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Les décisions communes qui doivent se prendre malgré tout

By the dip team · 12 min de lecture

Les décisions communes qui doivent se prendre malgré tout

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 87 · Wave 3


Le canal s’est refroidi. La communication est brève, surtout factuelle, calée au minimum. Et puis une décision se présente, qui ne peut pas se prendre seul. Le choix d’un établissement. Une question médicale. Une grande étape liée à une tradition familiale. Un possible départ à l’étranger. Le collège des enfants. La décision demande que vous vous y mettiez tous les deux pour de vrai, brièvement, avant de revenir au canal plus froid. L’étape 3 compte moins de ces moments que les étapes précédentes, mais ceux qui arrivent ont des enjeux plus élevés, et ta façon de les gérer façonne le canal pour les années qui viennent.

Cet article parle des catégories de décisions communes, du processus en quatre étapes pour les gérer, de comment réchauffer brièvement le canal sans rétablir de proximité, de quoi faire quand vous n’êtes pas d’accord, de quand recourir à la médiation, et de comment associer les enfants au bon niveau.

Les catégories de décisions communes

Toutes les décisions ne sont pas des décisions communes. Repérer celles qui requièrent vraiment les deux parents t’aide à éviter le piège du trop ou du pas assez consulter. Cinq catégories qui demandent en général un engagement conjoint.

1. Les décisions scolaires aux horizons longs. Le choix d’un établissement, en particulier aux grandes transitions (l’entrée au collège, au lycée). Les décisions sur un parcours spécialisé (sections sportives, filières artistiques, établissements privés, écoles internationales). L’instruction en famille. Les décisions sur le financement et l’orientation des études supérieures.

Elles façonnent des années de la vie des enfants et ne peuvent en général pas se défaire sans coût important.

2. Les décisions médicales au-delà du suivi courant. Les interventions importantes. Les décisions de soins en santé mentale. Les décisions sur des traitements au long cours. Les calendriers de vaccination quand il existe une marge d’appréciation des parents. Les questions de fin de vie d’un grand-parent qui exposent les enfants.

Elles ont des enjeux qui justifient un engagement conjoint, même quand le canal est par ailleurs réduit au minimum.

3. Les décisions qui touchent aux traditions et à l’identité. Les grandes étapes liées à une tradition familiale ou religieuse. Les décisions sur la place de ces pratiques dans la vie des enfants. Parfois les décisions sur l’identité culturelle, la langue, la nationalité.

Elles façonnent, sur des années, la manière dont les enfants se voient eux-mêmes.

4. Les changements de rythme importants. Les modifications significatives de l’organisation de la résidence. Les déménagements qui changent la géographie du rythme. Les voyages qui passent les frontières pour de longues périodes.

Ils touchent les deux foyers sur le plan structurel et requièrent l’accord formel des deux parents.

5. Les décisions de pays de résidence. Un parent qui envisage de partir à l’étranger, ou des enfants qui envisagent de vivre dans un autre pays. Elles ont des dimensions juridiques qui requièrent absolument l’engagement des deux parents.

La liste n’est pas exhaustive, mais elle couvre l’essentiel de ce qui revient. Si une décision relève de l’une de ces catégories, traite-la comme une décision commune, peu importe à quel point le canal s’est refroidi.

Le processus en quatre étapes

Les décisions communes, à l’étape 3, fonctionnent mieux avec un processus en quatre étapes, délibéré. Non parce que le processus serait sacré, mais parce que le canal refroidi a besoin de structure pour porter un engagement de fond.

Étape 1 : réchauffer brièvement le canal

Le canal réduit au minimum n’est pas fait pour les décisions de fond. Essayer de prendre une décision importante par une communication calée au plus bas produit des frictions et de mauvais résultats. Avant l’engagement de fond, monte brièvement la température du canal.

À quoi ça ressemble : un message un peu plus long, qui reconnaît le sujet de fond et signale que tu l’abordes avec soin. J’aimerais qu’on parle du choix du collège pour Sam. Ça va demander plus que nos échanges habituels, et je veux bien faire les choses.

