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Le co-parent qui ne peut pas ou ne veut pas s’investir

By the dip team · 12 min de lecture

Le co-parent qui ne peut pas ou ne veut pas s’investir

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 88 · Wave 3 · Tendre


Pour certains parents à l’étape 3, le problème n’est pas une répartition déséquilibrée de la charge. C’est quelque chose de plus brutal. Le co-parent s’est désengagé. Pas sur le plan légal, il reste officiellement parent. Pas complètement non plus, il réapparaît parfois. Mais dans les faits, la vie des enfants passe par toi. Le co-parent rate les événements, ne répond pas aux messages, oublie ce qu’il s’était engagé à faire, disparaît parfois pendant des semaines. Pour les enfants, c’est en réalité une vie de parent solo, ponctuée des visites épisodiques de quelqu’un qu’ils appellent par un nom de parent.

Cet article décrit à quoi ressemble vraiment le désengagement, sur tout son spectre, pourquoi un co-parent se désengage, ce que ça veut dire pour les enfants, comment gérer le canal sans qu’il te coûte plus qu’il ne devrait, comment accueillir les questions et les déceptions des enfants, et à quel moment le désengagement appelle une démarche juridique, par opposition aux situations où il n’en appelle aucune.

À quoi ressemble vraiment le désengagement

Le désengagement se déploie sur un spectre. Savoir où tu te situes sur ce spectre détermine quoi faire.

Désengagement léger. Le co-parent est présent pour le temps prévu et les grands événements, mais il n’est pas impliqué dans le tissu quotidien de la vie des enfants. Il ne prend pas d’initiative. Il ne sait pas ce qui se passe à l’école. Il ne demande pas de nouvelles des amis ni des centres d’intérêt des enfants. Il est présent physiquement, mais absent côté information.

Désengagement modéré. Le co-parent rate une partie du temps prévu. Il annule des événements au dernier moment. Il est imprévisible. Les enfants ne peuvent pas vraiment savoir à l’avance s’il sera là. Les autres activités des enfants doivent se prévoir sans compter sur sa disponibilité.

Désengagement sévère. Le co-parent est largement absent. Il réapparaît de temps en temps. Les enfants n’attendent plus grand-chose de lui. De longues périodes passent sans aucun contact. Et quand le contact a lieu, il est bref et superficiel.

Absence de fait. Le co-parent a complètement disparu. Que ce soit physiquement (parti loin, devenu injoignable) ou sur le plan du lien (vivant et joignable, mais absent de la vie des enfants au sens concret). Les enfants n’ont qu’un seul parent en état de fonctionner.

Ces quatre points du spectre appellent des réponses différentes. La conversation qui convient au désengagement modéré est de trop pour le léger ; la réponse qui convient au sévère est de trop pour le modéré.

Pourquoi un co-parent se désengage

Six raisons courantes. Ce ne sont pas des excuses, ce sont des explications. Les comprendre t’aide à répondre juste.

1. Une dépression ou un autre trouble de santé mentale. Une dépression non traitée ou sévère produit souvent un désengagement de tout, y compris de la parentalité. Le co-parent ne choisit pas d’être absent, il n’est pas en état de fonctionner. Le même trouble qui touche sa façon d’être parent peut toucher son travail, ses relations, le soin élémentaire qu’il prend de lui.

2. Une addiction. Une addiction active dévore l’énergie mentale qu’exige une parentalité engagée. La substance, ou les comportements qui tournent autour, passent avant tout. Le désengagement découle de l’addiction.

3. Une nouvelle famille qui l’absorbe. Un nouveau couple avec ses propres enfants. Un bébé. Une nouvelle organisation de foyer qui prend toute la place. L’attention du co-parent se déplace vers la nouvelle famille, et sa disponibilité pour les enfants de la relation précédente diminue.

4. La distance géographique. Un déménagement assez important pour que l’implication devienne difficile. Parfois le déménagement avait des raisons légitimes, parfois c’était au fond une manière de se désengager. Dans les deux cas, la distance produit une absence concrète.

5. Du ressentiment lié à la séparation. La colère ou la blessure du co-parent face à la séparation se traduit par un retrait de la parentalité. Il ne punit pas directement les enfants, il refuse de s’engager dans une situation qui le fait souffrir.

