dip
A Year And Beyond

Les enfants de tes amis et leurs questions

By the dip team · 12 min de lecture

Les enfants de tes amis et leurs questions

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 114 · Wave 3


Tu seras chez un ami, ou à un événement de l’école de tes enfants, ou à une fête de famille, et un enfant qui n’est pas le tien te regardera avec ce regard direct propre aux enfants et te demandera quelque chose. Pourquoi tu n’habites plus avec [prénom du co-parent] ? Tu es triste ? Est-ce que ma maman et mon papa vont divorcer aussi ? Leurs questions ne sont pas celles des adultes et appellent d’autres réponses. Les enfants de tes amis regardent la séparation de l’extérieur, et ce qu’ils voient, et la façon dont tu réponds, façonnent le modèle intérieur qu’ils se font de ce que veut dire « se séparer ».

Cet article aborde pourquoi les enfants posent ces questions, les quatre types de questions qu’ils posent, ce qu’ils veulent vraiment savoir, comment répondre de façon honnête et adaptée à leur âge, quoi faire quand leurs parents sont présents, et le parcours plus long de ta relation avec les enfants de ta vie qui ne sont pas les tiens.

Pourquoi les enfants posent ces questions

Quand un enfant que tu connais traverse une séparation, ton enfant, l’enfant d’un ami, un cousin, les enfants de leur cercle élargi le remarquent. Ce constat produit des questions, souvent dirigées vers toi parce que tu es l’adulte visible qui est passé par là.

Trois choses nourrissent ces questions.

1. Ils mettent à jour leur modèle du fonctionnement du monde. Les enfants se construisent des modèles mentaux du couple, de la famille, de ce que font les adultes. Quand quelque chose ne colle pas au modèle, comme une séparation dans leur monde élargi, ils mettent le modèle à jour. Les questions sont ce processus de mise à jour.

2. Ils veulent savoir si ça pourrait leur arriver. La question implicite derrière beaucoup de questions précises, c’est : est-ce que ça pourrait arriver à ma famille ? Est-ce que mes parents pourraient faire ça ? Les enfants de familles intactes portent en particulier une petite inquiétude sur la fiabilité de cette continuité. Ta séparation a rendu cette inquiétude réelle pour eux, brièvement.

3. Ils veulent savoir si on y survit. Tu es la preuve qu’on traverse ça et qu’on reste un adulte qui fonctionne. Les questions reviennent parfois à : est-ce que tu vas bien, est-ce que ça t’a brisé, est-ce que j’irais bien si ça m’arrivait. Le réconfort implicite que tu offres en étant calme compte plus que les mots précis.

Ces questions ne cherchent pas vraiment de l’information au sens adulte. Elles cherchent du sens. Le savoir t’aide à répondre à ce qu’ils demandent réellement.

Les quatre types de questions

Les questions se regroupent en général en quatre types.

Type 1 : les questions de fait

Pourquoi vous n’habitez plus ensemble ? [Prénom du co-parent] habite où, maintenant ? Vous avez arrêté d’être mariés quand ?

Ce sont des demandes d’information directes, de surface. L’enfant veut connaître les faits.

Quoi faire : donner une réponse de fait, brève. On n’habite plus ensemble parce qu’on n’est plus en couple. [Prénom du co-parent] habite à [quartier ou ville]. Rien de plus que ce qui a été demandé. Pas d’interprétation.

Type 2 : les questions émotionnelles

Tu es triste ? [Prénom du co-parent] te manque ? Tes enfants vont bien ?

Elles portent sur ton état intérieur et sur le bien-être de ton entourage. L’enfant veut savoir comment la situation se ressent.

Quoi faire : être honnête, mais calibré à son âge. Parfois je suis triste. La plupart du temps, ça va, maintenant. Les enfants vont bien. Bref, juste, calme. Le calme fait partie de la réponse.

Type 3 : les questions de projection

Est-ce que mes parents vont divorcer aussi ? Est-ce que ça pourrait arriver à ma famille ?

