivies.
Phase 2 : un groupe précis devient important
Une communauté en particulier commence à ressembler à un chez-soi. Tu y vas régulièrement. Des personnes précises deviennent des amis. La pratique commence à s’inscrire.
Cette phase arrive souvent entre dix-huit mois et trois ans après le début des recherches. La lenteur est structurelle, ce n’est pas un manque d’effort.
Phase 3 : la nouvelle communauté devient celle qui compte
La nouvelle communauté est désormais celle que tu citerais si on te demandait de quelle communauté tu fais partie. L’ancienne, si elle existe encore dans ta vie, est à l’arrière-plan. Le basculement est assez complet pour que tu penses maintenant depuis le cadre de la nouvelle communauté.
Pour certains, cette phase n’arrive jamais tout à fait. La nouvelle communauté reste quelque chose à quoi tu participes sans que ça devienne un chez-soi. C’est aussi une issue valable.
Quand la communauté inclut le co-parent
Un cas particulier. Parfois, la communauté dont vous faisiez partie tous les deux est toujours active, toujours fréquentée. Le co-parent en fait encore partie. Continuer à y participer suppose de partager un même espace physique et social avec lui.
Trois principes.
1. La communauté est la sienne autant qu’elle est la tienne
Tu n’es pas en droit de revendiquer la communauté comme plus tienne que sienne. Vous avez tous les deux une relation avec elle qui a précédé le mariage et qui lui a survécu. Vous pouvez tous les deux continuer d’y participer.
2. Négocie l’espace si besoin
Si la communauté est assez petite pour que vous ne puissiez pas y être tous les deux à l’aise en même temps, mettez au point un arrangement informel. Des offices différents, des événements différents, des petits groupes différents. La communauté a en général assez de place pour vous deux si chacun s’ajuste un peu.
3. Laisse la communauté évoluer de son côté
La communauté s’ajustera à votre séparation au fil du temps. Certaines personnes finiront plus proches de l’un de vous. Certains événements seront plus confortables pour l’un que pour l’autre. Cet ajustement appartient à la communauté, pas seulement à toi.
Certaines communautés gèrent bien ça ; d’autres non. La façon dont elles gèrent reflète leur capacité interne.
En bref
Cinq choses que la communauté apporte et que la pratique en solitaire ne peut pas :
- Être témoin.
- Porter un poids que tu ne peux pas porter seul.
- Inscrire la pratique dans une vie partagée.
- Donner les mots de ce qui se passe.
- Porter la pratique pendant tes périodes basses.
Quatre schémas courants de réponse des communautés :
- Le rassemblement actif.
- Le soutien discret (le plus courant).
- La réponse mitigée.
- L’échec actif (moins fréquent mais grave).
Quand la communauté a fait défaut :
- Le manquement en dit en général plus sur la communauté que sur toi.
- Le manquement n’a peut-être pas été total.
- Tu n’es pas obligé de pardonner vite à la communauté.
Quand la communauté te porte en partie bien et en partie mal :
- Reçois ce qui est réellement offert.
- Ne fais pas comme si les manquements n’avaient pas eu lieu.
- Réduis ta dépendance aux parties défaillantes.
- Trouve des communautés d’appoint.
- Laisse la relation évoluer.
Quand tu es parti ou qu’on t’a laissé partir :
- Ce départ est une vraie perte.
- La pratique peut parfois continuer sans la communauté.
- Une nouvelle communauté est possible.
La formation d’une nouvelle communauté au fil des années :
- L’exploration prudente.
- Un groupe précis devient important (de dix-huit mois à trois ans).
- La nouvelle communauté devient celle qui compte.
Quand la communauté inclut le co-parent :
- La communauté est la sienne autant qu’elle est la tienne.
- Négocie l’espace si besoin.
- Laisse la communauté évoluer de son côté.
Pour finir
La communauté est parfois le plus grand facteur de ce qui fait qu’une pratique aide. Certains ont été bien portés. D’autres non. Les deux expériences sont réelles. Trouve la communauté capable de porter vraiment ce que tu portes, que ce soit celle d’où tu es parti ou une autre, vers laquelle tu construis.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.