
Étape 3 · Un an et au-delà · Article 85 · Wave 3 · Tendre
Tu vas l’apprendre de l’une de ces trois façons. Les enfants vont en parler. Une connaissance commune va lâcher quelque chose. Ou tu vas tomber dessus sur les réseaux, sur une photo prise à un événement, main dans la main avec ton ancien partenaire. Peu importe comment tu l’apprends, le moment est une chose en soi. La relation vient de passer du théorique au réel. Quelqu’un que tu ne connais pas est dans la vie de tes enfants. Et tu vas ressentir des choses, que tu t’y attendes ou non.
Cet article parle des trois phases de la découverte, de ce que sont vraiment ces sentiments, des quatre scénarios selon ta place dans la situation, de ce qu’il faut faire au sujet de la relation des enfants avec la nouvelle personne, et de comment vivre à côté d’un co-parent qui a quelqu’un.
Les trois phases de la découverte
La façon dont tu l’apprends façonne les premières semaines. Trois cas de figure.
Phase 1 : le co-parent te le dit directement
Le co-parent t’envoie un message, l’évoque au moment d’un passage de relais, ou prévoit une courte conversation. Je vois quelqu’un. Je voulais que tu le saches.
Ce que ça veut dire, en général : il a réfléchi à la façon de te l’annoncer. Il essaie de bien faire les choses. La relation est assez sérieuse pour être nommée.
Ce que le timing veut dire, en général : au moment où il te le dit, la relation dure déjà depuis plusieurs mois. On parle rarement d’une relation à un co-parent dès le premier mois.
Quoi faire : remercie-le de t’avoir prévenu (brièvement, sans en faire trop). Ne pose pas trop de questions sur le moment. Laisse passer 24 heures avant toute relance.
Phase 2 : les enfants te le disent
Un enfant mentionne en passant qu’il a rencontré quelqu’un, ou que quelqu’un était à l’autre foyer, ou que l’amie de papa, Sarah est venue à un truc.
Ce que ça veut dire, en général : le co-parent a présenté la nouvelle personne aux enfants sans t’en parler d’abord. Parfois c’est approprié (si la relation durait depuis assez longtemps et que vous étiez convenus du seuil au préalable). Parfois c’est un manquement à un accord ou à une règle implicite.
Quoi faire : ne réagis pas devant l’enfant. Ah, tu as rencontré quelqu’un de nouveau ? Raconte-moi, sur un ton neutre. Récupère le tableau de base auprès de lui. Encaisse tes émotions à part. Puis, si besoin, aie une conversation directe avec le co-parent sur la façon de faire les présentations.
Phase 3 : tu le découvres par d’autres canaux
Les réseaux, des amis communs, une rencontre fortuite. Le co-parent ne te l’a pas dit. Soit les enfants n’ont pas pensé à en parler, soit on leur a demandé de ne rien dire.
Ce que ça veut dire, en général : le co-parent évite la conversation, ou bien il considère que tu n’y as pas droit. L’évitement est en soi une information sur le canal.
Quoi faire : ne lui reproche pas la façon dont tu l’as appris. Reconnais brièvement ce que tu sais, si et quand le sujet vient. Le schéma d’évitement est une autre conversation, distincte de la question de la nouvelle personne.
Ce que sont vraiment ces sentiments
La plupart des parents sont surpris de la complexité de ce qu’ils ressentent quand le co-parent a quelqu’un de nouveau. Cinq composantes fréquentes, souvent présentes ensemble.
1. Un petit chagrin. Même des années après la séparation, voir le co-parent avec quelqu’un de nouveau referme une porte que tu ne croyais peut-être pas encore ouverte. Pas la porte du couple, celle-là s’est fermée il y a longtemps. Une porte plus abstraite, sur ce qui était possible, sur qui il était disponible à devenir. La fermeture est petite mais réelle.