6. Tout simplement, ce n’est pas un parent qui assure. Certaines personnes, séparées ou non, ne sont pas, par nature, des parents impliqués. Ils l’étaient déjà moins pendant le mariage, mais la version mariage compensait pour eux. Après la séparation, sans ce filet, leur véritable niveau d’implication devient visible.

Les raisons comptent pour la compréhension, pas pour la réponse. Ta réponse au désengagement reste à peu près la même, quelle qu’en soit la cause. Les raisons t’aident à ne pas le prendre pour toi et à ne pas gaspiller ton énergie à vouloir régler le mauvais problème.

Ce que ça veut dire pour les enfants

Le désengagement touche les enfants de façons précises. Connaître ces effets t’aide à y répondre. Cinq effets, sur plusieurs années.

1. Ils s’attachent à un seul parent en état de fonctionner

Si c’est toi le parent impliqué, l’attachement principal des enfants se fait à toi. Ce n’est pas l’idéal, les enfants gagnent à avoir plusieurs attachements sécures, mais ce n’est pas catastrophique non plus. Beaucoup d’enfants avec un seul parent impliqué se développent de façon sécure.

2. Ils se construisent leurs propres théories sur le désengagement

Les enfants essaient de comprendre pourquoi le co-parent n’est pas là. Leurs théories varient. Il est peut-être occupé. Il ne m’aime peut-être pas. J’ai peut-être fait quelque chose. Ces théories sont en général fausses, et parfois nocives.

Ton rôle, c’est de fournir un cadre qui empêche les théories nocives sans pour autant surexpliquer le comportement du co-parent. (On y revient plus bas.)

3. Ils deviennent protecteurs de leurs espoirs

Quand le co-parent s’investit de temps en temps, les enfants y mettent de l’espoir. Quand l’investissement retombe, l’espoir est déçu. Avec le temps, les enfants apprennent à gérer leurs propres espoirs, parfois avec sagesse, parfois en se coupant complètement de l’envie d’attendre quoi que ce soit du co-parent.

4. Ils reproduisent parfois le désengagement

Les enfants plus grands, surtout les adolescents, reproduisent parfois le schéma du co-parent. Le co-parent se montre rarement, les enfants arrêtent de demander. Le co-parent ne prend pas d’initiative, les enfants n’en prennent pas non plus. La dynamique se stabilise sur une faible implication des deux côtés.

5. Ils font le deuil sur plusieurs années

Le désengagement est une perte. Les enfants en font le deuil, souvent de façon peu visible. Ce travail se fait tout au long de l’enfance et de l’adolescence, et parfois jusqu’à l’âge adulte. La plupart des enfants de parents désengagés finissent par traverser ça, surtout si le parent impliqué a été stable.

Gérer le canal quand le co-parent est désengagé

Le canal avec un co-parent désengagé n’a pas les mêmes dynamiques que le canal habituel. Quatre principes.

1. Ne surinvestis pas le canal

La tentation, c’est de compenser son désengagement en forçant sur le canal. Envoyer plus de messages. Relancer davantage. Essayer de le faire s’impliquer. En général, ça ne produit aucune implication, et ça t’épuise.

Envoie ce qui doit être envoyé. Ne relance pas plusieurs fois. Accepte la réponse, ou l’absence de réponse, et passe à autre chose.

2. Maintiens le canal pour les enfants, pas pour le co-parent

Même un co-parent désengagé doit être tenu informé des événements importants. Questions de santé. Changements à l’école. Grands moments. L’information doit circuler, même si l’implication, elle, ne suit pas.

Cette circulation de l’information n’est pas pour le bénéfice du co-parent (à lui de voir s’il en fait quelque chose ou non). Elle est là pour protéger les enfants, pour que, s’il arrive quelque chose, la trace concrète et juridique montre que le co-parent avait été informé.

3. Garde une trace de tout

Quand un co-parent est désengagé, garder une trace compte plus que d’habitude. Rendez-vous manqués, événements annulés, messages restés sans réponse. Ces traces construisent le tableau qui pourra, le moment venu, servir à une modification juridique ou à une autre démarche officielle.

