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Rencontrer quelqu’un, la question du quand

By the dip team · 11 min de lecture

Rencontrer quelqu’un, la question du quand

Étape 3 · Un an et au-delà · Article 103 · Wave 1 · Tendre


La question de savoir quand recommencer à rencontrer quelqu’un après une séparation n’a pas de réponse universelle. Il n’y a pas de calendrier net, pas de marqueur qui signale qu’on est prêt, pas de liste à cocher qui produise un oui ou un non. La plupart de ce qui s’écrit là-dessus n’aide pas, soit trop prudent (attends deux ans), soit trop désinvolte (dès que tu en as envie).

Cet article aborde ce qui se joue vraiment quand tu te poses la question, les sept repères honnêtes d’être plus proche de prêt, les trois catégories de motivation à examiner, quoi faire au sujet des enfants, et les premiers pas concrets quand tu décides que c’est le moment.

Ce que tu demandes vraiment

Quand un parent demande quand est-ce que je devrais recommencer à rencontrer quelqu’un, il pose en général l’une de trois questions différentes. Repérer laquelle aide.

1. Est-ce que je suis prêt ? La plus fréquente. Là, il s’agit de ton état intérieur, est-ce que le chagrin s’est assez intégré, est-ce que les schémas du mariage se sont relâchés, est-ce que tu peux être présent dans un nouveau lien sans amener l’ancien dans la pièce.

2. Est-ce que c’est convenable ? Moins fréquente, mais présente. Là, il s’agit du regard extérieur, ce que les gens vont penser, ce que le co-parent va penser, est-ce que tes enfants iront bien, est-ce qu’assez de temps a passé selon une norme sociale.

3. Est-ce que ça va marcher ? La version pragmatique. Là, il s’agit de savoir si la tentative produira quelque chose d’utile, un lien, du plaisir, une relation à venir, ou si elle ne produira que de la difficulté en plus.

Ces trois questions appellent des réponses différentes. La suite de cet article se concentre sur la question 1, avec de brèves sections sur les questions 2 et 3.

Sept repères honnêtes d’être plus proche de prêt

Il n’y a pas de liste unique. Mais sept repères, pris ensemble, te donnent une lecture utile. Plus il y en a de présents, plus tu es proche.

Repère 1 : tu peux être seul sans une petite urgence de fond

Si un samedi seul produit encore de l’angoisse, tu n’es sans doute pas prêt. Rencontrer-depuis-l’urgence est l’un des schémas les plus à risque. Les relations qui démarrent dans cet état ont tendance à servir à combler le vide, pas à rencontrer une autre personne.

Si un samedi seul est vraiment correct, reposant, productif, neutre, voire bon, c’est un repère fort. La bonne compagnie de toi-même, c’est ce que tu apportes à la bonne compagnie des autres.

Repère 2 : le co-parent n’est pas dans la pièce quand tu parles d’autres personnes

Quand tu imagines aller à un rendez-vous, est-ce que tu penses à la façon dont ça tombera pour le co-parent ? Est-ce que tu l’imagines te voir, entendre parler de toi, te juger ? Est-ce que tu anticipes sa réaction plus que ta propre expérience ?

Si oui, le co-parent occupe encore un espace psychique qui devrait être le tien. Rencontrer dans cet état produit une expérience triangulée étrange, tu es à un rendez-vous avec une personne, mais psychiquement le co-parent est là aussi.

Quand le co-parent cesse d’être dans la pièce dès que tu penses à rencontrer, c’est le repère.

Repère 3 : tu peux décrire ce que tu veux vraiment

Pas la version abstraite (quelqu’un de gentil, quelqu’un de drôle). La version précise. Dans quel genre de vie veux-tu qu’une nouvelle relation vienne s’emboîter ? Qu’est-ce qui n’est pas négociable ? Qu’est-ce qui est rédhibitoire ?

Si tu peux écrire un paragraphe qui décrit ce que tu veux vraiment, tu es plus proche de prêt. Si tu n’arrives qu’à des abstractions, les détails ne se sont pas encore formés. Les détails se forment une fois que ta vie d’après le mariage a vraiment pris une forme.

Repère 4 : la première pensée, quand tu t’imagines touché, n’est pas le chagrin

Certains parents remarquent que, quand ils imaginent un contact physique avec une personne nouvelle, la première chose qui arrive est le chagrin du mariage. C’est normal tôt dans le processus, et ça laisse penser que le chagrin de la perte physique n’a pas encore été pleinement intégré.

Quand la première pensée est la curiosité, l’intérêt, ou même la nervosité, mais pas le chagrin, c’est le repère. Tu peux encore avoir du chagrin plus loin dans le processus ; c’est la première pensée qui est diagnostique.

Repère 5 : tu peux raconter une histoire équilibrée du mariage

Si ta description du mariage à un inconnu est entièrement noire, tu n’es pas prêt. Si ta description est entièrement rose, tu n’es pas prêt non plus. Les deux sont des signes d’un traitement non résolu.

