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Le pardon, celui qui n’est pas l’oubli

By the dip team · 10 min de lecture

Le pardon, celui qui n’est pas l’oubli

Étape 3 · Un an et après · Article 53 · Wave 1 · Tendre


« Pardon » est l’un des mots les plus mal compris du vocabulaire de l’après-séparation. Les gens l’emploient pour dire oublier ce qui s’est passé. Pour dire se réconcilier. Pour dire arrêter d’être en colère. Aucune de ces choses n’est ce qu’est vraiment le pardon, dans sa version qui fonctionne.

Cet article parle de ce que le pardon n’est pas, de ce qu’il est réellement, des trois choses que tu as à pardonner (la plupart des parents n’en identifient qu’une), de la séquence concrète qui t’y amène, et des cas où le pardon n’a pas lieu d’être.

Ce que le pardon n’est pas

Une bonne part de la confusion vient du fait qu’on emploie le mot pour des choses qu’il ne désigne pas. Cinq contresens courants :

1. Le pardon n’est pas l’oubli. Tu n’oublies pas ce qui s’est passé. Les événements font partie de ton histoire. Ce qu’ils t’ont appris sur l’autre parent, sur le couple, sur toi, t’appartient et reste à toi. Le pardon n’efface pas le dossier. Il change ce que tu en fais.

2. Le pardon n’est pas la réconciliation. Tu peux pardonner à quelqu’un à qui tu ne reparleras jamais. Tu peux pardonner à l’autre parent et garder exactement les mêmes limites qu’avant. Le pardon est quelque chose qui se passe à l’intérieur de toi. La réconciliation est quelque chose qui se passe entre deux personnes. Ce sont deux choses distinctes.

3. Le pardon n’est pas l’approbation. Pardonner à l’autre parent ce qu’il a fait ne veut pas dire que c’était acceptable. Ça ne le justifie pas après coup. Ça ne suggère pas que ce serait acceptable à l’avenir. Tu peux pardonner un acte que tu continues de qualifier de mauvais.

4. Le pardon n’est pas l’absence de colère. Tu peux pardonner à quelqu’un et ressentir encore de la colère sur des choses précises qu’il a faites. Le pardon change le rapport entre toi et la colère ; il n’efface pas la colère.

5. Le pardon n’est pas un événement unique. Tu ne pardonnes pas une fois pour toutes, et basta. Le pardon se répète. La même personne peut avoir besoin d’être pardonnée plusieurs fois, pour les mêmes choses, à mesure que de nouvelles couches de ces choses remontent. C’est normal, ce n’est pas un échec.

Si tu repoussais le moment de pardonner à l’autre parent parce que tu pensais que ça exigeait d’oublier, de te réconcilier, d’approuver ou de faire disparaître la colère, tu peux arrêter de repousser. Rien de tout ça n’est le marché.

Ce qu’est vraiment le pardon

La définition de travail : le pardon, c’est le choix d’arrêter de laisser ce qui s’est passé commander tes réactions d’aujourd’hui.

C’est tout. Pas noble. Pas transcendant. Pratique.

Quand tu n’as pas pardonné quelque chose, cette chose continue de façonner activement ton comportement. Elle tourne en arrière-plan, produit des réactions, colore les échanges, influence les décisions. Tu dépenses de l’énergie pour elle, que tu le veuilles ou non. La chose non pardonnée a un accès gratuit à ton système nerveux.

Quand tu pardonnes quelque chose, tu lui retires cet accès. La chose fait toujours partie de ton histoire. Elle a bien eu lieu. Mais elle ne commande plus ton présent. Le pardon est une opération administrative interne, pas un geste émotionnel ou spirituel.

Cette version du pardon est atteignable. La version émotionnelle ou spirituelle est parfois disponible, parfois non. La version administrative est toujours disponible, et elle suffit.

Les trois choses que tu as à pardonner

La plupart des parents identifient une seule chose à pardonner : l’autre parent, pour la fin du couple ou pour des choses précises qu’il a faites pendant.

Il y en a en fait trois.

Chose 1 : l’autre parent

La plus évidente. L’autre parent a fait des choses, des actes, des manquements, des schémas, sur lesquels tu as des griefs légitimes. Lui pardonner, c’est décider que ces griefs ne pilotent plus tes réactions d’aujourd’hui.

Ça n’exige pas de lui en parler. Ça n’exige pas sa participation. Ça n’exige même pas qu’il sache que ça a eu lieu. Le pardon est interne.