Le réchauffement n’a rien d’élaboré. C’est juste assez pour signaler que tu sors de la température par défaut du canal, dans un but précis.

Étape 2 : présenter ton point de vue

Par écrit, brièvement, avec ton raisonnement. Pas un long texte ; un résumé clair de ce que tu penses juste et pourquoi.

Je pense que Sam devrait aller à [collège] pour ces raisons : [2-3 points précis]. Je sais qu’il y a d’autres options. J’aimerais comprendre ton point de vue.

La présentation écrite compte pour plusieurs raisons :

  • Elle laisse au co-parent le temps de réfléchir avant de répondre.
  • Elle documente le processus de décision.
  • Elle t’oblige à être précis sur ton raisonnement.
  • Elle évite la dynamique réactive d’une conversation à chaud.

Étape 3 : laisser sa réponse venir

Laisse-lui le temps de répondre sur le fond. Ne pousse pas pour une réponse rapide. N’ajoute pas de points supplémentaires. Ne relance pas s’il n’a pas répondu sous 24 heures.

La plupart des co-parents, avec quelques jours, répondent sur le fond à des questions de fond. Certains non, auquel cas l’absence de réponse est en soi une information.

Si sa réponse rejoint la tienne : accord trouvé, on passe à la mise en œuvre.

Si sa réponse diffère : on continue à l’étape 4.

Si sa réponse est hors sujet ou absente : relance une fois, puis passe à la montée en charge si aucun véritable engagement n’émerge.

Étape 4 : négocier ou faire monter d’un cran

Si vous n’êtes pas d’accord, la conversation continue. Certaines décisions communes se trouvent par la négociation ; d’autres non.

Si un désaccord de fond persiste, la médiation ou une montée en charge formelle peut être nécessaire. La décision n’est pas urgente dans la plupart des cas ; prendre des semaines pour la travailler soigneusement, c’est très bien.

Une fois la décision prise, documente-la brièvement. On est convenus que Sam ira à [collège] à partir de [date]. La trace écrite évite les désaccords ultérieurs sur ce qui a été décidé.

Après la décision, ramène le canal à sa température de base. L’engagement de fond valait pour cette décision ; il n’instaure pas une nouvelle norme.

Comment réchauffer sans rétablir de proximité

Le réchauffement est l’une des parties les plus délicates. Tu montes la température du canal dans un but précis sans signaler que le canal refroidi est abandonné.

Trois principes.

1. Rendre le but explicite

Dis clairement à quoi sert la conversation. J’aimerais qu’on parle du choix du collège nomme le sujet. Le nommer borne la conversation. Le co-parent ne se demande pas si le ton plus chaud veut dire que le canal change plus largement.

2. Garder une chaleur fonctionnelle, pas relationnelle

La chaleur n’est pas de l’amitié. C’est la température adaptée à un engagement de fond. Je veux bien faire les choses est fonctionnel. Nos conversations plus faciles me manquent est relationnel et n’a pas sa place dans ce message.

La chaleur fonctionnelle est ce qui permet la discussion de fond. La chaleur relationnelle rouvrirait un terrain qui est justement, et à raison, refermé.

3. Revenir à la base après la décision

Une fois la décision prise, reviens à la température de base du canal. Ne prolonge pas le ton plus chaud au-delà de ce que la décision exigeait. Merci. Dis-moi quand il y aura des étapes de mise en œuvre. Bref, froid, retour au défaut.

Ce retour est ce qui empêche l’engagement de fond d’instaurer un nouveau schéma. Le co-parent apprend que tu peux monter la température du canal au besoin et que cette montée est bornée.

Quoi faire quand vous n’êtes pas d’accord

Certaines décisions communes mettent en jeu un vrai désaccord entre toi et le co-parent. Vous avez chacun des positions ; elles ne s’alignent pas.

Quatre principes pour t’y repérer.