Ce sont les questions sur leur propre famille. L’enfant se sert de ta situation pour penser à la sienne.

Quoi faire : ne pas prédire l’avenir de leur famille. Je ne sais pas pour ta famille. Chaque famille est différente. Si ça t’inquiète, tu peux en parler à tes parents. L’honnêteté compte ; tu ne peux pas garantir que leurs parents ne se sépareront pas, et prétendre le contraire abîme leur confiance.

Le renvoi vers leurs parents compte aussi. Ils devraient pouvoir parler de ça avec eux ; encourager cette conversation soutient la communication de leur famille.

Type 4 : les grandes questions

Pourquoi les gens divorcent ? C’est mal, d’être divorcé ? Qu’est-ce qui arrive aux enfants ?

Elles sont philosophiques. L’enfant essaie de construire sa compréhension de ce que veut dire, de ce que signifie « divorcer » ou « se séparer ».

Quoi faire : des réponses brèves, qui ne font pas peur. Parfois, les gens se rendent compte que le couple ne marche plus pour eux. Ce n’est pas mal ; c’est juste difficile. En général, les enfants vont bien. C’est honnête sans être ni tragique ni minimisant.

Les questions de type 4 n’ont pas besoin de longues réponses. De brefs cadrages les servent mieux que de longues explications.

Ce qu’ils veulent vraiment savoir

La question littérale n’est souvent pas la question la plus profonde. Cinq choses qu’ils veulent souvent vraiment savoir.

1. Est-ce que je suis en sécurité ? La version la plus profonde de beaucoup de questions porte sur leur propre sécurité. Est-ce que les gens qui m’aiment peuvent partir ? Ta réponse n’y répond pas directement, mais ton attitude, si. Calme, posée, tournée vers eux. Cette attitude dit que même les gens qui traversent des choses dures restent calmes et présents.

2. Est-ce que ma famille va bien ? Les enfants de familles intactes veulent que leur famille le reste. Ta séparation a rendu visible la possibilité du contraire. Ils vérifient. Ne commente pas leur famille. En revanche, fais passer, par ton attitude, que les familles prennent des formes différentes et que les gens vont quand même bien.

3. Est-ce que les enfants dans cette situation vont bien ? Si tes enfants leur sont visibles, ils prennent souvent de leurs nouvelles, en creux. Tes enfants sont-ils tristes ? Vont-ils bien ? Cette vérification implicite porte en partie sur la question de savoir s’ils pourraient, eux, aller bien dans des circonstances semblables.

4. Est-ce que les adultes savent encaisser les choses dures ? Les enfants observent si les adultes savent encaisser les choses dures. Si tu le sais, le monde est un endroit plus fiable. Si tu ne le sais pas, le monde fait plus peur. Ta façon de tenir, le calme, la stabilité, le fait de ne pas être brisé, c’est la réponse qu’ils cherchent vraiment.

5. Est-ce que c’est permis de demander ? Certains enfants testent si on peut t’interroger. Si on le peut, tu deviens une ressource pour eux, quelqu’un qui est passé par une chose qu’ils auront peut-être un jour besoin de comprendre. Le fait qu’on puisse te demander fait partie de ta valeur pour eux.

Comment répondre de façon honnête et adaptée à leur âge

Cinq principes pour les réponses.

1. Faire court

Les enfants n’ont pas besoin de longues explications. La plupart des réponses devraient tenir en deux phrases. Trois au maximum. Les longues réponses brouillent le travail de sens qu’ils font.

2. Accorder ton ton à l’âge de l’enfant

Un enfant de six ans n’a pas besoin du même vocabulaire qu’un enfant de douze ans. Ajuste naturellement. N’explique pas les choses en dessous de son niveau ; n’introduis pas de notions au-dessus.

3. Être honnête

Ne dis pas des choses qui ne sont pas vraies. On est meilleurs amis qu’on ne l’était quand on était en couple est peut-être vrai, peut-être pas. Dis la version vraie. On ne se voit pas beaucoup. On s’aide pour les enfants.