2. De l’inquiétude pour les enfants. Une nouvelle personne est désormais dans la vie de tes enfants. Tu ne la connais pas. Tu ne sais pas comment elle va les traiter. Le réflexe protecteur est automatique et raisonnable.
3. Une curiosité qui te semble déplacée. Tu veux savoir qui est cette personne. À quoi elle ressemble. Ce qu’elle fait. Si elle est mieux ou moins bien que toi, sur des points que tu préférerais ne pas préciser. La curiosité te semble mesquine et malvenue, mais elle est normale aussi.
4. La comparaison. La nouvelle personne se retrouve comparée à toi, par toi, peut-être par les enfants, peut-être par des amis communs. La comparaison est rarement juste et presque jamais utile, mais elle arrive.
5. Quelque chose comme de l’envie, ou du soulagement. De l’envie si le co-parent a tourné la page plus vite que toi. Du soulagement si le fait qu’il ait quelqu’un allège ton sentiment de responsabilité à son égard. Parfois les deux à la fois, en proportions différentes selon les jours.
Les cinq composantes sont normales. Aucune n’exige de passer à l’acte. La plupart s’apaisent au fil des semaines et des mois, à mesure que la nouvelle personne devient un fait plutôt qu’une nouvelle.
Les quatre scénarios
Ta place dans la situation détermine quoi faire. Quatre scénarios fréquents.
Scénario 1 : toi aussi, tu fréquentes quelqu’un
Tu as quelqu’un toi aussi. Le fait que le co-parent ait une nouvelle personne tombe autrement, parce que tu n’es pas en retard. Peut-être en avance, peut-être en parallèle.
Quoi faire : n’en fais pas une compétition. Ne précipite pas la présentation de ton partenaire aux enfants parce que l’autre l’a fait. Ne compare pas les deux nouvelles personnes. Chaque relation est une chose en soi.
À surveiller : parfois, dans ce cas de figure, les co-parents se mettent à se parler à l’excès de leurs nouvelles personnes, à comparer leurs notes, voire à se plaindre ensemble. C’est rarement sain. Garde les canaux séparés.
Scénario 2 : tu ne fréquentes encore personne
Tu n’es pas en couple. La nouvelle personne du co-parent tombe plus durement, parce que l’asymétrie est visible.
Quoi faire : n’accélère pas tes propres rencontres pour rattraper. N’évite pas de rencontrer quelqu’un par esprit de revanche. Ne mesure pas où tu en es à l’aune d’où il en est. Ton rythme est ton rythme.
À surveiller : la tentation de ruminer la comparaison (il a tourné la page, qu’est-ce qui cloche chez moi). La comparaison est fausse d’emblée. Chacun s’installe dans la vie d’après-séparation à son rythme. Une différence de rythme n’est pas une différence de valeur.
Scénario 3 : tu es dans une relation engagée
Tu as un partenaire sérieux. La nouvelle personne du co-parent n’est qu’un élément de plus dans une vie qui s’est déjà, pour l’essentiel, réorganisée.
Quoi faire : parles-en brièvement avec ton partenaire. Prends-en note. Passe à autre chose. La nouvelle personne n’a pas besoin d’occuper beaucoup de ton attention.
À surveiller : il arrive que ton partenaire soit plus curieux ou plus inquiet de la nouvelle personne du co-parent que toi. Son intérêt porte parfois sur ses propres questions de configuration. Écoute, mais n’alimente pas l’intérêt au-delà de ce qui est utile.
Scénario 4 : tu ne fréquentes personne et tu n’en as pas l’intention
Tu as décidé que les rencontres, ce n’est pas pour toi en ce moment, ou peut-être jamais. La nouvelle personne du co-parent peut ressembler à la confirmation que tu es seul, d’une autre manière que lui.
Quoi faire : ne laisse pas sa relation redéfinir ton choix. Être seul délibérément, ce n’est pas la même chose qu’être seul par défaut. Tes raisons d’être seul, si elles sont solides, ne deviennent pas bancales parce que le co-parent, lui, ne l’est pas.