1. Distinguer le désaccord sur les faits du désaccord sur les valeurs

Parfois, vous êtes en désaccord sur des faits : quel établissement produit de meilleurs résultats, ce que disent les données médicales, ce qu’exige vraiment telle pratique. Ceux-là peuvent parfois se résoudre en réunissant de meilleures informations.

D’autres fois, vous êtes en désaccord sur des valeurs : quel type d’éducation compte le plus, quelle place une tradition doit tenir dans la vie des enfants, quels risques sont acceptables. Ceux-là ne se résolvent pas par l’information ; ils relèvent de systèmes de valeurs différents.

Y voir clair sur le genre de désaccord que vous avez détermine quel genre de conversation produit du mouvement.

2. Trouver ce qui est réellement partagé

Même dans un désaccord profond, il y a en général un terrain commun. On veut tous les deux que Sam ait une bonne scolarité. On veut tous les deux ce qu’il y a de mieux pour la santé mentale de Sam. On veut tous les deux que Sam ait un sentiment d’identité culturelle.

Nommer le terrain commun ne résout pas le désaccord, mais ça change le ton de la conversation. Le terrain commun est le socle ; le désaccord porte sur la façon de l’honorer.

3. Accepter parfois l’option que tu préfères le moins

Toutes les décisions communes ne sont pas des décisions que tu peux ou dois emporter. Parfois le co-parent a une position forte et toi une position modérée. Parfois les préférences des enfants vont dans son sens. Parfois la situation concrète favorise sa position.

Dans des décisions communes qui s’étalent sur des années, le parent qui n’accepte jamais l’option qu’il préfère le moins devient le co-parent le plus difficile à manœuvrer, quel que soit le bien-fondé de ses positions. Céder sur certaines décisions précises renforce la capacité de la relation à fonctionner sur les suivantes.

4. Faire monter d’un cran proprement quand il le faut

Si une décision est vraiment importante et que vous êtes vraiment en désaccord, la médiation ou la voie judiciaire est la bonne option. Ne te bats pas indéfiniment par messages. Fais entrer un tiers.

La médiation fonctionne pour la plupart des décisions. La voie judiciaire est pour les cas où la médiation a échoué ou quand la décision soulève des questions juridiques (départ à l’étranger, changements importants de l’organisation de la résidence).

Faire monter d’un cran n’est pas un échec. C’est se servir de la structure disponible pour prendre une décision qui doit l’être.

Quand recourir à la médiation

La médiation mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est sous-utilisée à l’étape 3. La plupart des parents l’associent aux tout premiers temps de la séparation. Or le cadre de la médiation familiale fonctionne très bien aussi pour les décisions communes de l’étape 3.

Trois signes que la médiation est appropriée.

1. Vous avez eu plusieurs échanges de fond sans résolution. La décision se discute depuis des semaines et vous ne convergez pas. Continuer la discussion à deux a peu de chances de produire un résultat différent.

2. Le désaccord a un poids émotionnel. La décision touche à des choses qui ne portent pas que sur la décision. Les vieilles dynamiques du couple, des blessures, des schémas plus larges. Un tiers neutre peut parfois contenir tout ça d’une façon que vous deux ne pouvez pas.

3. La décision a des conséquences durables. Plus la décision est importante, plus la médiation apporte. Un choix d’établissement qui va façonner quatre années de la vie de l’enfant vaut bien quelques centaines d’euros de médiation.

La médiation ne veut pas dire échec. Elle veut dire se servir de l’infrastructure disponible pour des décisions qui le méritent.

Associer les enfants au bon niveau

Certaines décisions communes touchent directement les enfants. La question de savoir s’il faut les associer, et comment, est un sujet en soi.

Trois principes selon l’âge.

Les plus jeunes (avant 10 ans)

Ne les associe pas à la décision elle-même. Annonce-leur la décision une fois prise. Explique ce qui change. Réponds à leurs questions. Leur participation sert surtout à les aider à comprendre et à s’adapter, pas à décider.