Les enfants sentent le mensonge plus que les adultes. Le mensonge leur apprend que le sujet n’est pas sûr à aborder.

4. Ne pas les enrôler

Ne leur dis pas ce que tu ressens à propos du co-parent. Ne partage pas de griefs. N’en fais pas des alliés. Même quand leur parent n’est pas le conjoint de ton ami, même quand l’enfant ne répéterait rien, ne le fais pas.

L’enfant est en train de se former son modèle de ce que font les adultes dans les moments difficiles. Enrôler des enfants dans des dynamiques d’adultes fait partie des choses que les adultes ne devraient pas faire.

5. Finir en laissant la porte ouverte

Si tu as d’autres questions là-dessus, tu peux me les poser. Ça dit que le sujet est sûr et qu’on leur fait confiance pour le porter. Certains enfants n’auront pas d’autres questions ; d’autres si, peut-être des années plus tard. L’ouverture leur permet de revenir s’ils en ont besoin.

Quoi faire quand leurs parents sont présents

Souvent, la question survient avec le parent de l’enfant tout près. Trois principes.

1. Jeter un coup d’œil au parent

Un regard rapide qui demande c’est bon ? La plupart des parents feront signe que oui, ou redirigeront. Si le parent ne fait pas attention, tu peux en général répondre à la version de base sans risque.

2. Rester au niveau que le parent aurait choisi

Tu ne sais pas ce qu’on a dit à l’enfant à ton sujet, à celui du co-parent, ou sur la séparation. Reste proche du niveau que le parent aurait retenu. Bref, neutre, factuel.

3. Ne pas introduire ce que le parent n’a pas introduit

Si l’enfant demande pourquoi tu as divorcé, n’explique pas les dynamiques de couple. Parfois, les gens arrêtent d’être en couple. Tes parents pourront t’en dire plus s’ils en ont envie. Bref renvoi.

Si le parent veut visiblement que tu mènes la conversation dans une direction précise, suis son fil. C’est lui le parent ; toi, tu es l’ami de la famille. La hiérarchie compte, même dans les moments informels.

Le parcours plus long de ta relation avec les enfants qui ne sont pas les tiens

Au fil des années, ta relation avec les enfants de tes amis, de tes frères et sœurs, de ta famille se construit en partie autour de la façon dont tu as géré ces moments. Trois choses se produisent au fil des années.

1. Les enfants qui t’ont posé la question s’en souviennent

Un enfant qui t’a interrogé sur la séparation à six ans, et a reçu une réponse calme et honnête, s’en souvient souvent. Il n’en parle en général pas. Mais il le range quelque part. Des années plus tard, si sa propre vie comporte quelque chose de dur, tu fais partie du petit groupe d’adultes à qui il pourrait se confier.

Ce souvenir n’a pas besoin d’être voulu. Le schéma réapparaît à l’adolescence et à l’âge adulte ; un adulte te dira parfois qu’il se souvient d’une conversation précise quand il était petit. Cette conversation a compté plus que tu ne le savais sur le moment.

2. Tu prends une place plus importante dans leur paysage intérieur

Les enfants de ton cercle qui t’ont vu traverser une séparation se mettent à te lire comme quelqu’un qui est passé par une épreuve et va quand même bien. Tu deviens un exemple, parfois de façon consciente, souvent à leur insu. Cet exemple compte dans leur propre développement.

Ce n’est pas un rôle à jouer. Va juste bien ; le reste suit.

3. La relation s’approfondit avec le temps

Si tu as bien géré les premières questions, les liens avec ces enfants s’approfondissent souvent en grandissant. Ils deviennent ados, puis jeunes adultes, qui prennent parfois de tes nouvelles, qui t’incluent dans leur tissu social d’adultes, qui sollicitent parfois ton regard sur leurs propres moments difficiles.