À surveiller : parfois, la nouvelle personne du co-parent rouvre la question de savoir si les rencontres pourraient finalement être pour toi. La rouvrir n’a rien de mal, mais la réponse doit venir de ta propre réflexion, pas de son comportement à lui.
Quoi faire au sujet de la relation des enfants avec la nouvelle personne
C’est en général la question la plus concrète. Les enfants composent désormais avec un nouvel adulte dans leur vie. Ton rôle se calibre sur ce que tu peux et ne peux pas influencer.
Cinq principes.
1. Tu ne contrôles pas cette relation
La relation entre les enfants et la nouvelle personne du co-parent est la leur. Tu ne peux pas la modeler de l’extérieur. Tu peux aider les enfants à s’y repérer ; tu ne peux pas choisir comment elle évolue.
C’est inconfortable. C’est juste aussi. Accepter ce que tu ne contrôles pas, c’est le premier mouvement.
2. Ne dénigre pas la nouvelle personne
Pas devant les enfants. Pas devant des amis à portée d’oreille des enfants. Pas devant de la famille qui rapportera des choses aux enfants. Ne le fais pas.
Même si la nouvelle personne est vraiment difficile, la dénigrer produit de moins bons effets que la retenue. Les enfants se font leur propre lecture ; la tienne n’a pas à devenir la leur.
3. Écoute ce que les enfants disent d’elle
Quand les enfants parlent de la nouvelle personne, écoute. Note ce qu’ils disent. Repère les motifs au fil des semaines et des mois. La plupart seront neutres ou positifs. Certains ne le seront pas.
Si les motifs sont préoccupants (la nouvelle personne tient des propos déplacés aux enfants, se comporte de façon inquiétante, prend un rôle dont vous n’étiez pas convenus), aborde-le directement avec le co-parent. Ne l’aborde pas avec les enfants.
4. Ne demande pas d’informations aux enfants
Il peut être tentant de faire parler les enfants sur la nouvelle personne, comment elle est, ce qu’elle fait, comment elle traite le co-parent. Ne le fais pas.
Les enfants ne doivent pas être une source de renseignements sur l’autre foyer. S’ils veulent partager quelque chose, ils le feront. Si c’est toi qui tires sur le fil, tirer est en soi un petit préjudice pour eux.
5. Sois neutre à chaleureux si tu la rencontres
Tôt ou tard, tu te retrouveras au même endroit que la nouvelle personne. Un événement scolaire, une remise de diplôme, l’anniversaire d’un enfant. Sois neutre à chaleureux. Un bref signe poli. Pas de mise en scène, pas de froideur, pas de longue conversation.
Les enfants observent comment tu gères ça. Ta façon de faire leur apprend comment gérer leurs propres versions, plus tard.
Vivre à côté d’un co-parent qui a quelqu’un de nouveau
Intégrer la nouvelle personne dans ta vie de co-parent, au quotidien, prend des mois. Quatre gestes pour cette période d’intégration.
1. La nouvelle personne ne devient pas un sujet entre toi et le co-parent
Ne pose pas de questions sur elle, ne la commente pas, n’y fais pas allusion. La nouvelle personne du co-parent fait partie de sa vie privée, qui ne te regarde pas. Garde le canal entre toi et le co-parent centré sur les enfants et la logistique partagée, pas sur sa relation à lui.
2. Ne relâche pas tes limites structurelles parce qu’il a quelqu’un
Un co-parent désormais dans une relation heureuse est parfois plus facile à gérer côté logistique. C’est un bénéfice. Ça ne veut pas dire que les limites structurelles, les canaux de communication, les façons de faire au moment du relais, les accords financiers, doivent se desserrer.
Les limites protégeaient le canal quand c’était dur. Elles continuent de le protéger quand ça va bien.
3. Ne recrute pas la nouvelle personne contre le co-parent
Si la nouvelle personne est raisonnable et que tu as un peu de contact avec elle, la tentation est de te ranger de son côté quand tu as un désaccord avec le co-parent. Tu seras d’accord avec moi, ça n’a pas de sens que [le co-parent] fasse X.