Quand tu peux décrire le mariage d’une façon qui inclut ce qui était réel, ce qui a marché, ce qui n’a pas marché, pourquoi ça s’est terminé, sans te verrouiller ni dans le récit de la victime ni dans une nostalgie qui réécrit tout, c’est un repère. Tu n’as pas besoin d’être enthousiaste à l’idée de raconter cette histoire. Tu as juste besoin de pouvoir la raconter avec justesse.

Repère 6 : tu as une vie dans laquelle quelqu’un pourrait s’insérer

Certains parents recommencent à rencontrer avant d’avoir une vie. Leur semaine, c’est surtout le travail, la logistique parentale, et la récupération. Une personne nouvelle n’aurait nulle part où s’insérer, parce qu’il n’y a pas de place.

Quand ta vie a des amis que tu vois régulièrement, des activités que tu aimes, un socle de journées correctes à bonnes, alors il y a une vie dans laquelle une personne nouvelle peut entrer. Elle devient un ajout, pas un substitut.

Repère 7 : tu peux imaginer la fin d’une nouvelle relation sans catastrophe

Ça paraît contre-intuitif. Mais être prêt à commencer une nouvelle relation, ça comprend d’être prêt à ne pas en avoir besoin.

Si la pensée et si ça ne marche pas produit un effroi assez fort pour te dissuader d’essayer, la nouvelle relation va porter trop de poids. Chaque échange aura trop d’enjeu. La relation pliera sous l’attente.

Quand tu peux imaginer la fin d’un nouveau lien, la traverser, et continuer d’aller bien, tu es prêt à en commencer un. C’est le non-attachement qui rend l’attachement réel soutenable.

Ce qui est sans doute trop tôt

Quelques schémas qui laissent penser qu’il est plus tôt que l’idéal, même si tu en as envie.

1. Moins de neuf mois depuis la séparation. Pas absolu. Certains parents sont prêts à six mois. La plupart ne le sont pas. Les neuf premiers mois sont en général trop tôt, encore trop de traitement en cours, trop peu de nouvelle vie installée.

2. Le co-parent vient juste de refaire sa vie le premier. Si ton co-parent vient d’annoncer une nouvelle personne et que tu ressens une urgence à démarrer la tienne, c’est réactif, pas prêt. La version réactive a tendance à produire des choix qu’on regrette.

3. Tu es dans une vague de chagrin active. Rencontrer au milieu d’un épisode de chagrin aigu produit des décisions que tu remettras en question plus tard. Attends que la vague passe.

4. Tes amis s’inquiètent à demi-mot. Les amis qui te connaissent depuis longtemps voient souvent ça avant toi. Si une ou deux personnes de confiance le soulèvent doucement, écoute.

5. Tu fais de la rencontre le projet. La rencontre-comme-projet, l’énergie, l’attention, l’optimisation, est souvent le signe qu’on évite autre chose. Le vrai travail se passe (ou ne se passe pas) ailleurs.

Ce que les enfants ont besoin de savoir sur ton calendrier

La question de savoir quand présenter une nouvelle relation aux enfants est un autre article (Article 108). Mais le calendrier du moment où tu commences à rencontrer, distinct de la présentation, a ses implications.

Quelques choses dont les enfants ont besoin :

1. Ils n’ont pas besoin de savoir que tu rencontres des gens. Les enfants de parents séparés n’ont pas besoin d’être tenus au courant des premières phases de ta vie amoureuse. Ils ont besoin de savoir que tu existes en tant que personne ; ils n’ont pas besoin d’accès à la logistique de tes rendez-vous. Tant qu’une relation n’est pas devenue consistante, garde-les en dehors.

2. Ils ne devraient rencontrer personne dans les six premiers mois d’une nouvelle relation. Même une fois que la rencontre a commencé, le seuil pour présenter les enfants devrait être délibérément haut. Six mois de relation stable avant la moindre rencontre. La plupart des spécialistes conseillent plus.

3. Ton humeur visible ne devrait pas être accrochée aux issues de tes rendez-vous. Si un rendez-vous se passe mal, les enfants ne devraient pas le remarquer. Ton humeur à la maison ne devrait pas fluctuer avec la semaine amoureuse. C’est en partie une question d’intimité et en partie une question de développement, les enfants dont la météo émotionnelle est accrochée à la vie amoureuse d’un parent endossent des responsabilités qui ne devraient pas être les leurs.

4. Ils ne devraient pas être pris comme confidents. Ne parle pas de ta vie amoureuse à tes enfants. Ni pour te soulager, ni pour les tenir au courant, ni comme conversation. Ce genre de contenu émotionnel d’adulte appartient aux amis adultes et aux psys, pas aux enfants.

Quoi faire quand tu décides que c’est le moment

Six premiers pas concrets.