À quoi ça ressemble en pratique : au dix-huitième mois, tu peux penser aux pires choses que l’autre parent a faites pendant le couple, et remarquer que tu ne ressens plus la chaleur dans la poitrine, la mâchoire qui se serre, le besoin de tout rejuger. Tu n’as pas oublié. Tu ne portes simplement plus la charge active.

Chose 2 : toi-même

C’est celle que la plupart des parents ratent le plus longtemps.

Tu as fait des choses pendant le couple que, avec le recul, tu regrettes. Tu es resté alors que tu savais que tu aurais dû partir. Tu es parti alors que tu aurais pu rester. Tu as dit des choses que tu n’aurais pas dû dire. Tu as raté des signes. Tu as mal choisi. Tu as été complice de dynamiques que tu vois clairement aujourd’hui.

Te pardonner, c’est décider que la version passée de toi faisait de son mieux avec ce qu’elle avait, et que tu ne vas pas continuer à punir la version présente pour des choix passés.

Le pardon de soi est souvent plus dur que le pardon de l’autre parent, parce que tu as un accès plus continu à toi-même. L’autre parent est à distance maintenant. Toi, tu es dans le même corps 24 heures sur 24. La voix qui se critique a un temps d’antenne ininterrompu.

À quoi ça ressemble en pratique : tu peux penser aux choix que tu as faits pendant le couple, y compris les pires, et remarquer que tu as arrêté de te refaire ton procès. Les événements font partie de ton histoire. Tu as appris ce que tu as appris. Tu es passé à autre chose.

Chose 3 : le couple lui-même

Celle-là, presque personne ne la nomme explicitement, et pourtant c’est souvent le travail le plus profond.

Le couple était une chose, une structure, un projet, une vie commune. Il a échoué. Échouer n’est pas un verdict moral ; c’est un fait. Mais beaucoup de parents portent du ressentiment envers le couple lui-même, en tant qu’entité, pour ne pas avoir été ce qu’ils voulaient qu’il soit, pour ne pas avoir rendu ce qu’ils y avaient investi, pour avoir pris fin.

Pardonner au couple, c’est accepter qu’il a été ce qu’il a été, sa fin comprise, et que tu ne vas pas continuer à lui faire son procès pour avoir été ça.

À quoi ça ressemble en pratique : tu peux penser au couple, y compris aux années qui n’ont pas marché, et remarquer que tu n’es plus enfermé dans un récit du ça aurait dû être mieux. Le couple a été le couple. Il a contenu ce qu’il a contenu. Il a fini quand il a fini. Tu n’es plus en train d’essayer de gagner une dispute avec lui.

La séquence concrète

Le pardon doit en général se faire dans un ordre précis : chose 3, puis chose 2, puis chose 1. La plupart des parents s’y prennent à l’envers, et c’est pour ça que ça ne marche souvent pas.

Étape 1 : pardonner au couple

Commence ici, même si ça paraît étrange. Le couple est le moins personnel des trois. Il est plus facile d’accorder l’amnistie à une institution qu’à une personne.

Geste concret : écris un court paragraphe (qui n’est destiné aux yeux de personne d’autre) résumant ce qu’a été le couple. Le bon, le mauvais, le structurel. Termine par : le couple a été ce qu’il a été. Il est terminé maintenant. Je n’ai plus besoin qu’il ait été différent.

Relis ce paragraphe de temps en temps. Les premières fois, tu vas résister. Vers la cinquième ou sixième, la résistance s’assouplit.

Étape 2 : te pardonner

Une fois que le couple n’est plus l’autorité qui te poursuit, ton propre rôle à l’intérieur devient plus facile à regarder sans t’attaquer.

Geste concret : identifie les trois choses que tu regrettes le plus dans ton propre comportement pendant le couple. Note-les. Pour chacune, écris : j’ai fait ça parce que [les raisons qui jouaient à l’époque]. Aujourd’hui, je ferais autrement. Je pardonne au moi d’avant de ne pas avoir eu accès à ce à quoi le moi d’aujourd’hui a accès.

Ce n’est pas te trouver des excuses. C’est reconnaître que le toi d’avant avait d’autres informations.

Étape 3 : pardonner à l’autre parent

Une fois que tu t’es pardonné, l’autre parent devient plus facile à pardonner, parce que tu ne lui tiens plus une exigence que tu as cessé de te tenir à toi-même.