Ne le fais pas. La nouvelle personne est la partenaire du co-parent. N’essaie pas d’en faire une alliée contre son partenaire. Ça la met dans une position impossible et ça abîme le canal.
4. Accepte que la nouvelle personne ait peut-être un rôle durable
Si la nouvelle relation tient, la nouvelle personne fait partie de la vie des enfants pour des années, peut-être des décennies. Elle sera aux remises de diplômes, aux mariages, aux naissances des petits-enfants. L’accepter, ce n’est pas faire semblant d’en être ravi ; c’est juste du réalisme. Que la nouvelle personne soit là durablement est un fait avec lequel tu composes, pas une injustice que tu signales sans arrêt.
Quand la nouvelle personne est difficile
Il arrive que la nouvelle personne soit vraiment difficile, pour les enfants, pour le co-parent, pour le canal. Trois choses à savoir.
1. Les personnes difficiles se révèlent souvent avec le temps
Les premiers mois d’une nouvelle relation montrent en général le meilleur comportement. Si tu t’inquiètes pour elle mais qu’elle se comporte raisonnablement, attends. La plupart des motifs deviennent plus nets vers le sixième ou le douzième mois.
2. Ce que rapportent les enfants devient important
Si ce que les enfants disent de la nouvelle personne passe du neutre au préoccupant, prends-le au sérieux. Les enfants remarquent parfois des choses qui échappent aux adultes. (L’article 105 traite ça côté enfants.)
3. Certaines situations difficiles appellent une réponse formelle
Dans les cas graves, maltraitance, négligence, comportement qui met vraiment les enfants en danger, la réponse passe par les voies appropriées (un avocat spécialisé en droit de la famille, les dispositifs de protection de l’enfance, éventuellement la médiation familiale). Le choix de partenaire du co-parent ne constitue en général pas un motif d’action en justice, mais son comportement auprès des enfants, lui, peut l’être.
Ces cas sont rares. La plupart des nouvelles personnes sont gérables, même sans être idéales. Ne dramatise pas. Mais ne ferme pas non plus les yeux sur le cas rare où il faut faire monter les choses d’un cran.
En bref
Trois phases de la découverte :
- Le co-parent te le dit directement.
- Les enfants te le disent.
- Tu le découvres par d’autres canaux.
Cinq composantes fréquentes :
- Un petit chagrin.
- De l’inquiétude pour les enfants.
- Une curiosité qui te semble déplacée.
- La comparaison.
- De l’envie ou du soulagement (ou les deux).
Quatre scénarios :
- Toi aussi, tu fréquentes quelqu’un.
- Tu ne fréquentes encore personne.
- Tu es dans une relation engagée.
- Tu ne fréquentes personne et tu n’en as pas l’intention.
Cinq principes sur les enfants et la nouvelle personne :
- Tu ne contrôles pas cette relation.
- Ne dénigre pas la nouvelle personne.
- Écoute ce que les enfants disent d’elle.
- Ne demande pas d’informations aux enfants.
- Sois neutre à chaleureux si tu la rencontres.
Quatre gestes pour vivre à côté de la nouvelle personne du co-parent :
- Elle ne devient pas un sujet entre toi et le co-parent.
- Ne relâche pas tes limites structurelles parce qu’il a quelqu’un.
- Ne la recrute pas contre le co-parent.
- Accepte qu’elle ait peut-être un rôle durable.
Quand la nouvelle personne est difficile :
- Attends que les motifs se précisent (en général vers le 6e-12e mois).
- Prends au sérieux ce que rapportent les enfants.
- Certaines situations appellent une réponse formelle.
Pour finir
Quelqu’un d’autre est désormais dans leur vie. C’est vrai depuis un moment, sous différentes formes. Là, c’est juste la version où cette personne a un prénom.
Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.