Certaines des plus belles relations que tu auras à la quarantaine et au-delà seront avec les enfants de tes amis et de ta famille que tu connais depuis qu’ils sont petits. La façon dont tu gères les premières questions fait partie de la manière dont ces relations se construisent.

Quand les enfants posent des questions difficiles

Certaines questions sont plus dures que les catégories ci-dessus. Des questions liées à un décès si un proche est mort à peu près au même moment. Des questions sur la violence ou la maltraitance s’il y en a eu dans la séparation. Des questions qui laissent entendre qu’ils traversent eux-mêmes quelque chose.

Trois principes.

1. Si la question dépasse ce que tu peux dire, dis-le

Ça, c’est une question que je préférerais que tu poses à tes parents. C’est approprié quand tu ne sais pas comment gérer la question, quand elle touche à une matière que le parent devrait gérer, ou quand la question de l’enfant laisse penser qu’il a besoin d’un soutien adulte au-delà d’une brève réponse.

2. Si l’enfant signale une détresse, préviens son parent

Un enfant qui pose une question difficile porte peut-être quelque chose de lourd. Après la conversation, mentionne brièvement au parent ce qui a été demandé. Je ne sais pas si tu étais au courant, mais [l’enfant] m’a posé une question sur [sujet]. Tu voudras peut-être y revenir avec lui.

Cette mention est appropriée même quand la conversation s’est bien passée. Le parent devrait être au courant.

3. Si la question révèle un danger, fais remonter

Dans de rares cas, la question d’un enfant révèle qu’il subit un danger. La réponse est la même que pour tout adulte qui entend cela : la sécurité de l’enfant passe avant tout. Préviens le parent si c’est approprié. Si le parent n’est pas une protection, oriente vers le service dédié : en France, le 119 (Allô Enfance en Danger) est joignable pour tout adulte inquiet pour un enfant.

Ces cas sont peu fréquents, mais réels. Ne traite pas la question comme une simple question si elle n’en est pas une.

En bref

Trois choses qui nourrissent les questions :

  1. Mettre à jour leur modèle du fonctionnement du monde.
  2. Vouloir savoir si ça pourrait leur arriver.
  3. Vouloir savoir si on y survit.

Quatre types de questions :

  1. De fait (réponse de fait, brève).
  2. Émotionnelles (honnête mais calibré).
  3. De projection (ne pas prédire l’avenir de leur famille, renvoyer vers les parents).
  4. Grandes questions (brefs cadrages qui ne font pas peur).

Cinq choses qu’ils veulent vraiment savoir :

  • Est-ce que je suis en sécurité ?
  • Est-ce que ma famille va bien ?
  • Est-ce que les enfants dans cette situation vont bien ?
  • Est-ce que les adultes savent encaisser les choses dures ?
  • Est-ce que c’est permis de demander ?

Cinq principes pour les réponses :

  1. Faire court (deux phrases en général).
  2. Accorder ton ton à l’âge de l’enfant.
  3. Être honnête.
  4. Ne pas les enrôler.
  5. Finir en laissant la porte ouverte.

Quand leurs parents sont présents :

  • Jeter un coup d’œil au parent.
  • Rester au niveau du parent.
  • Ne pas introduire ce que le parent n’a pas introduit.

Le parcours plus long :

  • Les enfants qui ont posé la question s’en souviennent.
  • Tu prends une place plus importante dans leur paysage intérieur.
  • Les relations s’approfondissent souvent au fil des années.

Quand les questions sont difficiles :

  • Si elle dépasse ce que tu peux dire, dis-le et renvoie.
  • Si l’enfant signale une détresse, préviens le parent.
  • Si la question révèle un danger, fais remonter.

Pour finir

Les enfants qui te regardent traverser ça sont en train de se former leur modèle de ce que veut dire « se séparer ». Des réponses calmes, honnêtes et brèves sont l’essentiel de ce dont ils ont besoin. Le travail, c’est de leur montrer que les adultes savent encaisser les choses dures, en les encaissant.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.