L’exception : si leur préférence est très forte et raisonnable (ils ne veulent vraiment pas changer d’école, ils veulent vraiment faire telle activité), cette préférence peut éclairer la décision sans être décisive.

Les enfants du milieu (10-14 ans)

Consulte-les. Leurs avis comptent et ils sont de plus en plus capables de les exprimer. Oriente la consultation sur ce qu’ils pensent plutôt que sur ce qu’ils veulent. Qu’est-ce que tu penses de l’idée d’aller à [collège] ? plutôt que Tu veux aller à [collège] ?

La préférence ne décide toujours pas. Mais la consultation leur permet de faire partie du processus et les aide à comprendre les arbitrages.

Les adolescents (14 ans et plus)

Une participation de fond. Leurs préférences devraient peser fortement, et dans certains cas elles devraient primer. Vers 14-16 ans, la plupart des adolescents ont une place réelle dans les décisions qui concernent leur propre scolarité, leurs pratiques et leur vie personnelle.

La participation n’est pas la même chose que décider. La décision reste entre toi et le co-parent. Mais ignorer la préférence forte et réfléchie d’un adolescent produit en général de moins bons résultats que d’en tenir compte.

Dans les trois cas, présente aux enfants un front uni une fois la décision prise. Les désaccords entre toi et le co-parent au sujet de la décision ne doivent pas être visibles pour les enfants. Les enfants doivent voir une décision, pas le processus par lequel elle a été prise.

Quand les décisions communes révèlent des problèmes de canal

Une décision commune révèle parfois que le canal lui-même ne fonctionne pas. Le co-parent ne s’engage pas. Il s’engage de façon destructrice. Il se sert de l’engagement de fond pour ressasser de vieux sujets. Le processus se grippe.

Quand ça arrive, la décision commune devient le signe qu’un travail plus large sur le canal est nécessaire (l’article 98 traite ça). Médiation, accompagnement professionnel, éventuellement une restructuration par la voie formelle.

Ne laisse pas un problème de décisions communes s’installer pour de bon. La structure peut presque toujours s’améliorer par les voies formelles.

En bref

Cinq catégories de décisions qui requièrent un engagement conjoint :

  1. Les décisions scolaires aux horizons longs.
  2. Les décisions médicales au-delà du suivi courant.
  3. Les décisions qui touchent aux traditions et à l’identité.
  4. Les changements de rythme importants.
  5. Les décisions de pays de résidence.

Le processus en quatre étapes :

  1. Réchauffer brièvement le canal (énoncer le but explicitement).
  2. Présenter ton point de vue (par écrit, bref, avec ton raisonnement).
  3. Laisser sa réponse venir (donner des jours, ne pas pousser).
  4. Négocier ou faire monter d’un cran (médier si le désaccord persiste).

Trois principes pour réchauffer sans rétablir de proximité :

  1. Rendre le but explicite.
  2. Garder une chaleur fonctionnelle, pas relationnelle.
  3. Revenir à la base après la décision.

Quatre principes quand vous n’êtes pas d’accord :

  1. Distinguer le désaccord sur les faits du désaccord sur les valeurs.
  2. Trouver ce qui est réellement partagé.
  3. Accepter parfois l’option que tu préfères le moins.
  4. Faire monter d’un cran proprement quand il le faut.

Trois signes que la médiation est appropriée :

  • Plusieurs échanges de fond sans résolution.
  • Le désaccord a un poids émotionnel au-delà de la décision.
  • La décision a des conséquences durables.

Associer les enfants selon l’âge :

  • Avant 10 ans : ne pas les associer à la décision ; l’annoncer une fois prise.
  • 10-14 ans : les consulter, orienter sur ce qu’ils pensent.
  • 14 ans et plus : participation de fond, les préférences pèsent fortement.

Dans tous les cas : un front uni une fois la décision prise.

Pour finir

Certaines décisions, tu ne peux pas les prendre seul, et elles ne disparaissent pas parce que la relation a changé. Le travail, c’est de bien les prendre, brièvement, puis de revenir à la température de canal qui convient au reste de la vie.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.