1. Sois au clair sur ce que tu cherches

Avant toute appli, tout rendez-vous, toute présentation : écris ce que tu veux vraiment. Précis. Pas un partenaire. Une relation qui a la forme et l’intensité qui s’emboîtent dans ma vie actuelle. Ou de la compagnie occasionnelle, sans grand engagement, pendant que je me concentre sur la parentalité. Ou à terme, quelque chose de sérieux, mais pas encore.

La précision te protège de glisser sans le vouloir dans une forme que tu ne voulais pas.

2. Commence petit

Quoi que tu décides de faire, commence à petite échelle. Un café. Un dîner. Une conversation. N’accélère pas vers l’intensité. Le système d’après-séparation peut être réactif aux premiers signaux de lien, et les systèmes réactifs lisent souvent mal l’accord.

3. Dis à un ami de confiance que tu as commencé

Pas pour avoir un conseil. Pour avoir un témoin. Quelqu’un en dehors du processus, qui sait que ça se passe, qui peut te ramener au réel si tu te fais emporter trop vite, qui peut remarquer des schémas qui t’échappent.

4. Ne parle pas du mariage aux premiers rendez-vous

Pas parce que tu dois le cacher. Parce que le premier rendez-vous n’est pas l’endroit pour cette conversation. Mentionne-le brièvement si c’est pertinent (je suis divorcé, les enfants ont 8 et 11 ans). Ne développe pas. La conversation en profondeur appartient au troisième ou quatrième rendez-vous, s’il y en a un.

5. Remarque comment tu te sens après, séparément de comment le rendez-vous s’est passé

Le rendez-vous lui-même peut être sympa, maladroit, neutre. Ce qui compte plus, c’est comment tu te sens le lendemain. Plein d’énergie ? Vidé ? Anxieux ? Songeur ?

Si le lendemain est systématiquement moins bon que d’habitude, la rencontre n’est pas encore prête, même si les rendez-vous eux-mêmes sont corrects.

6. Garde le reste de ta vie intact

Ne réorganise pas ta semaine autour des rendez-vous. N’abandonne pas tes autres engagements. Ne réduis pas le temps avec les amis. Garde en place l’architecture de ta vie d’après-séparation. La rencontre s’y insère ; elle ne la remplace pas.

Quand s’arrêter à nouveau

Ce n’est pas une décision à sens unique. Certains parents commencent à rencontrer, trouvent que ça ne leur convient pas à ce stade, et font une pause. Ce n’est pas un échec ; c’est une information.

Signes d’une pause à faire :

  • Une sensation de lendemain vidé qui revient.
  • Une friction accrue avec le co-parent (tu le remarques plus, pas moins).
  • Des enfants qui montrent des signes de stress en lien avec tes rencontres.
  • Des schémas du mariage qui réapparaissent dans de nouveaux liens.
  • Le sentiment de faire les choses machinalement.

Une pause ne veut pas dire jamais. Ça veut dire pas maintenant. La plupart des parents qui font une pause recommencent six à douze mois plus tard, avec de meilleures lectures.

L’essentiel en bref

Sept repères d’être plus proche de prêt :

  1. Un samedi seul est correct.
  2. Le co-parent n’est pas dans la pièce quand tu penses à rencontrer.
  3. Tu peux décrire précisément ce que tu veux.
  4. La première pensée, quand tu imagines un contact, n’est pas le chagrin.
  5. Tu peux raconter une histoire équilibrée du mariage.
  6. Tu as une vie dans laquelle quelqu’un pourrait s’insérer.
  7. Tu peux imaginer la fin d’une nouvelle relation sans catastrophe.

Signes que c’est peut-être trop tôt :

  • Moins de neuf mois depuis la séparation
  • Le co-parent vient juste de refaire sa vie le premier
  • Une vague de chagrin active
  • Des amis de confiance qui s’inquiètent doucement
  • La rencontre-comme-projet

Quand tu décides que c’est le moment :

  1. Sois au clair sur ce que tu veux, précisément.
  2. Commence petit.
  3. Dis-le à un ami de confiance.
  4. Ne déballe pas le mariage aux premiers rendez-vous.
  5. Remarque le lendemain, pas seulement le rendez-vous.
  6. Garde le reste de ta vie intact.

Au sujet des enfants :

  • Ils n’ont pas besoin de savoir que tu rencontres des gens.
  • Pas de rencontre dans les six premiers mois d’une nouvelle relation.
  • Ton humeur ne devrait pas fluctuer avec les issues de tes rendez-vous.
  • Ils ne sont pas tes confidents là-dessus.

Pour finir

Le bon moment pour rencontrer quelqu’un, c’est quand la nouvelle relation serait un ajout, pas un substitut.

Ceci est une aide d'entraide, pas un avis médical, psychologique ou juridique, et en aucun cas un substitut à un professionnel qualifié. Si toi ou ton enfant êtes peut-être en danger, contacte les services d'urgence de ta région.