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A Year And Beyond

Les passions, celles qui n’ont pas besoin de devenir quoi que ce soit

By the dip team · 6 min de lecture

Les passions, celles qui n’ont pas besoin de devenir quoi que ce soit

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 123 · Wave 3 · Tendre


À un moment de la deuxième année, tu as repris quelque chose. Une guitare qui dormait dans un placard. Une paire de chaussures de course. De l’argile, de la peinture, un levain, un vélo, une canne à pêche, une appli de langues. Tu t’attendais à moitié à laisser tomber au bout d’une semaine, comme tu avais laissé tomber des choses pendant les mois lourds. Mais celle-là est restée. Et un soir, en plein milieu, en la faisant mal, tu as remarqué que tu étais complètement absorbé, que tu n’avais aucune intention de devenir bon, et que c’était le moment le plus détendu que tu avais connu depuis un bon moment.

Cet article parle de ce genre de passion. Celle qui n’a pas besoin de devenir quoi que ce soit, qui n’a pas d’autre but que le fait de la pratiquer. Pourquoi elle compte à cette étape, pourquoi la pression de la rendre productive la gâche, et pourquoi faire quelque chose mal pourrait être l’une des choses les plus saines de ton année.

Pourquoi une passion inutile est exactement ce qu’il te faut

Une grande partie de la première année est utilitaire. Tout ce que tu fais sert à quelque chose : tenir la journée, gérer la logistique, aider les enfants, traverser le chagrin. Même prendre soin de toi a un objectif. Utile, mais sans répit, et une vie faite entièrement d’activité utilitaire t’use à petit feu.

Une passion qui n’a pas besoin de devenir quoi que ce soit, c’est l’antidote. C’est une heure qui ne sert à rien. Tu n’es pas en train de t’améliorer, ni d’être productif, ni de guérir selon un calendrier. Tu fais juste une chose parce que la pratiquer fait du bien. Ce genre d’absorption sans but est rare dans une vie d’adulte, et c’est profondément réparateur, parce que c’est le seul endroit où ton attention peut se poser pleinement sur quelque chose qui ne te demande rien en retour.

Le piège : la rendre productive

Le réflexe moderne, dès qu’une passion commence à fonctionner, c’est de la monétiser, de l’optimiser ou d’en faire un objectif. Le pain devient une petite affaire possible. La course devient un plan d’entraînement avec un temps cible. La peinture devient est-ce que je devrais les vendre ? Et à l’instant où ça arrive, la passion arrête tranquillement de faire son travail, parce que la voilà redevenue utilitaire, parce qu’il y a maintenant une norme à atteindre, et le repos qu’elle te donnait s’en est allé.

Tu n’as pas à devenir bon. Tu n’as à le montrer à personne. Tu n’as pas à avoir quoi que ce soit à présenter au bout. Le pain peut juste être mangé. La peinture peut aller dans un tiroir. Ce qui comptait, c’était l’heure, pas le résultat. Protéger la passion de ta propre ambition fait partie de l’art d’en avoir une.

Pourquoi la faire mal, c’est le but

Il y a une liberté bien particulière à être débutant dans quelque chose où il n’y a rien en jeu. En tant qu’adultes, surtout les plus capables, ceux qui tiennent un foyer à bout de bras, on fait surtout des choses qu’on sait déjà faire. Être tout fraîchement, et gaiement, mauvais à quelque chose, sans personne qui dépende du résultat, c’est un jeu que la plupart des adultes ont perdu.

C’est aussi bon pour toi d’une manière qui va au-delà de la détente. Apprendre une compétence vraiment nouvelle, lentement, construit quelque chose. Ça te rappelle que tu peux encore grandir, encore devenir un peu meilleur à une chose par la simple répétition, encore te surprendre. Après une période où beaucoup ressemblait à de la perte et à de l’endurance, la petite compétence sans drame de je sais faire ça un peu mieux que la semaine dernière est tranquillement réconfortante. Ça reconstruit un sentiment d’avancée dans un domaine où échouer ne coûte rien.

Comment la passion s’inscrit dans la vie nouvelle

Le temps en solo qui posait problème avant, les soirées vides, les week-ends sans les enfants, c’est exactement là que la passion vit. Elle transforme les heures qui ressemblaient autrefois à une absence en heures qui ont une forme et un petit plaisir dedans. C’est en partie comme ça que le temps en solo arrête d’être quelque chose à survivre : il se remplit d’un contenu qui est purement à toi.

Certaines passions reconstruisent aussi tranquillement une vie sociale sans que ce soit le but. Le club de course, le cours de poterie, le foot à cinq, la chorale. Tu y allais pour l’activité, et les gens sont venus avec. C’est une façon douce et sans pression de rencontrer du monde à cette étape, justement parce que le but n’est pas de rencontrer du monde, c’est l’activité que tout le monde est venu pratiquer.

Et certaines de ces passions se révèlent faire partie de celui que tu deviens. Cette chose reprise au hasard devient, sur un an ou deux, quelque chose pour quoi on te connaît, une vraie part de ton identité dans la vie d’après. Elle n’a toujours pas besoin de devenir quoi que ce soit. C’est juste que, parfois, ça arrive, et c’est très bien aussi, tant que ça a poussé là tout seul et que tu ne l’as pas forcé.

Si tu n’en trouves pas

Certains, à cette étape, ont l’impression d’avoir perdu la capacité de s’intéresser à quoi que ce soit, et l’idée d’une passion semble impossiblement lointaine. C’est en général la platitude du deuil ou le moral en berne, pas un fait permanent te concernant. Commence absurdement petit. Pas une passion, une seule tentative. Emprunte la chose au lieu de l’acheter. Essaie une fois, sans aucune attente de continuer. L’intérêt ne précède souvent pas l’activité. Il vient pendant, quelques minutes après le début, quand tu as arrêté de te demander si ça t’intéresse et que tu t’es juste mis à faire. Si cette platitude recouvre tout et qu’elle dure, ça vaut le coup d’en parler à un médecin ou à un ou une psy, parce qu’une perte d’intérêt persistante est aussi un symptôme à faire vérifier.

Pour finir

La passion qui n’a pas besoin de devenir quoi que ce soit est l’un des luxes tranquilles de la vie d’après. C’est une heure sans raison, une compétence sans enjeu, un plaisir sans but, et après une longue période où tout devait servir à quelque chose, ce n’est pas frivole. C’est un signe de santé. Reprends la chose. Fais-la mal. Laisse-la rester inutile. C’est tout l’intérêt, et l’intérêt est bon.

En bref

  • Une passion sans but est l’antidote à une année implacablement utilitaire. Une heure qui ne sert à rien te repose profondément.
  • Résiste à la monétiser ou à l’optimiser ; à l’instant où elle a un objectif, elle arrête de faire son travail.
  • Être gaiement mauvais à quelque chose sans enjeu, c’est une forme de jeu, et la petite compétence reconstruit un sentiment d’avancée.
  • Elle remplit le temps en solo, reconstruit parfois une vie sociale par la bande, et devient parfois une part de qui tu es.
  • Si rien ne t’intéresse, commence absurdement petit. Si la platitude recouvre tout et qu’elle dure, parles-en à un médecin.

Ce qui comptait, c’était l’heure, pas le résultat. Un plaisir qui n’a pas à devenir quoi que ce soit est l’un des luxes tranquilles de la vie d’après.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.