Geste concret : identifie les trois choses pour lesquelles tu en veux le plus à l’autre parent. Ne les partage avec personne (surtout pas avec lui). Pour chacune, écris : il a fait ça parce que [ses raisons, du mieux que tu peux les deviner]. Je ne l’excuse pas. Je ne vais plus le laisser commander mes réactions d’aujourd’hui.

Remarque : ça ne t’oblige pas à aimer les raisons. Les raisons, ça peut être la lâcheté, l’égoïsme, l’immaturité, une addiction, une dépression, la peur. Le pardon ne consiste pas à valider les raisons. Il consiste à reconnaître que quelque chose pilotait le comportement, même si ce qui le pilotait était sa propre fêlure.

Ce que le pardon fait, concrètement

Quelques changements précis se produisent une fois que le pardon, dans sa version qui fonctionne, a eu lieu.

1. Les messages de l’autre parent pèsent moins lourd. Pas parce qu’ils sont devenus de meilleurs messages. Parce que tu as arrêté de les précharger avec l’arriéré non pardonné. Le même texte, lu avec le pardon en place, est plus court et plus gérable.

2. Le monologue intérieur se calme. Les répétitions mentales des disputes passées arrêtent de surgir sans qu’on les sollicite. Le cerveau a cessé d’utiliser sa bande passante à tout rejuger.

3. Certains déclencheurs perdent leur charge. Une chanson, un lieu, une date anniversaire, une odeur, les choses qui produisaient une vague de ressenti se mettent à en produire de plus douces. Le déclencheur fonctionne encore ; la charge qui y était attachée s’est dissipée.

4. Les nouvelles rencontres avec l’autre parent demandent moins de temps de récupération. Une conversation de 20 minutes avec lui demandait avant deux heures de récupération. Après le pardon, elle en demande vingt.

5. Tu arrêtes de raconter l’histoire de la séparation. Sans t’en rendre compte, tu arrêtes de remettre le couple sur le tapis comme sujet. Les nouvelles personnes que tu rencontres ne connaissent peut-être même pas les détails. L’histoire est devenue du passé, plus une matière active.

Ce sont des changements observables. S’ils se produisent, le pardon fait son travail, qu’il donne ou non une impression noble ou spirituelle.

Quand le pardon n’a pas lieu d’être

Une réserve, petite mais importante.

Si le comportement de l’autre parent a comporté de la violence, physique, sexuelle, financière, ou une emprise psychologique durable, le calcul est différent. Le langage du pardon peut être retourné comme une arme, par toi contre toi-même ou par d’autres contre toi, pour suggérer que la bonne réponse à la violence serait de pardonner et de tourner la page.

Ce n’est pas à ça que sert cet article.

Pour la violence, le travail est différent et demande :

1. La sécurité d’abord. Les questions de pardon ne s’appliquent pas tant que le dommage est en cours ou pourrait reprendre.

2. Un accompagnement spécialisé. Traverser la violence demande un ou une psy formé au psychotrauma, pas un article générique sur le pardon.

3. D’autres temporalités. Le travail de pardon dans un contexte de violence prend souvent des années de plus et peut ne jamais se résoudre complètement. C’est légitime.

4. D’autres objectifs. L’objectif, dans le rétablissement après des violences, n’est pas vraiment le pardon. C’est l’intégration de ce qui s’est passé, la restauration de ton pouvoir d’agir, et la protection de ta sécurité présente et future. Le pardon, s’il vient, est un sous-produit, pas une cible.

Si ta situation comporte une quelconque forme de violence, cet article n’est pas la bonne ressource. Cherche un accompagnement spécialisé.

En bref

Le pardon, c’est le choix d’arrêter de laisser ce qui s’est passé commander ton présent.

Ce n’est pas :

  • L’oubli
  • La réconciliation
  • L’approbation
  • L’absence de colère
  • Un événement unique

Trois choses à pardonner, dans l’ordre :

  1. Le couple lui-même.
  2. Toi-même.
  3. L’autre parent.

Signes que le pardon fait son travail :

  • Les messages de l’autre parent pèsent moins lourd.
  • Les répétitions intérieures se calment.
  • Certains déclencheurs perdent leur charge.
  • Le contact avec l’autre parent demande moins de récupération.
  • Tu arrêtes de raconter l’histoire de la séparation sans qu’on te le demande.

Quand le langage du pardon ne s’applique pas :

  • Les contextes de violence. Autre travail, autre accompagnement.

Pour finir

Le pardon, c’est ce que tu poses pour pouvoir porter la suite.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.