Ne partage pas ces traces avec les enfants. Ne t’en sers pas comme d’une arme dans les échanges en cours sur le canal. Garde-les, c’est tout.

4. Ne compense pas en te faisant plus grand que nature

La tentation, quand un parent est désengagé, c’est de devenir le parent qui fait tout, qui est tout, qui remplit les deux rôles. Ne le fais pas.

Tu peux être un bon parent. Tu ne peux pas être deux parents. Vouloir être les deux t’épuise et crée chez les enfants une dépendance qui n’est pas saine. Les enfants ont besoin que tu sois un parent impliqué, et que tu acceptes que l’autre parent soit qui il est.

C’est difficile. L’instinct de compenser est puissant. Résiste.

Accueillir les questions et les déceptions des enfants

Le co-parent désengagé va décevoir les enfants. Les enfants vont avoir des questions. Ta façon d’y répondre façonne la manière dont ils intègrent cette expérience. Cinq pratiques.

1. Ne fais pas comme si le désengagement n’existait pas

Les enfants remarquent. Si tu fais comme si le co-parent était venu alors qu’il n’est pas venu, ou comme si l’annulation n’était pas grave alors qu’elle l’était, tu apprends aux enfants que la vérité de leur vécu n’est pas une chose qu’on peut dire sans risque. Pire, tu leur apprends que leur propre perception n’est pas fiable.

Le désengagement a lieu. Reconnais-le, sans charge.

2. Ne dénigre pas le co-parent

Même quand il le mériterait. Le dénigrement abîme les enfants davantage que le désengagement lui-même. La relation des enfants avec le co-parent leur appartient, à eux, même quand c’est une relation difficile.

Ton papa n’a pas pu venir, ça va. Ton papa se fiche de toi, non.

3. Valide la déception

Quand les enfants sont déçus, nomme-le. Je sais que c’était décevant. Tu as le droit de ressentir ça. N’essaie pas de réparer. Ne détourne pas l’attention. Ne masque pas la déception avec des promesses que ça ira mieux la prochaine fois.

La validation permet aux enfants de ressentir ce qu’ils ressentent, et c’est exactement ce dont ils ont besoin.

4. Ne promets pas que le co-parent va changer

Même quand tu l’espères. Ne le promets pas. Les enfants se souviennent des promesses, et les promesses brisées s’accumulent. Si tu ne sais pas si le co-parent s’impliquera la prochaine fois, dis quelque chose de juste. Je ne sais pas s’il sera là. Je l’espère. On verra.

5. Donne, au fil du temps, des informations justes sur le fonctionnement du co-parent

À mesure que les enfants grandissent, surtout à l’adolescence, ils peuvent supporter une conversation plus directe sur ce qui se passe. Ton papa a du mal à être régulier. C’est comme ça depuis un moment. Ça n’a rien à voir avec toi. C’est juste, c’est sans charge, et ça valide sans condamner.

Cette conversation devient possible à des âges différents selon l’enfant. Vers 12 ou 14 ans, la plupart peuvent l’entendre. Certains plus tôt.

Quand le désengagement appelle une démarche juridique

Le désengagement, en général, ne donne pas matière à une action en justice. Le fait qu’un co-parent ne s’implique pas n’équivaut pas au fait de nuire aux enfants. Trois cas de figure où une démarche juridique se justifie.

Cas 1 : le désengagement bascule dans la négligence

Le co-parent a un temps de présence prévu avec les enfants et, pendant ce temps, n’assure pas les soins élémentaires. Nourriture, surveillance, sécurité. C’est la négligence qui déclenche l’action, pas le désengagement en lui-même.

Cas 2 : le désengagement touche aux accords officiels

Le co-parent ne respecte pas des responsabilités fixées par le juge ou formellement convenues. Pension alimentaire, participation aux frais de scolarité, participation aux décisions importantes. Le non-respect peut être mis en œuvre par les voies prévues.

Cas 3 : l’organisation doit être officiellement modifiée

Le désengagement a créé, dans les faits, une situation très différente de l’organisation officielle. Modifier l’organisation officielle pour qu’elle colle à la réalité apporte de la clarté et de la protection. Un avocat et le juge peuvent s’en charger.

Pour la plupart des désengagements qui n’entrent dans aucun de ces cas, la voie juridique n’est pas la bonne. Le désengagement est quelque chose que les enfants et toi traversez, soutenus par un accompagnement thérapeutique ou d’autres ressources si besoin, mais pas réglé par les tribunaux.

Quand le désengagement se mue en réengagement

Parfois, après des années de désengagement, le co-parent se réengage. Il devient abstinent. Il quitte la nouvelle relation qui l’absorbait. Il traverse quelque chose. Quelle qu’en soit la raison, il veut revenir.

Trois choses à savoir.

1. La confiance des enfants met du temps à se reconstruire

Les enfants se sont adaptés à la version désengagée. La version réengagée n’est pas la bienvenue d’emblée. Les enfants peuvent être sur la réserve, distants, ou hostiles. Ce n’est pas définitif, c’est une réaction appropriée à des années de déception.

2. Dose le réengagement avec soin

Un réengagement total et soudain après des années d’absence déstabilise. Un réengagement progressif, qui monte en engagement, qui se montre régulier sur les petites choses avant les grandes, laisse à la confiance des enfants le temps de se reconstruire.

Le co-parent ne saura peut-être pas s’y prendre ainsi. Parfois, tu peux l’aider à trouver le bon rythme.

3. Ce que tu ressens, toi, est mêlé et compliqué

Si le co-parent a été absent pendant des années et veut maintenant revenir, ce que tu ressens est compliqué. De la colère face aux années d’absence. Du scepticisme sur la durée que ça tiendra. Du chagrin pour ce qui a été perdu. Une réticence à partager le travail parental que tu as porté seul. Et parfois, aussi, un vrai soulagement de le voir revenir.

Cette réaction mêlée est normale. Ne l’étouffe pas. N’agis pas dessus sans réfléchir à ce qui est juste pour les enfants. Les deux questions (ce qui est juste pour moi et ce qui est juste pour eux) s’accordent en général, mais pas toujours.

En bref

Le spectre du désengagement :

  1. Léger (présent, mais absent côté information).
  2. Modéré (imprévisible, on ne peut pas compter dessus).
  3. Sévère (largement absent, apparition occasionnelle).
  4. Absence de fait (complètement disparu).

Six raisons pour lesquelles un co-parent se désengage :

  • Dépression ou santé mentale.
  • Addiction.
  • Une nouvelle famille qui l’absorbe.
  • La distance géographique.
  • Du ressentiment lié à la séparation.
  • Tout simplement, ce n’est pas un parent qui assure.

Cinq effets sur les enfants :

  1. L’attachement se fait à un seul parent en état de fonctionner.
  2. Ils se construisent leurs propres théories (souvent fausses).
  3. Ils deviennent protecteurs de leurs espoirs.
  4. Ils reproduisent parfois le désengagement.
  5. Ils font le deuil sur plusieurs années.

Quatre principes pour gérer le canal :

  1. Ne surinvestis pas.
  2. Maintiens le canal pour les enfants, pas pour le co-parent.
  3. Garde une trace de tout (ne la partage pas avec les enfants).
  4. Ne compense pas en te faisant plus grand que nature.

Cinq pratiques face aux questions et aux déceptions des enfants :

  1. Ne fais pas comme si ça n’existait pas.
  2. Ne dénigre pas le co-parent.
  3. Valide la déception.
  4. Ne promets pas que le co-parent va changer.
  5. Donne des informations justes sur le fonctionnement (selon l’âge).

Quand le désengagement appelle une démarche juridique :

  • Quand il bascule dans la négligence pendant son temps de présence.
  • Quand il enfreint des accords officiels.
  • Quand l’organisation doit être officiellement modifiée pour coller à la réalité.

Quand le désengagement se mue en réengagement :

  • La confiance met du temps à se reconstruire.
  • Dose le réengagement avec soin.
  • Ce que tu ressens sera mêlé.

Pour finir

Certains co-parents se désengagent. Les enfants s’adaptent, le plus souvent. Ton rôle, c’est d’être le parent présent, de tenir le canal avec honnêteté, et de laisser le parent désengagé apparaître aux enfants tel qu’il est vraiment.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.